TOUT A TOUS
" ....je me suis fait tout à tous, afin, de toutes les manières, d'en sauver quelques-uns. »
I Cor< IX, Z2.
Pour être bon prince, il faut être prince d'abord : Saint Paul était prince, — prince selon l'esprit. C'était un des grands, un de ceux qui, à travers le temps écoulé, depuis leur activité terrestre, se sont prouvés encore plus grands que de leur vie.
Or, il y a des princes qui sont surtout altiers. distants: mais celui là a marqué sa grandeur par un désir plus ardent de se rendre utile, de descendre, de chercher les petits, de mettre sa
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force, sa foi. tout ce qu'il possédait, à la disposition de ceux qui en étaient dépourvus. C'est ainsi qu'il a pu dire — et on ne saura jamais jusqu'à quel point ce qu'il a dit là est vrai; on restera toujours au-dessous de ce qu'il a fait, même avec l'imagination la plus fertile, — c'est ainsi qu'il a pu dire sans se vanter : «Je me suis fait tout à tous. »
\in cela, son esprit était bien le reflet de l'esprit de son maître, de Celui dont il a été dit, dans les Saintes Ecritures, qu'il n'a pas considéré comme une « proie » d'être semblable à Dieu, mais qu'il s'est humilié et qu'il a été obéissant jusqu'à la mort — et la mort sur la Croi.x!
Ce sera une chose bonne, utile et salutaire pour nos esprits, de passer un moment dans la t communion de cette grandeur qui est de l'humi- Uté, de la patience, de la simplicité et qui fait des efforts d'accommodation pour combler lesdistances.
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Une des grandes distances, une des graves séparations qui existent entre les hommes, c'est la séparation intellectuelle, ayant son origine dans leurs différentes manières de concevoir, de comprendre les choses. Ils se sont classés, parqués, selon leurs idées ou leurs cro}'ances de telle sorte que. fort souvent, malgré tous les progrès qu'ont fait ks moyens extérieurs de rapprochement, il subsiste entre eux de véritables cloisons étanches. D'une cloison à l'autre, on ne se connaît pas!
C'est là un des plus sérieux obstacles à l'avancement du bien sur la terre. Par je ne sais quelle fatalité, tout ce qui est mauvais se rejoint, conspire ensemble, tandis que les braves gens sont disjoints. Ainsi des convictions qui devraient être une force, deviennent une cause de faiblesse. Il est évident que l'empire du Mal
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en prend avanta^'e sur l'empire du Bien. Pour lever cette ancienne et grave difficulté, il faut que certains esprits soient plus grands que les barrières. 11 faut qu'ils puissent les franchir — et les franchir sans être allligés de cette maladie, la plus terrible de toutes qui est le scepticisme, l'indifférence, — les franchir, tout en ayant au cœur des convictions profondes, ardentes et définitives.
Saint Paul était ainsi. Il savait que ce n'est pas un hasard ni un accident de surface que d'être un Juif, que d'être sous la Loi, que d'appartenir au peuple élu. 11 savait que ce n'était pas un hasard de surface et un accident historique que d'être un Grec, mais que c'était un effet de la volonté divine que d'être de son pavs, de sa langue, de sa descendance et de son vieux patrimoine, et d'en porter l'empreinte sur son âme et dans son san^. Mais, le Juif, le Grec, l'homme qui pense d'une certaine façon et celui qui pense d'une autre manière, toutes
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les mentalités sont, avec leurs dons divers, des modalités d'une révélation divine à travers l'Esprit humain. Tous les intérêts, quels qu'ils soient, sont des représentations de l'Intérêt essentiel de l'humanité, et par conséquent, il faut qu'ils arrivent à se rencontrer et à se joindre.
