SCÈNE PREMIÈRE
VALENTINE, seule. Elle entre par la gauche. Elle est vêtue trèssimplement et voilée.
C’est bien ici qu’elle vient tous les j'ours !.. ma Louise !... si je pouvais l’entrevoir! ( Elle cherche du regard.) Non, personne! Il fait beau, pourtant ! il est si salutaire pour sa petite poitrine de respirer cet air tiède, et pour ses joues roses de se brunir à ce beau soleil !... Voilà bien des jours déjà que je viens ici. Je me cache et je la vois... elle n’est pas ' rieuse et insouciante comme les autres enfants , rarement elle se laisse entraîner à jouer. Elle rit, elle chante un instant , puis, tout à coup, elle redevient sérieuse, et elle se retourne comme si elle cherchait quelqu’un. Elle souffre, c’est sûr, elle languit! Ah! si toutes les tortures étaient pour moi, pour la mère privée de sa fille; si, seule, je devais épuiser jusqu’à la dernière goutte ce châtiment, ce serait juste, et je ne me plaindrais pas ; mais la lille privée de sa mère, cette enfant innocente, elle s’étiole, elle s’éteint , elle mourra, mon Dieu ! comme une fleur des tropiques sous un climat froid , car le sourire des mères, c’est le soleil des enfauts. Non, cela est injuste ! si la mère est coupable, l’en.
fant ne l’est pas et ne doit pas payer pour elle. Non, il y aurait lâcheté à souffrir cela , je ne le veux pas, je l’empêcherai. Les lois me rendront ma fille... mais à quel prix! Monsieur de Kerven a raison, il ne faut pas que plus lard, jeune fille, elle porte un nom déshonoré par le scandale d’un procès adultère. Allons courage, pauvre femme, pleure et tais-toi , porte la peine de ton amour insensé I {Elle regarde à sa montre.) Deux heures!.,, elle n’est pas venue!... elle est malade, peut-être!... Voyons dans les autres parties du jardin. {Elle sort.)