GIL-BLAS, MELCHIOR
Faquin! si je n’avais pas besoin de ton silence!.. Voyons ce billet... (Lisant l’adresse.) «A monseigneur de Santillane, premier secrétaire de Son Excellence monseigneur le duc de Lerme. (ouvrant la lettre.) « Ami Gil-Blas. » Hein ?
MELCHIOR
Ouais 1
Quel est l’insolent qui se permet de m’appeler son ami T (continuant.) « Je suis un de vos compatriotes, natif d’Oviédo même, et fils de Bertrand Muscada, l’épicier, voisin de votre oncle le chanoine. Je vous ai reconnu hier à la promenade, malgré vos riches habits... »
MELCHIOR
L’imbécile !
« S’il est vrai, comme on le dit, que vous soyez sur un bon pied à la cour, et déjà riche comme un juif... »
MELCHIOR
Butor!
« Je vous conseille, en ami, de m’envoyer deux cents pistoles... »
MELCHIOR
Oui-da !
« Que je me charge de remettre moi-même à vos parents à mon retour au pays. » (il froisse la lettre.)
MELCHIOR
Qu’est-ce à dire !.. Voilà un plaisant drôle, avec ses avis !.. Allez, allez, M. de Muscada! ne vous mêlez que de ce qui vous regarde ! .. Il vous convient bien de nous dicter notre devoir!.. Retournez à Oviédo, vendre du poivre et du girofle!.. Allez, M. de Muscada, allez!..
GIL-BLAS, après un silence.
Fi! Gil-Blas! — L’air des cours aurait-il achevé de te corrompre? Rentre en toi-même, malheureux! et considère cette lettre comme un avis du ciel!..
MELCHIOR
Ah bah!..
C’est la voix de ta conscience qui s'élève contre toi, et qui veut que tu honores ta fortune en la partageant avec tes vieux parents !
G I 1,-BL A d.
MELCHIOH.
Je ne partagerais pas la mienne avec ma femme, moi !
Ce n’est pas deux cents pistoles, c’est quinze mille ducats que je leur porterai moi-mème.
MELCHIOH, riant.
A la bonne heure! Permeltez-inoi, en attendant, de faire mou office de majordomeet d'allerouvrir moi-mème les portes à vos invités.