Pour que le Juif ne cesse pas d'être un homme, à force d'être un Juif; pour que le Grec ne cesse pas d'être un homme, à force de n'être qu'un Grec; pour qu'ils ne mettent pas leur gloire dans la surface, dans les choses extérieures, mais qu'ils apprécient véritablement fusque dans sa profondeur idéale et sacrée la f^loire d'être un Grec et la gloire d'être un Juif, il faut qu'ils se convertissent à l'humanité. C'est pour cela que Paul, sentant que quiconque n'arrivait pas à cette naissance supérieure était perdu, se disait : « Je ferais n'importe quoi pour les y faire monter. » C'est ainsi qu'un jour il a dit : « Oh! Pour vous sauver, frères en Abraham,
j'accepterais d'être anathème. » On ne peut pas dire plus : être anathème, cela veut dire être damné, séparé éternellement de Dieu, rejeté comme un rebut en dehors de tout ce qui a de la valeur. Aimer assez pour sacrifier non pas seulement son bien-être matériel et spirituel, sa vie actuelle, mais toute la suite de sa destinée, c'est aimer sans mesure.
Les elTorts de saint Paul pour bien se mettre dans l'esprit des Grecs sont nombreux. Qu'on se rappelle seulement son discours au.x Athéniens et sa touchante interprétation de l'inscriptiên : An Dieu inconnu. Voilà pour la mentalité.
Pensez, maintenant, à la distance établie entre les hommes par le point de vue social, à celle surtout qui existait dans l'antiquité, entre l'esclave et l'homme libre. Saint Paul s'est fait esclave, quoi qu'il fût un homme libre: il est allé avec les plus petits, avec les derniers. 11 a si bien, de leur côté, libéré les maîtres eux-mêmes,
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qui croyaient en Christ, de cet esclavage intérieur du maître, consistant à mépriser son esclave, il les a si bien libérés qu'il leur a fait comprendre à travers cette barrière, la plus formidable de toutes, que l'homme libre et l'e-sclave sont unis en Jésus.
Non seulement saint Paul était un grand esprit et un grand cœur, mais il était encore un grand caractère.
Les grands caractères, généralement, sont très fermes, c'est même en cela que consiste le caractère. Mais les grands caractères ont les défauts de leurs qualités : ils sont souvent impératifs, tranchants, exclusifs; il faut qu'on se règle sur eux, ils ne se règlent sur personne.
Celui-là était un grand caractère, et loin d'être abrupt il fut accommodant; accomtnodant sur toutes les formes extérieures de la pensée et des usages, et ce qui est plus pénible, accommodant sur son propre droit. 11 y en a qui vont non seulement jusqu'au bout de leur droit, mais
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toujours un peu au delà. Saint Paul n'a pas fait tout ce qu'il avait le droit de faire; il a renoncé à bien des choses légitimes, par égard pour autrui, afin de ne scandaliser personne, afin de i fortifier sa situation morale dans la confiance de ceux qui le regardaient vivre et que gagnait tant de désintéressement.
Toutes ces choses-là, il les a faites par amour pour Dieu, par amour pour les hommes. Etant un .Maître, et quel .Maître! il s'est fait serviteur . sur toute la ligne; il a contribué à créer dans 1 l'humanité un trésor spirituel dans lequel on peut puiser, pour arriver à lutter contre tout ce qui sépare les hommes, et à renfoncer ce qui les unit. |
Ce trésor s'est augmenté, à mesure qu'on y I puisait. La loi du Royaume de Dieu veut qu'on s'enrichisse en donnant.
Se faire tout à tous! Se faire petit avec les petits! Combien de fois, dans cette vieille histoire du christianisme. n"en avons-nous pas vu
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le sublime exemple! A la suite de la primitive Eglise, patiente et magnanime, éducatrice des païens, nous avons vu, au moyen âge, ces moines qui ramassaient en eux toute la science de leur temps, se faire petits avec les petits, et presque barbares avec les barbares, atin de les instruire, de les éclairer, de les convertir à l'Evangile.
Il y a des esprits pour qui la science est une sorte de richesse égoïstement conservée. 11 ne leur plairait peut-être plus d'être éminents par l'esprit, par la connaissance, par la distinction artistique, si tout le miOnde pouvait participer à ces trésors. Ils sont à tel point possédés par l'amour du privilège, que ce qui est le bien de tous ne leur semble plus un bien. Le vrai bien, c'est ce qui vous distingue, c'est ce qui vous met à part, c'est ce qui vous élève au-dessus des autres. Pour s'y maintenir, ils gardent pour eux ce qu'ils ont ; ils ne donnent pas, ne distribuent pas, ne répandent pas à pleines mains, libérale
lement, ce quelque chose de spécial par où ils brillent et par où ils sont plus grands que le commun des mortels.
