‹ Glaives à deux tranchantsChapitre 16 sur 23 · VASE ET POTIER · texte numérisé non relu

VASE ET POTIER

.Malheur a qui conteste avec soru Créateur, car il est un vase parmi des vases de terre, et l'argile diraitelle à celui qui la façonne :

" Que fais-tu' »

EsAu; XLV', 0-

Chers amis et frères,

« Malheur à qui conteste avec son Créateur! » Cette parole d'avertissement sévère où la créature est comparée à l'argile, et le créateur à l'artiste, à l'ouvrier, au potier, peut être tour à tour une source de patience, de confiance infinie et une source de démoralisation. Mal prise, elle engendre l'erreur, l'amertume, fo-

i8o Glaives à deux ti'anchants

mente en nous la révolte ou conduit au mutisme, au lâche abandon, au désespoir.

Elle est familière à l'Ecriture, l'image de cette argile que travaille une main. C'est celle qu'a empruntée la pauvreté humaine, pour se représenter l'action divine créatrice. L'homme, est-il dit, à la première page de la Sainte Ecriture, est une œuvre divine, dans laquelle l'argile est pétrie du souffle de Dieu. 11 faut toujours se le rappeler. Notre double origine, notre nature contradictoire, notre destinée faite de ce qui passe et de ce qui demeure, toute la touchante beauté de notre vie est là. — L'argile doit avoir confiance dans celui qui la pétrit, lorsqu'il est le grand ouvrier des fleurs, des âmes, des mondes. Je parle ici aux croyants, à ceux qui le sont véritablement ou à ceux qui voudraient l'être et qui sont disposés à penser que sur l'argile des choses matérielles — à travers la création et ce qui. en elle, est pesant, lourd, extérieur — travaille, peine, lutte un esprit

Vase et potier 18 1

qui a un but et qui va vers ce but imperturbablement. L'argile, dans son ignorance, dans sa passivité, doit penser que si elle est formée, pétrie par le potier, même à travers les états intermédiaires, elle .est l'objet de sa clairvoyante sollicitude. Le bon ouvrier aime son ouvrage. L'immortel ouvrier qu'est Dieu et dont nous sommes l'ouvrage aime son œuvre. 11 s'y intéresse de tous les trésors de sa divinité ! Nous sommes l'œuvre de Dieu, non seulement nous-mêmes, chacun dans son individualité, mais nous, comme humanité, dans l'ensemble de notre histoire tourmentée. Nous sommes l'œuvre de Dieu. Inutile de trop nous embarrasser de notre petitesse. Par Dieu et sa volonté à notre égard, nous sommes grands. Un immense avenir s'élabore en nous. L'œuvre du sculpteur ou du potier traverse des états préalables, qui sont quelquefois de la laideur choquante, déconcertante. Nous traversons également des états intermédiaires, incertains, des

i82 Glaives à deux tranchants

périodes d'abandon informe; mais nous devons avoir confiance. Il faut attendre que de ces préparations se dégage l'oeuvre, puis le chefd'œuvre. La créature humaine et l'histoire sont engagées dans des périodes troublées, tourmentées, obscures, qui ressemblent à du désordre plutôt qu'à de l'ordre, à du chaos plutôt qu'à de l'harmonie. Si, à ce moment-là, l'argile disait : « Je suis laide, pourquoi m'as-tu faite ainsi? » Si l'homme dans ces états intermédiaires, préalables, qui semblent des tâtonnements, se soulevait contre son créateur, se livrait à un esprit de contestation, si l'humanité, dans son ensemble, disait : « Il n'y a que du désordre et du chaos sur mon chemin, il eût mieux valu ne jamais rien commencer, » ce serait l'irrévérence même, l'incrédulité, le manque de confiance vis-à-vis de Celui qui dirige tout, et une façon de nous perdre nousmêmes.

A la base de toute destinée, quelle qu'elle

Vase et potier i83

soit — des plantes, des bétes, des enfants, des hommes conscients — il y a quelque chose de fondamental qui est la confiance : confiance obscure, mais formidable, que rien n'a Jamais pu arrêter. C'est elle qui caractérise l'évolution universelle dans son calme impressionnant où les plus grands cataclysmes se tassent et se rangent. C'est elle qui, à travers l'histoire humaine, malgré tout ce que l'humanité a souffert, malgré tout ce qu'elld a rencontré d'obstacles, éprouvé de reculs, malgré tous les bouleversements extérieurs, fait sentir le fil d'or d'une volonté qui se poursuit et réapparaît après s'être éclipsée.

