QUI VOUS ÉCOUTE M'ÉCOUTE
« Qui vous écoute, m'ccdute et qui vous rejette, me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m'a envoyé. »
Llc, X, 10.
Chers frères et amis,
Le principe de la solidarité hamaine, de la cohésion de l'humanité en un seul corps, a été affirmé par l'Evangile d'une manière tellement forte qu'il est un des éléments même de son ossature et de son inspiration. Ce principe est affirmé non seulement entre des contempo- 'rains, mais entre tous les âges de l'histoire. Lors donc que Notre Seigneur Jésus-Christ a dit à Jean, Pierre, Thomas et autres de ses
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disciples, et aux soixante-dix qui étaient autour, de Lui : « Je vous envoie, qui vous écoute m'écoute, et qui vous rejette me rejette. » Il a dit une parole qui, dépassant la tête de ses auditeurs immédiats, s'adressait aux disciples les plus lointains des plus lointaines époques. Il pronon<;ait une parole non seulement de contemporain, ayant au milieu de son peuple, une place, un toit familial, des racines nationales; mais II parlait en contemporain de , tous les siècles, ayant reçu en Lui, de par Dieu, qui l'avait envoyé, quelque chose d'éternel, où il n'y a ni matin, ni soir, ni passé, ni présent, mais un élément permanent, fixe, immuable quoique vivant et pouvant se transformer à travers les âges.
Qui vous écoute m'écoute! Ceci ne s'adresse pas seulement à ceux qui ont la parole officiellement et par mandat, qu'on écoute publiquement, comme des autorités, avec ce respect et cette déférence qui sont dus non pas à
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leur personne — quoique leur personne doive toujours être aussi respectable que possible, — mais à travers leur personne, à Celui dont ils sont les représentants. Le Seigneur Jésus a voulu désigner également quiconque parle, inspiré par son esprit et par l'esprit du Père qui l'a envoyé. Certainement.il disait : «Qui écoute le moindre de mes disciples, le plus humble d'entre la famille. d"entre le peuple, celui-là m'écoute. » et. en cela. Il répondait à une aspiration très profonde de notre coeur.
Surtout dans les grandes situations, on aime entendre une voix qui interprète le devoir, le droit, désigne le chemin, ouvre des horizons; on aime entendre une voix semblable, avec le désir qu'elle soit bien qualifiée, qu'elle ne soit pas simplement l'expression d'une bonne volonté, d'une bienveillance, d'un sentiment fraternel. mais de l'autorité même de Dieu, vibrant à travers les sons qui font mouvoir lair autour de nos oreilles.
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En disant cette parole : « Qui vous écoute m'écoute, » le Seigneur a donc posé au milieu de nous un principe très réconfortant. Mais qui sommes-nous pour parler, nous qui vous parlons, en somme, avec délégation? Qui sommesnous et qui étes-vous vous-mêmes, pour parler des grandes vérités qui dominent l'humanité? Notre mandat à tous ne peut provenir que de notre accord avec la vérité, les faits, et avec l'esprit de Celui qui nous envoie.
Jamais je n'ai pris la parole devant des hommes, sans le sentiment de cette responsabilité terrible qu'on encourt, quand on remue des âmes, quand on touche à ce mécanisme subtil et formidable qu'est l'organisation psychologique d'un être humain. Jamais je n'ai pris la parole sans une crainte, un tremblement de faire mal, de faire souffrir davantage ceux qui souffrent, d'écraser encore plus ceux qui sont déjà tombés, de provoquer encore plus de contradiction dans les esprits où il y a déjà de la
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contradiction, enfin, de troubler et de faire du mal avec la meilleure intention de vouloir faire du bien.
Quand on songe que ce n'est pas en son nom qu'on parle, mais au nom de Celui qui vous a envové, et que Celui qui vous a envoyé a dit : « Je suis le Fils de l'Homme, » on- est une voix qui interprète les choses profondes de l'humanité. Ce que nous proclamons, ce n'est plus alors notre propre sentiment, ce n'est surtout pas notre fantaisie, mais c'est l'écho produit dans nos âmes sincères par les grands faits de l'humanité et par les grandes réalités. Notre âme est une harpe qui vibre sous le doigt des faits, et non pas seulement de quelques faits matériels, de quelques réalités impérieuses, mais de tous les grands faits dont l'humanité se compose, et, par conséquent, notre àme est une harpe vibrant sous le doigt de Dieu lui-même. C'est là qu'est notre force, c'est là qu'est notre consolation. Infirmes, ignorants, fragiles, nous
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sommes, au contraire, forts, nous savons l'essentiel, et nous disposons non plus seulement de celte faible lumière qui est dans notre pit)pre rei^ard et dans celui de nos contemporains, mais de toute la clarté amassée à travers les âges, sous le regard de Dieu et sous l'inspiration de Dieu, par nos pères.
