ACTE II
deux cents francs d’amende I... Hélas I... où la jalousie peut elle conduire un avocat!
NOËL, entre.
Anatole 1 lui ! ici ! (Il va à lui la main tendue.)
ANATOLE, se vecvlant.
Ah! on y était!... il paraît que j’étais consigné à votre porte.
NOËL
Mesure générale. Tu aurais tort de t’en blesser. ( Voyant qu' Anatole se recule toujours.) Que signifie ?
ANATOLE
Gela signifie, monsieur...
NOËL, avec étonnement.
Monsieur !
ANATOLE, continuant.
Que vous pouvez vous épargner ces faux semblants d’amilié.
NOËL
Comment dis-tu cela? A quel jeu jouons-nous?
ANATOLE
Nous jouons un jeu, monsieur, auquel l’un de nous perdra là vie. Oh I quittez cet air étonné, il est inutile de feindre. Je sais tout, entendez-vous? Tout... tout... tout...
NOËL
Quoi? tout?,,. Ça, mon pauvre ami, d’où viens-tu? que • l’est-il arrivé ? De quel crime suis-je coupable? parle ! je ne comprends pas.
ANATOLE
Ce que je ne comprends pas, moi, c’est que monsieur le vicomte d’Ernée se fasse dire deux fois : Vous êtes un...
Arrêtez ! c’est aller trop loin, et quelque liés que nous soyons, puisque vous le voulez, je suis à vos ordres. Vous ôtes un peu... malade, une saignée vous guérira.
ANATOLE, boutonnant son habit.
Enfin, c’est heureux !
NOËL
Vous me connaissez assez pour savoir qu’avec tout autre, je n’eusse pas été si patient; nous nous bâtirons, soit! mais auparavant, vous m’apprendrez pourquoi ?
ANATOLE
Pourquoi ? La question est curieuse et le scrupule délicat . Vous n’y avez pas regardé d’aussi près le jour où vous vous êtes introduit chez un honnête homme que vous nommiez votre ami, et que vous avez déshonoré.
NOËL, à part.
Que dit-il ?
ANATOLE
C’est (me pour vous, messieurs de la jeune^^e dorée, les femmes de vos amis sont Vos femmes.
NOËL, vivement. »
Assez, monsieur, assez! je (XHnprends maintenant, et quelque déplacée que soit votre intervention, quoique l’affaire dont vous vous mêlez ne soit pas vôtre.. .
ANATOLE
Pas mienne. .. par exemple I
NOËL
Certes... En quoi cela vous regarde-t-il?
, ANATOLE, bondissaM.
Comment ! hein ! cela ne me regarde pas ?
NCrtSL.
Eh! mille fois non! vous le savez aussi bien que moi.
ANATOLE
C’est trop fort... Nierez-vous que vous attendiez une femme?
Non... après?
ANATOLE
Nierez-vous (jue cette femme me touche de près ?
NOEI,.
Eh non! Après?
ANATOLt!.
Après... après... Ah ça! monsieur, me preûez-vous pour un mari de comédie?... Comment! vous osez... quand vous m’avez fait.,, lorsque ma femme m’a... je ne trouve pas le mot.
NOËL, ^interrompant.
Ta femme ! Ta femme. .. à toi ?
ACTK II
ANAl'OLK,
Certainement, h moi... C’est-à-dire... oui, à moi... il rit...
Ah ! c’est trop fort!
NOËL
Pressez les événements les plus graves, il en sortira toujours quelque chose dè gai.
ANATOLE
De gai!... Quelle audace!
NOËL
Continue, ô Anatole! tu est grandiose. Tu dépasses Othello de toute la hauteur de Sganarelle ou le... tu sîùs... imaginaire.
ANATOLE
Imaginaire?
NOËL
Eh! sans doute. Je ne me suis jamais -occupé de madame Germinal .
A d’autres!
NOËL
Je ne l’ai vue qu’une fois en ma vie.
ANATOLE
Devant moi... oui, mais... ,
NOËL
Sur mon honneur!... Tu mériterais d’être... ce que tu n’es pas.
ANATOLE
Ne dis pas de ces choses-là» voyons donc Tu n’aimes
pas Georgetle ?
NOËL
Je n’y ai jamais pensé.
ANATOLE
Bien! Mais tu en aina^ une autre?...
NOËL
11 est probable.
ANATOLE
C’est une raistm, ça ! Après tout, non... on peut très-bien en aimer deux à la fois.