Cette confiance latente, caractère de toute vie sûre, est le signe particulier qui donne son cacheta la vie croyante. La Foi, c'est la confiance. J'ignore, je ne sais pas, tnais il y a Quelqu'un qui sait, voilà ce que dit le croyant. Que Dieu sache ce que nous ignorons, qu'il voit à travers les ténèbres opaques, où parfois,

nous sommes obligés de nous iraîner à genoux, de nous iraîner dans noire sang, dans notre misère; qu'il aperçoive l'autre côté, le côté où linit la nuit, voilà ce qu'il faut maintenir et ce qu'il faut retenir. C'est là la force, c'est là le ressort sur lequel il faut toujours s'appuyer. Observez les croyants de la Bible en leurs épreuves. L'Ecriture est pleine de gens qui sont tristes et tout de même pénétrés de joie. Un des croyants d'une époque particulièrement malheureuse et d'où nous viennent tant d'échos de confiance profonde, a chante un jour dans le Psaume : « Pourvu que Tu me restes! Que disparaissent le ciel et la terre, que mon àme et mon corps soient consumés, pourvu que Tu me restes, car c'est Toi qui es mon rocher ! »

Voilà le fond du cœur des croyants. Aucun d'eux ne pense que contester avec Dieu soit chose permise, ni désirable. Le bonheur d'avoir un Dieu ne doit pas aboutir à contester avec Lui. Mais de cette disposition d'esprit, filiale, à

Vase et potier i85

celle qu'on a voulu parfois recommander, voire imposer en se servant de la parole de notre texte, il y a une grande distance, un abime. Je dirai toujours à tout homme : « Soigne ton Dieu, parce que si tu es croyant, toute ta vie, ta joie et ton malheur, dépendront du Dieu que tu as. » Nous avons confiance en Dieu, confiance absolue, et je pourrais dire, pour ma part, sur de pouvoir le dire pareillement de la part de tous ceux qui sont véritablement croyants : Xous pouvons fermer les yeux, car Dieu veille! Nous pouvons mourir, car Dieu est vivant! Cela tious suffît. Mais cela n'est plus vrai, si Dieu est sourd, aveugle, ou aussi capricieux; si c'est ce vieux despote oriental, absolutiste, devant lequel la créature doit se taire, comme le chien devant le chasseur, comme l'esclave devant le fouet. — Cela ne serait plus de la religion. 11 vaudrait mieux que le ciel fût vide que d'v asseoir ce tyran rouge de sang, aveugle, sans cœur et qui marche sur sa créa-

i86 Glaives à deux ii-anc/ianls

ture, comme le vigneron, au temps des vendanges, marche sur les grappes, et les foule.

Eh oui. cette image du despote oriental, impassible, beau, heureux, mais dont le trône et le pouvoir sont érigés sur des ruines, sur le crime, sur le mutisme des peuples asservis, cette image, on l'a quelquefois assise sur le trône de Dieu, et ce dieu-là, il n'en faut pas! Notre argile ne reconnaît pas en lui son potier.

Il existe, gravée par la main du potier immortel, sur toute argile sortie de sa main, une signature. Il v a, déposé dans toute âme qui est un reflet de son amour et de son soleil de justice, il y a un"e inspiration première, une conscience du droit des faibles. Job, misérable, dépouillé, malade, croulant sous les infortunes, est grand, très grand. Pourquoi?