« Qui vous écoute m'écoute! » 11 est bien. évident, mes frères, qu'une parole semblable a des conditions; autrement, elle est inopérante, elle fonctionne mal, ou à l'opposé même de sa première intention.
Lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ a dit : « Qui vous écoute m'écoute, » a-t-il traité ses disciples en simples phonographes, qui devaient partir à travers le monde, pour indéfiniment ressasser les mêmes choses? Quel déshonneur c'eût été pour eux de se sentir ainsi méprisés par Lui. alors qu'il entendait les honorer! Quel déshonneur ils lui auraient fait subir à lui-même en supposant que Celui qui a dit : ^< Mes pa-
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rôles sont esprit et vie » envoyait dans le monde, pour propager la vie et l'esprit, de simples mécanismes automatiques! Or, que devient l'homme, si ce n'est un automate et moins qu"un phonographe, quand il se fait le répétiteur servile des mêmes formules, à travers tous les âges envers et contre tous?
Donc, en premier lieu, pour que la parole puisse vraiment se vérifier, il faut que ceux qui parlent soient des âmes vivantes, indépendantes, respectées dans leur originalité. Inspirées par le souffle créateur de toute conviction vraie, elles s'en vont ensuite, vivant à travers cette inspiration de leur propre vie. Ainsi, dès le commencement, est atiirmée la liberté de la parole sacrée.
En second lieu, celui-là détruit les conditions mêmes de cette sanction que Jesus-Chrisl donne aux paroles de ses disciples, qwand II dit : Qui vous écoute m'écoute: celui-là en détruit les conditions mêmes qui veut s"ériger, au nom de son
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maître, en docteur du savoir, docteur en philosophie, docteur ès-sciences naturelles, docteur en psychologie, et en parler, non pas parce qu'il a appris quelque chose, mais peut-être précisément parce qu'il n'v connaît rien: en parler, non pas au nom d'une patiente investigation, au nom de recherches scrupuleuses, mais au nom de je ne sais quelle prétention d'être illuminé et instruit, avant seulement d'avoir fait le moindre travail d'expérimentation.
Arrière donc, au nom de Celui qui enseignait avec autorité en s'adressant à la conscience, à l'intelligence et à l'expérience des hommes. Arrière cet esprit obscurantiste qui veut opposer la religion de Jésus-Christ, la religion de vie et la liberté à la science normale, sincère, ardente, par laquelle l'homme remonte lentement les degrés de son ignorance, pour apprendre à mieux connaître le ciel, la terre et tout ce qui l'entoure, ainsi que lui-même, au matériel et au spirituel! Notre Seigneur Jésus n'a jamais \
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voulu être un docteur, ni en science politique, ni en science sociale, ni dire le dernier mot sur l'origine des choses. Notre Seigneur Jésus-Christ a enseigné la grande confiance en Dieu et l'emploi scrupuleux des moyens que Dieu nous a donnés, parmi lesquels il y a la raison, le bon sens et la conscience. Rappelez-vous la parabole des talents et sa sentence sur celui qui avait enfoui le sien.
Vous n"avez donc pas le droit de parler en son nom, lorsque vous dressez des affirmations préalables contre les faits qui sont de toujours, lorsque vous dogmatisez au nom d'une sorte de science infuse, acquise d'avance, vis-à-vis de celle qui ouvre avec respect, pour le déchiffrer patiemment, le grand livre des créations où le doigt de Dieu imprima sa trace. Celui qui dirait : « Je parle au nom de Dieu et j'invoque la Bible; je dis que la création a été faite de la manière dont elle a été décrite dans la Genèse, tout le reste n'est qu'invention humaine, » celui-là
serait un imposteur, un malfaiteur. Il empêcherait les hommes de chercher, avec la science, ce que Dieu lui-même, dans la lente évolution de la nature, a caché au.x entrailles de la terre, afin que ceu.K qui en ont la curiosité puissent, dans la suite des siècles, l'y chercher et l'y découvrir. Le vrai protocole de la création n'est pas le premier chapitre de la Genèse, ce sont les stigmates même de la grande évolution terrestre dans le sol sur lequel nous sommes. Quand il est dit dans la Genèse : « Au commencement, Dieu créa, » j>oilà la grande araire à retenir. Au commencement de toutes choses, il y a Dieu, et toutes les sciences que nous apprenons ne changeront rien à cela. Mais cela veut-il dire : Cessez de vous poser des questions, de chercher, d'apprendre, d'épeler le livre inépuisable des merveilles, pour affirmer que la parole « que
LA LUMIÈRE SOIT ET LA LUMIÈRE FUT » proclame
infaillible et définitif un vieux texte vénérable, mais sans cesse à compléter?