Ce n'est pas le cas des véritables maîtres. Dans tout enseignement, quel qu'il soit, depuis celui qui consiste à enseigner les premiers rudiments de la lecture et de l'écriture aux petits enfants, jusqu'à celui qui consiste à enseigner les sciences les plus profondes, les plus étendues et les plus difficiles à des hommes déjà avancés, le véritable pédagogue, le vrai maître, c'est celui qui se donne, et sait descendre, c'est celui qui sait se mettre à la place des autres, penser et vivre comme eux, afin de leur enseigner à vivre et penser comme lui.
Il faut véritablement une capacité spéciale, une grâce particulière, pour s'adapter ainsi aux milieux les plus divers.
Nous avons vu des hommes de science se faire solitaires, s'exiler, renoncer à tous les avantages de la vie civilisée, pour aller vivre
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dans des contrées lointaines, dans les grands froids du pôle, dans les chaleurs excessives des tropiques, afin de servir la science. Nous en avons vu plusieurs se mêler aux malades atteints des contagions les plus dangereuses, pour mieux comprendre leur maladie, et réussir à la combattre. Pour sauver des infirmes de l'isolement de leur infirmité, d'autres se sont fait une existence tronquée, un sort d'infirmes. Ils se sont mis dans la situation d'aveugles, de sourds et muets, pour comprendre et libérer ceux qui avaient perdu la vue et l'oreille. Ils sont allés vers les malades d'esprit, les déshérités de l'intelligence, afin de leur être utiles et de les aider à tirer parti du peu qu'ils possédaient. Ils se sont exposés aux miasmes physiques comme aux atmosphères morales irrespirables, pour arracher à leur perdition les corps et les âmes. On peut dire qu'ils se sont emmurés avec les emmurés, pour détruire la sombre fatalité de leur destin!
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Ainsi, partout, savoir se faire tout à tous est une force, une beauté, une grandeur, une richesse au milieu de l'humanité. Je vous recommande cet étal d'esprit. Les actes qu'il vous inspirera seront autant de commentaires de l'Evangile sublime, venu pour sauver ce qui était perdu.
Kt cependant, mes frères, se faire tout à tous, si, d'une part, c'est la hauteur ensoleillée de la charité, d'autre part, cela peut être un abîme d'abjection. Se faire tout à tous, on peut le faire pour Dieu cl les hommes, par tendresse, par soif de sauver, mais on peut le faire aussi par basse cupidité,- par lâcheté, par soif de domination et de grandeur.
Rappelez-vous ces ambitieux agissant d'après le vieil adage latin : Omnia servilité?' pro dominatione, et prét,s à n'importe quel acte, pourvu
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.qu'il conduise au pouvoir. Lorsque le démon de la domination ronge un homme, il en fait un criminel et un esclave; aucune honte ne l'effraie : obséquiosité, hypocrisie, cruauté, tout lui est bon pourvu qu'il s'élève et domine! Autour de ceux qui sont rongés par cette lèpre et finissent par atteindre la puissance tant convoitée, vous rencontrez leurs parasites, les courtisans, empressés à lécher toutes les bottes, et ne reculant devant aucune ignominie. A l'ombre du pouvoir et sous sa protection, ils grouillent dans le privilège comme les vers dans le cadavre!
Hélas, on a vu des âmes basses prostituer la religion elle-même parmi la tourbe servile qui se presse derrière un char. En se faisant ainsi tout à tous parmi les derniers des mortels, elles lournissaient une caricature hideuse de la religion de saint Paul et de Jésus-Christ. Détournons-nous de ce coin obscur où s'accomplissent des infamies au nom de ce qu'il v a de plus sacré !
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D'autres se font tout à tous, parce qu'ils n'ont pas de colonne vertébrale; ce sont des hommescaoutchouc, trop flexibles, affligés d'une trop grande souplesse, ne pouvant résister à aucune sollicitation, par peur, par lâcheté, par trop humble condescendance. Toujours de l'avis de tout le monde, hurlant avec les loups, comme ces jeunesses trop facilesà entraîner, ilssubissent l'influence de chacun.