A tous, y compris ses amis qui discourent, ces amis ergoteurs, venus lui parler d'un Dieu qui, sûrement, le châtie, et qui lui disent : « Oui, tu as bonne conscience, mais il y a

Vase el potier 187

certainement quelque part un recoin mauvais et obscur. On te croyait juste, on te croyait bon, mais celui qui est assis au delà des étoiles savait qu"il y a des impuretés dans ton cœur. Si tu n'avais pas péché, tu ne serais pas malheureux. » A eux tous. Job, sous l'écrasement, sous la tentation de succomber devant le fardeau immense, devant les yeux perçants des mauvais consolateurs, Job dit alors — et c'est en cela qu'il est grand: — il dit du Dieu auquel il croit : « Et quand même II me tuerait, je croirais en Lui ! »

Cela est sublime. Cela veut dire : « Si je péris misérablement, ce qui est probable, ce qui est un malheur, certainement, quoique je n'y comprenne rien, une chose me reste, certaine : // m aime. J'ai confiance en Lui. Alors même qu'il m'arriverait tous les malheurs, j'aurais encore confiance en Lui et je ne les Lui attribuerais pas! » Quand Job a prononcé ces paroles : « L'Eternel l'a donné, l'Eternel l'a re-

i88 Glaives à deux tranchants

pris, » il a voulu dire : « Qu'il donne ou qu'il relire, c'est Lui. Il sait ce que j'ignore. 11 est juste, bon, je suis à Lui, malheureux, comme j'étais à Lui heureux et cest le principal, c'est mètîie tout. »

Job n"a pas pour Dieu le caprice, le bon plaisir. Dans les Livres saints, il y a des paroles qui sortent du coin obscur et mauvais des cœurs. L'humanité s'y trouve dépeinte sous sa forme la plus hideuse; à d'autres pages elle rayonne sous sa forme la plus sublime. Dieu aussi a été dépeint sous ces deux formes; le confondre serait confondre le jour avec la nuit, le mal avec le bien. 11 y a des pages où Dieu est représenté comme un particulier au front dur, à l'âme égoïste et facilement personnelle. Il déclare : // m'a plu de /aire cela: tu ?i'as rien à dire, je fais exactement ce (jue je veux. Quel méchant despote, quelle brute qui dévore ses victimes tiendrait un autre langage! Cela, ce n'est plus un Dieu, c'est une idole pétrie avec

Vase et potier 189

de la boue et de la chair, dans le plus horrible sens de ces deux expressions.

Job estgrand, l'àme humaine, dans ce qu'elle a de divin, est grande devant cette conception monstrueuse de la divinité qui nierait l£ droit de la créature et par cela même insulterait le Créateur. Mais un seul fragment d'argile où le vrai, le grand, le seul adorable potier a mis sa marque, nous aiderait à retrouver sa divine figure. Comment pourrait-on dire au pauvre vase d'argile : « Ne parle pas, ce serait inutile ! » S'il est mal fait, son état même est un crime. On a vu des peintres et des sculpteurs revenir dans leur atelier quelques heures après avoir travaillé et revoyant leur ouvrage, en concevoir une sorte de rage, comme si cet ouvrage les accusait. Effectivement, c'est le cas, non pas seulement pour l'artiste, mais encore pour tout homme qui travaille. L'ouvrage parle par luimême. La mauvaise page qu'écrit le mauvais" écolier proclame sa paresse, et le mal que fait

igo Glaives à deux tranchants

rhomme fait éclater son crime. Donc, lors même que notre bouche serait muette, nos malheurs, nos tristesses crieraient à Dieu. « Le sang répandu, comme il est dit dans l'Ecriture, crie au ciel. » Aucun acte d'accusation ne met davantage en relief et ne proclame plus fortement le crime des incendiaires et des meurtriers qu'un petit cadavre d'enfant. Se taire devant Dieu n'est pas nécessairement une attitude de respect. Il peut se trouver des murmures, de la plainte et des reproches dans ce silence. Une posture de victime immolée, serait-elle une façon d'honorer Dieu ou de le blasphémer? Et quelle ressource qu'un Dieu dont nous nous sentirions la victime! Un père est-il honoré par le fils qui prend en sa présence l'attitude d'un enfant martyr, d'un pauvre persécuté? Un Maître peut-il supporter la vue de serviteurs qui ont i'air, quand il donne un ordre, de se trouver dans les mains de quelque garde-chiourme, et qui travaillent avec le senti-