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Au commencement, il y a Dieu, et Dieu nous a donné les moyens, — en nous donnant une intelligence et une conscience, — de nous orienter nous-mêmes et d'approfondir son œuvre à chaque génération. A nous .de nous en servir. Ainsi nous unirons le respect pour les Textes sacrés écrits de la main tremblante des hommes, et pour le texte sacré composé par Dieu lui-même dans ses œuvres immortelles.
Celui-là détruit aussi les conditions principales de la parole de Jésus-Christ, qui veut s'ériger en dominateur, maître des consciences, afin qu'un seul déclanche le mouvement, et que tous les autres marchent exactement comme s'ils étaient des pions sur un échiquier. L'autoritarisme est la négation même de l'autorité spirituelle. Lors donc qu'au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, on veut arrêter le cœur, imposer de véritables mutilations à la nature, et entreprendre non plus cette lutte loyale contre le mal qui est en nous, mais la suppres-
sion de la vie; lorsqu'on veut corriger l'œuvre même de Dieu, au nom de je ne sais quel ascétisme étriqué et mal compris, on ne peut pas dire : « Qui vous écoute m'écoute. »
D'autre part, si l'on arrive lentemerlt. après avoir été envoyé, à se substituer à l'envoyeur et à dire : « C'est moi, » comme un certain roi de France a dit : « L'Etat, c'est moi, » alors qu'il n'était que son délégué; lorsque dans le pouvoir civil on s'appelle intronisé par la grâce de Dieu, ou que, dans le pouvoir spirituel, on s'intitule investi de toute-puissance par la main divine elle-même, comme l'ont fait tous les autocrates religieux de toutes les religions quelles qu'elles soient, aussi bien la nôtre que celles plus anciennes, il y a usurpation et, en somme, imposture. Si celui qui se prétend envoyé ainsi, oublie Celui qui l'a envoyé, il dit : « Dieu, c'est moi. » Vous touchez à ses affirmations prétentieuses, à l'intolérable entreprise d'oppression des consciences qu'il poursuit ; il vous appelle des
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révoltés. De quel droit? La liberté n'est-elle pas voulue et respectée par Dieu même? Il nous l'a donnée, la liberté de conscience, la liberté de recherche; personne, sans renier la noblesse confiée à nous par Dieu lui-même, n'a le droit de les abdiquer. Parce qu'on touche à de vieux abus, à des superstitions malfaisantes, à de nuisibles routines, à des erreurs qui empêchent le progrès, vous dites qu'on touche à Dieu! Croyezvous qu'il vous soit permis de vous couvrir de la sainte parole de toute mission authentique : Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me réjette? Non, non, les rôles sont renversés à tel point qu'en vous écoutant, on le rejette et qu'en vous rejetant, c'est Lui qu'on écoute.
Mes frères, les vrais disciples de Jésus-Christ sont modestes; ils ne se sont jamais prévalus d'une manière arrogante de ce que le Seigneur leur a dit : « Qui vous écoute m'écoute. » C'est la tête pensive et baissée, en se frappant la poitrine, qu'ils sont allés à travers le monde, se
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disant à eux-mêmes : Quels pauvres disciples nous som?nes, indignes souvent de Celui qui nous a envoyés! Au contraire, les faux prophètes marchent le front altier, semeurs de mensonge. Usurpateurs du titre de Dieu .lui-même et du nom de Jésus-Christ, ils ont, de tout temps, de la manière la plus prétentieuse, avec les plus grands moxens de publicité et de gloriole extérieure, fait sonner devant eux de la trompette : « Qui vous écoute m'écoute. » Sur leurs lèvres, est un blasphème. Lorsqu'ils prononcent ces mots, on peut leur appliquer la parole du poète :
<■< Vous jouez avec eux comme la main du crime Avec les vases de l'autel. .*
Sur tous ceux qui défigurent, dénaturent son action et celle de Dieu SLir les consciences, qui réduisent l'humanité en servitude, la traitent de vil troupeau, descend comme un éclair vengeur la parole de Jésus : « Arrière, ouvriers d'iniquité, je ne vous connais pas! »
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L'histoire est devant nous avec des exemples terrifiants de l'abus qu'on a fait de ces paroles; elles sont vraiment un glaive à deux tranchants, et le sang a coulé et le sang coule en ce moment-ci, parce qu'il y a des hommes, et en particulier, il V en a un, qui a dit je ne sais combien de fois, dans tous les domaines, dans le domaine de la royauté matérielle, extérieure, politique, et dans le domaine du gouvernement spirituel : Cest moi! Voluntas régis suprema lex esto! Que la volonté du roi ou de l'empereur soit la loi suprême!