Viennent ensuite les par trop complaisants. La complaisance est une vertu. Certes, il n'y a pas de plus joli tableau dans l'Ancien Testament que celui de la jeune fille Rebecca qui, non seulement se déclare prête à abreuver les hommes altérés, mais encore à donner à boire à leurs chameaux. Toutefois la complaisance, chez quelques-uns, devient un vice. Vice dans la famille, dans une éducation qui ne sait plus résister aux enfants, la complaisance est un vice plus grave encore lorsque, dans la vie publique, elle consiste à tout approuver, à porter
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de Teau sur les deux épaules, à ne pouvoir jamais élever la voix pour une protestation virilç. A ce degré d'aberration, la complaisance n'est plus qu'une basse servante qui ouvre la porte à tous les abus.
Se faire tout à tous, cela se fait encore pour arriver au succès, à l'argent. Il v a dans certaine vieille compilation qu'heureusement on ne met pas entre les mains des écoliers d'aujourd'hui, des conseils pour ceux qui veulent réussir. Après a\*oir enseigné le devoir conventionnel, la manière de se tenir dans le monde, pour ne pas être déconsidéré, dans le tuvau de l'oreille et. pour ainsi dire, à voix basse, on murmure à l'initié : « Cela, c'est très beau pour le public; mais si tu vis ainsi, tu ne réussiras pas. tu n'arri\eras pas. 11 faut te procurer le secret; le voici: ne t'embarrasse d'aucun scrupule, n'aie aucun amour-propre, laisse-toi insulter, lorsque c'est ton intérêt. Si l'on te jette à la porte, ne t'en formalise pas; mais reviens, rentre parla fenêtre
ou par une autre porte, si cela peut te profiter. Laisse-toi conspuer, traiter comme le dernier des misérables; sans sourciller laisse les hommes essuyer leurs pieds sur ta tète, pourvu que tu arrives à tes fins. Le succès rachète tout! »
Eh oui ! Il y en a qui se sont approprié cette science i^moble et, pour se pousser, non seulement se sont fait tout à tous, mais sont allés jusqu'àsubirtoutes les avanies. Engeancevile qu'on trouve partout, couverte de tous les prétextes, déshonorant ce qu'elle touche. On étoutïe dans l'air qu'elle répand : elle est animée d'intentions telles que. parfois, quand on voit vivre l'humanité dans une pareille dégradation, il vous prend une irrésistible nausée. Et l'on se sent gagné par l'envie de mourir, de s'en aller vers ceux qui ont donné leur vie, qui furent bons, beaux dans leur dévouement, nobles et francs, et qui préférèrent tout risquer que de ternir leur honneur. O nostalgie du grand repos de la
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grande paix, comme tu es douce au cœur, lorsque le troupeau, le vil troupeau bon à tout, prêt à tout, nous remplit d'un dégoût suprême!
Alors, direz-vous, soyons distants, durs, intraitables, intransigeants; ne cédons rien à personne, affirmons nos droits avec la dernière àpreté. Sur les questions d'opinions, ne consentons pas à jamais admettre qu'il puisse y avoir un point de vue contraire au nôtre ; jamais aucune concession à un adversaire! En toutes choses, se constituer comme une citadelle abrupte, inexpugnable 1 N'est-ce pas là le meilleur parti à choisir?
Franchement je ne vois pas qu'une telle conclusion s'impose.