Vase et potier 191

ment qu'on les opprime? Il v a là une manière de soumission qui blesse, une obéissance qui est une injure à celui qui commande. Enfants de Dieu, que pourrions-nous trouver de plus offensant pour notre Père, que de dire ou seulement de penser à part nous, lorsque nous sommes malheureux, flagellés par la vie : « Nous ne contesterons pas avec lui, Il est tellement plus grand que nous! Notre part est misérable; venus au monde avec une constitution faible, avec toutes sortes de tares, avec des intelligences bornées nous voyons à côté de nous ceux qui ont des dons splendides, des qualités magnifiques au point de vue matériel et moral. Mais résignons-nous, acceptons; ni charme, ni prière, ni soupir! Dieu fait ce qu'il veut; il fait les uns riches, les autres pauvres. Aujourd'hui le potier fabrique avec l'argile un malade, demain II s'exerce à en tirer quelqu'un de bien portant. Tout cela pour montrer qu'il peut faire ce qu'il veut. L'argile est à sa merci ! »

192 Glaive^- à deux tranchant'!

Quelle triste religion que celle qui nous ferait garder ainsi notre peine pour nous tout seuls! Quelle divinité marâtre suppose une pareille religion, et comme Dieu doit souffrir d'être servi avec de pareils sentiments, qui sont une accusation muette, refoulée au fond de notre être et nous dévorent dans notre lamentable isolement! De sombres pensées, des pensées tragiques nous assaillent devant le malheur à qui est refusé même le droit à la plainte.

Au-dessus des brouillards de la terre et de l'obscurité des consciences, est un grand Accusé. Vers lui se lèvent les poings, montent les jurons, sont poussés les cris de révolte; et contre lui aussi monte et témoigne en silence le mutisme des victimes qui ne veulent pas réclamer, le, sachant trop grand. Ce grand accusé n'est autre que Dieu lui-même, victime crucifiée dont Thomme est le bourreau I Mais s'il est blessé par certains cris immérités ou impies,

Vase ei potier ig3

ce qui le torture le plus, c'est le silence, la muette accusation de ceux qui se croient ses enfajits déshérités. Le vrai Dieu dit à la créature : « Parle-moi, » comme un père dit à son enfant : « Parle-moi, dis-moi ta peine, ouvremoi ton àme. Ta peine est ma peine, ta douleur est ma douleur. Sache ceci, mon enfant : Dieu n'atiiige pas volontiers les enfants des hommes. A côté de ce que tu peux appeler une épreuve — et il faut des épreuves, comme il faut une discipline — à côté de la douleur que tu voudrais éviter et qu'on ne peut éviter, parce qu'elle est la créatrice même de la beauté morale; à côté de cela, mon enfant, il y a une douleur qui est un blasphème pour moi; il y a des misères dont il ne faut pas dire que je les ai voulues. Il ne faut pas dire que c'est moi qui ai voulu les tares physiques et morales, que c'est moi qui ai voulu, non pas seulement les imperfections, mais les iniquités sociales. Il ne faut pas dire que c'est moi qui ai voulu la fjuerre,

i()4 Glaires à deux tra}ic/iaiits

et cette i^uerre telle qu'on la fait. Non, non, c'est mon oeuvre défigurée, dans laquelle je souffre le martyre. »

Tous les mutilés de la terre, quels qu'ils soient, tous les malheureux qui le sont de naissance, à qui le doivent-ils? Si nous savions démêler la trame obscure des causes, nous verrions souvent que ce qu'on appelle « un farJeau imposé par Dieu » est un soulilet sur la face du Créateur!

C'est pour cela que ce cri qui sort du pauvre vase d'argile tourmenté et torturé, ce cri qui, partais, semble plus fort que les forces humaines, c'est Dieu qui le pousse à travers notre misère, c'est Dieu qui se plaint à travers tous les estropiés, à travers tous les petits enfants qui portent le crime de la malpropreté des pères, à travers toutes les victimes, quelles qu'elles soient, à travers tout ce qui est déchiré, pantelant! Vous ne ferez jamais taire sa voix. Vous empêcherez plutôt le soleil de se le-

Vase et potier igS

ver que vous n'empêcherez ce cri des consciences!

