SCÈNE PREMIÈRE
BARIGOUL, puas LE SÉNÉCHAL.
BAR1GOUL, devant son auberge, s'adressant à deux servantes.
Allons, vite... dépêchons... J'ai idée que nous aurons des clients aujourd'hui.
LE SÉNÉCHAL, arrivant par le fond, les bras chargés de registres
et de papiers.
Que d'affaires, mon Dieu, que d'affaires!... Je suis tout
en eau... (Apercevant l'aubergiste.) Ah! BarigOuL... BARIGOUL, Rapprochant.
Monsieur le sénéchal ..
LE SÉNÉCHAL, d'un air inquiet.
Vous n'avez rien vu de louche, par ici?
BAR1GOUL.
Rien du tout... Est-ce qu'il y a quelque chose?
LE SÉNÉCHAL
Je ne sais pas... mais comme j'ai été investi par notre bon roi René, des hautes fonctions de sénéchal, mon devoir est de veiller à la sûreté publique/., et j'y veille ! iOa
entend chanter dans l'auberge.) Qu"est-ce que c'est que ça?
BARIGOUL.
Ne faites pas attention. C'est une étrangère... une Italienne, je crois... qui loge chez moi depuis trois jours.
LE SÉNÉCHAL, vivement.
Une étrangère!... d'où vient-elle? Que fait-elle ? Que dit-elle? Où va-t-elle?
BARIGOUL.
Elle ne dit rien, ne reçoit personne, et ne sort jamais...
LE SÉNÉCHAL
Louche!... très louche!... Si je l'arrêtais!
BARIGOUL, se récriant.
Par5 exemple !... une pratique... Vous voulez donc me ruiner! D'ailleurs, chanter indique une âme pure.
LE SÉNÉCHAL
Pas toujours. C'est quelquefois pour détourner les soupçons... Ainsi, cette petite chanteuse des rues qui demeure chez la mère Anselme?...
BARIGOUL.
Et qui vient depuis une semaine roucouler sur cette place...
LE SÉNÉCHAL
Oui... d'où sort-elle encore r,elle-là?... Personne ne la connaît.