D'une médaille, vous ne pouvez 'pas dire :« Je n'en veux qu'une face, ^> vous êtes obligé d'empocher les deux, mais quand il s'agit d'un principe de conduite, nous ne sommes pas en présence ' du même dilemme. Ceux qui disent : « Tout ou rien » n'ont pas raison et s'exposent
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à perdre, aussi bien en retenant tout quen' ne retenant rien. Faites la part des choses, équitablement. Devant les basses tentations, du luxe, de la gloriole, de l'égoïsme et des jouissances inférieures, soyez hautains, fiers, intransigeants: montez sur vos plus grands chevaux et n'en descendez pas '.Mais pour secourir un blessé, ramener un égaré, accueillir un frère, pratiquez la bonté sous toutes ses formes; vous pouvez descendre et rester chevalier. Vous pouvez, même, en guise de cocarde, choisir cette idée, que lorsqu'il s'agit du salut des autres, lorsqu'il s'agit, accomplissant la volonté divine, d'aimer l'humanité noblement, simplement, on peut sacrifier bien des choses, être accommodant et se faire tout à tous. 11 n"en rejaillira jamais ni honte sur nous, ni dommage sur les autres. Céder, pratiquer la largeur d'esprit, s'ingénier à comprendre, quitter même tout amour-propre personnel et risquer de se compromettre, pourvu qu'en profite le Royaume divin, c'est faire preuve
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de quelque chose de plus haut que toutes les dignités conventionnelles. L'honneur de Dieu n'est pas atteint si, pour laisser passer première Haute et gracieuse Dame Charité, la raideur d'un dogme s'incline ou que des prescriptions cultuelles reculent au second rang.
Voici pourtant une exception. Elle ne détruit pas la règle; mais il convient de l'honorer d'une attention spéciale : Jamais, même pour servir Dieu et l'humanité, il ne faut s'exposer à la tentation de devenir un touche-à-tout , car encore doit-on être qualifié pour les services que l'on veut rendre. Il y a de telles maladresses que Dieu et les hommes, la Patrie et l'indixidu. en sont desservis! Si vous ne vous sentez pas à la hauteur d'un devoir, ne vous faites pas tout à tous, occupez-vous de ce qui vous regarde, de ce que vous savez bien faire. Ne vous multipliez pas d'une façon si absurde que, partout où vous passez, vous laissiez des traces de votre incompétence. Ce serait la meilleure manière
de deshonorer Dieu ei de rendre de mauvais services à l'humanité.
Il y a des gens qui confondent le désir d'être utile avec le prurit de se mêler de tout, d'être partout; et l'on remarque quelquefois, dans certaines œuvres et dans certaines affaires qui concernent l'intérêt public, des hommes qui, véritablement, rendraient plus de services en ne faisant rien qu'en exerçant les fonctions les plus disparates avec une égale insuffisance.
D'autre part, on rencontre des hommes et des femmes très capables, mais qui ne comprennent pas qu'il y a une limite au.\ forces humaines, et que celui-là même qui a le plus d'horizon, le plus de perspicacité et d'aptitudes ne peut tout faire à la fois. Que de gens ont l'esprit très bien organisé sur tous les points, sauf suf celui-ci : ils ne peuvent pas admettre que le bien soit fait par d'autres que par eux-mêmes! Aussi, dans leur famille, dans les œuvres où ils collaborent et dans les services publics, préfèrent-ils que les
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choses ne soient pas faites que de ne pas les faire eux-mêmes.
Voilà des dangers à fuir, mais une fois que vous les aurez évités, vous pourrez tranquillement vous mettre à l'école de saint Paul, à l'école de Jésus-Christ et vous faire tout à tous. Ne vous laissez pas décourager par ceux qui vous insinueront que c'est peine perdue, que ceci ou cela, objet de votre labeur, ne marchera pas, ne pourra jamais marcher, dussiez-vous, pour y aider, essayer de tous les métiers, traverser tous les avatars. Gardez haut, ferme et pur votre idéal. Pensez que ce qui s'est montré fragile hier, deviendra peut-être demain vigoureux et durable. 11 y a des choses qui sont préétablies dans la volonté divine; nous sommes là pour les accomplir. Un jour viendra où ce qui fut longtemps déclaré impossible, sera enfin possible. C'est grâce aux hommes de bonne volonté. aux braves cœurs que n'épouvante môme pas le danger d'être mal jugés; grâce à ceux qui ne
craiijnent rien que de manquer leur vie, de ne pas faire tout leur devoir, c'est grâce à ceux-là qu'on avance un peu sur le chemin difficile que gravit l'humanité. Mais, sur ce chemin, nous avons avec nous notre Maître à tous, Celui qui, en mourant au Calvaire, a transformé la Croix en un signe de victoire. Comme saint Paul, par amour pour Lui, faisons-nous tout à tous, et la fin sera bonne! Amen !