Voilà l'autre côté de cette parole. .Mes frères, ici on prêche l'humanité, on prêche Dieu et on prêche la religion, mais on a le sentiment que beaucoup sont victimes de leur religion. C'est pour cela qu'une multitude de gens se sont amputés de leur Dieu, comme on s'amputerait d'un membre malade, ou se sont enfouis loin de sa face, comme on s'évade loin d'une maison paternelle qui vous maltraite. Une amputation peut être, en effet, une libération, et dans certaines conditions, on peut admettre aussi que l'enfant qui abandonne un toit inhospitalier, ou l'orphelin qui perd de mauvais parents, a une vie simplifiée. S'il avait des parents indignes, qui le tourmentaient, lui donnaient de mauvais exemples, d'être fugitif ou orphelin, c'est pour l'enfant une délivrance. Ainsi, c'est quelquefois une délivrance de devenir athée. On avait un Dieu qui vous

igô Glaives à deux tranchants

dévorait, vous rongeait comme une gangrène; un Dieu qui vous opprimait et qu'on traînait comme un boulet. Dirons-nous pour cela que la situation normale dans l'humanité, c'est celle de l'orphelin ou que la vraie vie, la vie grande et joyeuse est la vie sans Dieu?

Mes frères, un peu de bon sens : il vaut mieux avoir un Père, un bon Père, un Père à qui l'on puisse parler, vers qui l'on puisse au besoin clamer dans la nuit où nous sommes.

O vous qui pleurez, ô vous qui êtes frappés dans votre chair, dans votre conscience, vous qui vous tenez devant le Créateur comme une pauvre argile qui ne se soutient plus par elle-même, comme ce Vase brisi qu'a chanté un de nos poètes en des vers d'une beauté immortelle, vous qui vous tenez devant Dieu dans l'attitude de ceux qui ont beaucoup souffert, ne niez pas, ne cachez pas votre douleur, n'ayez pas honte de vos larmes; ne croyez pas que ce soit une injure, un crime pour un Père qui nous aime dans les *1

Vase et potier 197

nuits de veille et de souffrance, que de crier votre douleur. Vous avez besoin, dans les ténèbres où vous êtes, de savoir que, lorsque vous sanglotez, quelqu'un vous entend, et que le Père est là !

Parle-lui. pauvre argile, parle à ton créateur. Il t"a fait dire par les meilleurs de ceux qu'il a envoyés sur la terre, pour interpréter sa volonté : « Crie à moi et je t'écouterai, je te dirai des choses grandes et cachées que tu ne connais pas. » Parle-lui, \\ a besoin que tu lui parles. Comme tu le cherches, il te cherche. Il attend de toi un signe, une tendresse, une confiance que toi seul peux lui donner et qui soit, pour celui qui t'aime d'un amour immortel, l'expression de ton trésor intérieur, libre et persoimel.

Voilà, mes chers frères, comment il faut la prendre, cette parole qui a trait à l'argile et au potier; voilà comment l'a prise le Crucifié du Calvaire, qui est bien l'image de la plus misérable argile, torturée et brisée sur un bois infâme.

uj^ Glaires à deux tranchants

Cet innocent condamné, le maître abandonné par les disciples, ce juste abreuvé d'amertume au milieu de sa détresse, empruntant un vieux cri de l'humanité souffrante, n'avait-il pas dit : Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m as-tu abandonné! Dieu lui a-t-il imputé à crime ce cri où se résume toute rant;oisse des siècles? — Non. Jamais il ne fut plus près de personne que de ce damné du Golgotha. iPle tenait dans ses bras, il le couvait de son reyard. Il l'environnait de son esprit; il créait, en souffrant, avec les ombres de sa nuit, cette grande clarté qui est devenue pour tout ce qui soulîre, geint, meurt. la Pitié rédemptrice, la Charité consolatrice, la Tendresse illimitée, l'Espérance invincible. 11 achevait au sein de la fournaise le plus beau de tous les chefs-d'oeuvre que jamais le douloureux et sublime génie du potier éternel ait tiré de l'argile humaine.

Frères, ma prière pour vous est qu'en rentrant chez vous, en reprenant votre sillon dans

Vase et potier igg

le labeur, la peine et la foi, en ramassant votre courage pour vous-mêmes et pour les autres, vous vous souveniez d'avoir entendu, ce matin, ne serait-ce qu'une seule parole, un seul cri où le divin potier dit à notre pauvre argile : Je faime, espère en Moi ! Amen.

Page 1