Non, il n'y a pas de loi dans la volonté d'un homme; il n'y a que celle qui est dans la soumission à la volonté supérieure, la soumission aux lois divines qui sont exactement les mêmes que celles de la pure humanité. Vous n'avez pas le droit de vous promener, avec vos bottes sanglantes, et votre regard assassin, à travers les jardins de Dieu, semant partout l'épouvante et la destruction, en disant que vous préparez
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le chemin au royaume de Dieu et que vous détruisez le mal, pour y établir le bien. C'est par la terreur et le crime que vous prétendez préparer l'avènement du Prince de la paix. Lorsque je ne sais quel démon vous obsède et vous pousse à vos orgueilleuses et sanglantes folies, vous et tous ceux, qui vous suivent, si les hommes se taisaient, les pierres môme se lèveraient pour vous crier : Arrière, fils de Caïn! Mes frères, détournons nos regards de ces visions terrifiantes, qui nous feraient douter des paroles même de Notre Seigneur Jésus-Christ, et nous écarter avec horreur de Celui qui les a prononcées, en raison de tous les abus qu'on en a tirés. Reposons nos cœurs et nos esprits sur des horizons plus réconfortants.
Le savant dans son cachot, où on l'avait enfermé, l'obligeant à dire : « La terre ne
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tourne pas, » alors qu'il était sur qu'elle tournait, disait en se frappant la tète : Et pourtant elle remue! Nous aussi, nous disons : « Et pourtant, elle est vraie, cette parole. C'est une parole de lumière, une source de vérité! » « Qui vous écoute m'écoute, et qui m'écoute écoute Celui qui m'a envoyé. » Eh bien oui! Qui que vous soyez, pourvu que vous soyez de cœur et d'àme près du Maître divin, quand vous parlerez à la douleur et que vous la consolerez, non plus avec des consolations mortelles et passagères, mais avec l'immortelle bonté de Dieu; quand vous lui direz que tout finira bien, malgré les passages obscurs et les désordres apparents, dites-vous bien, et qu'on le sente et le sache, ce n'est plus en votre nom que vous parlez, vous êtes trop petit devant la douleur et la mort. Un plus grand que la mort et la douleur vous a choisi pour messager.
Celui que vous consolez ainsi n'est pas consolé par une parole éphémère; c'est Dieu
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qui, par vous, lui parle. Celui que vous secourez en son âme ou son corps, n'est pas secouru par une pauvre main d'homme, — la douceur dans la main qui console c'est l'Esprit qui agit par cette main en sa fragilité louchante. — Elle est soutenue par l'Etcrnei Dieu. L'univers tout entier, avec son pouvoir, sa force, son organisation, et toute la puissance divine sont derrière vous.
Lorsque, seul, méconnu peut-être, et traité d'homme sans mandat, vous vous levez devant le désordre, devant le crime, ou des foules ou de ceu.x qui sont au sommet, et que, au risque de vous faire fermer la bouche, et vous faire détruire vous-même, vous clamez la vérité, vous n'êtes plus une pauvre unité devant une majorité écrasante; non. vous êtes un phare dans les ténèbres : Qui vous écoute mécoule! A travers votre voix que l'on veut étouffer dans le sang, vit et se propage le son immortel, qui a commencé avec le premier rayon astral et qui
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ne cessera jamais. Vous parlez non pas comme quelqu'un qui meurt, mais comme quelqu'un qui sème sa vie dans les sillons de l'avenir.
Lorsque vous instruisez la jeunesse, en des temps comme ceux-ci. temps terribles où. parfois, l'on se dit : « A quoi bon instruire la jeunesse! Demain le vent de mort desséchera sa fleur. » Lorsque vous instruisez la jeunesse malgré le vice, le scepticisme, le découragement, la désorganisation de la conduite, la souijlure envahissante; lorsque vous instruisez la jeunesse, et que vous avez la vision de l'àme pure, de l'àme bonne que Dieu a mise dans chaque homme, dans chaque enfant; lorsque vous parlez à ces gentilles petites filles qui, demain, seront des mères de famille, qui sont fraîches et jeunes d'espérance, dont l'âme s'ouvre à l'avenir au milieu du malheur présent; lorsque vous faites cela, ce n'est pas en votre nom à vous que vous agissez. Les soleils levants, la grande germination obscure sous les
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sillons, tout ce qui fait que l'espérance ne meurt jamais, conspire avec vous; vous êtes d'accord avec :
Ce quelqu'un d'inconnu f)ont on voil. p.ir moment, pjsser Vombre sublime ]\ir JelJ Ij muraille énorme de l'Abime.
Quand vous avez devant vous la phalange de cette préadolescence, de ces jeunes gens dont les os ne sont pas encore complètement consolidés, dont le caractère n'est pas encore formé, mais qui sont comme le rejeton dont parle le vieux prophète, sorti d'une souche presque rasée jusqu'à terre : Lorsque vous vous adressez en leur personne au sang de Bayard, dont un étranger a dit dernièrement : « 0 sang de Bayard, je te salue au milieu de tant d'ignominies! » Lorsque vous sentez toute la France du passé, la France des Croisades, la France des Droits de IHomme, toute la vieille et chère patrie de l'idéal tressaillir en vous pour ces
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enfants qui sont les semailles de l'avenir, ce n'est plus seulement en votre nom, au nom des hommes de ce temps que vous leur parlez, mais au nom de tous les morts enveloppés du drapeau, au nom de tous ceux qui sont partis et qui sont plus vivants que nous, au nom de l'Eternel Dieu qui est le Dieu des sacrifiés, le Dieu de tous ceux qui combattent pour le droit, le Dieu de l'avenir, le Dieu de la victoire!
Partout où vous allez, lorsque vous parlez aux travailleurs, en face de cette destruction déconcertante, devant le chaos qui a remplacé la civilisation dans les lieux où a passé le char labourant de la guerre; lorsque vous parlez à ceux qui ramassent les morceaux, à ceux qui recommencent, à ceux qui ne sont pas découragés par les pans de mur croulants, les édifices ruinés jusque dans leurs fondements, mais qui remettent la main à l'œuvre, lorsque vous leur dites : « Courage! » lorsque vous
êtes avec eux de cœur et d'âme, lorsque vous retroussez vos manches et avec eux vous mettez au travail, piochant et martelant, alors le Grand Crucifié, le divin réparateur des brèches est avec vous. Qui vous écoute, Técoute!
Partout où. dans l'obscurité, un être humain ne désespère pas, mais se ramasse dans le deuil, dans l'écrasement, partout où quelqu'un dit : « Kt pourtant, il y a encore un avenir pour l'humanité! Et j"y travaille! » vous pouvez être sur qu'il est derrière vous, Celui qui dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés! » Si vous êtes dans son inspiration; si vous demeurez en Lui et Lui en vous, c'est encore Lui qu'on écoutera, lors même qu'en des temps nouveaux, devant des situations qu'il n'a jamais connues, vous diriez des choses qu'il n'a jamais dites. Et ses brebis, à travers votre voix, entendront la sienne : « Qui vous écoute m'écoute, et Celui qui m'écoute écoute Celui qui m'a envoyé. » La
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parole s'accomplira : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas! »
Voilà, mes frères, comment il faut comprendre la parole divine, surtout en ce temps qui a besoin d'espérance, de courage persistant, en ce temps qui exige qu'on se raidisse et se reprenne. Derrière tous les hommes de bonne volonté, derrière quiconque serre la main d'un autre avec effusion, ayant le sentiment d'une profonde fraternité; derrière quiconque panse une blessure ou secourt un misérable, derrière quiconque s'incline sur les restes des morts, sentant que ce n'est pas de la destruction et du néant, mais de la graine d'immortalité, derrière quiconque vit ainsi sa vie, — la pauvre vie de l'humanité, — dans un esprit alerte. matinal, rayonnant, derrière tous ceux-là se dresse le Christ et surgit Dieu Lui-même. L'homme qui parle en Son nom ne sera pas comme un débiteur insolvable tirant sur l'avenir des traites qu'il ne pourra jamais
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paver. Toutes ses promesses, quelles qu'elles soient, resteront au-dessous des grandes, des riches et sublimes réalités, au nom desquelles il élève la voix au milieu de ses frères.
Amen !