ECCLÉSIASTE, I
Mes frères,
// }i'y a rien de nouveau sous le soleil, est devenu un proverbe, populaire parmi les plus populaires. Une si grande popularité ne va jamais sans quelque mérite original.
Mais, il y a trop d'intérêts profonds en jeu dans ce propos traduit dans toutes les langues, installé dans tous les carrefours, qui fait partie de toutes les sagesses, même de la plus mauvaise, pour que nous ne le prenions pas en main afin de l'examiner de près. -Comme on
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essaie une monnaie, en la lançant sur la table, faisons-le sonner devant nous. Vo\ons s'il n'est pas fêlé; s'il est authentique dans toutes les acceptations.
• « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil! » Déclarons premièrement que cette parole se soutient et même qu'elle soutient. Elle affirme l'Ordre, le Cosmos, la Loi. l'allure majestueuse et sereine des œuvres de Dieu. Elle proclame la stabilité. Elle encadre l'homme avec sa destinée dans ce quelque chose de i^rand et d'immuable qu'est la volonté éternelle et. par conséquent, à l'arrière-plan de la vie fragile, à travers ce qui passe, elle nous fait voir ce qui demeure.
Cette parole soutient encore, parce que c'est une parole de sage et calme expérience. Ce qui étonne l'homme dans le monde, c'est une certaine nouveauté étrange et imprévue; c'est la face des événements que nous n'avons pas encore contemplés et qui viennent sur nous comme une attaque brusquée; c'est, on peut le
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dire, le « blulî » des choses conjurées contre la volonté humaine, contre notre imagination, contre notre faible résistance et qui veulent avoir raison de nous par des démonstrations terroristes.
A cette nouveauté déconcertante, notre parole oppose une vieille, une vénérable et sage expérience. Elle sourit, comme sourient ces bons anciens qui ont une figure tannée par les intempéries et ressemblent aux vieux matelots. Elle sourit à la jeunesse inhabituée aux duretés de la vie. tremblante devant ses menaces, comme hésitante devant ses promesses. Elle nous dit : « Mon ami, mon nls, ma fille, vous êtes jeune : tout cela vous paraît bien étonnant, mais cela me connaît. Ne tremblez pas. » A travers cette figure des bons anciens qui enseignent aux jeunes à vivre, à résister, à ne pas se laisser décourager, troubler, égarer, à travers leur bonne figure. Dieu lui-même qui se révèle dans la paternité humaine, nous dit : « .Mon
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enfant, tiens bon, ne crains rien, je suis là. Tout cela est bien jeune, et bien neuf, et bien improvisé en face de ce que je peux t'ofîrir. Je te donnerai de quoi tenir dans le combat. »
Je ne vous dirai cependant rien de nouveau, chers amis, en déclarant que ce n'est pas cette face magnifique et sereine de la parole : « Il n y a rien de nouveau sous le soleil » qui a le plus instruit les hommes. Elle a un autre sens pour lequel elle demande à être étroitement surveillée.
Ce sens nous est familier. Nous en possédons la clé tous indistinctement, dans nos propres dispositions. Pénétrons dans notre àme. Interrogeons nos souvenirs! N'est-il pas vrai qu'à certains jours la monotonie des choses nous frappe, nous annihile? Oui. comme le vieil Ecclésiaste qui dit : « Le soleil se lève et va
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se coucher; le vent reprend les mêmes chemins, » nous constatons l'invariable circuit des choses. Nous le retrouvons dans notre vie : tout se ressemble, c'est toujours le même train qui recommence; l'univers est le plus ancien des manèges.
x\on seulement dans les moments peu reluisants auxquels je pense, tout vous paraît monotone, mais encore tout vous paraît vieux, décrépit, défraîchi, fripé. On regarde autour de soi, et l'on croit être entré chez un bric-à-brac: ou encore il vous semble qu'on est monté dans un grenier d'un ancêtre et qu'en ouvrant des armoires, on v a découvert des armes anciennes, des costumes démodés, des portraits aux visages surannés. Tout cela vous regarde avec d'étranges grimaces.
Tout le monde connaît ces dispositions-là! Heureux êtes-vôus, si elles ne sont que momentanées, si vous y voyez une faiblesse, contre laquelle il faut réagir!
Mais il V a des hommes chez qui celte disposition à trouver tout monotone, ancien, déjà vu, connu, est le fond même du tempérament. Non seulement, ils ne s'en plaignent pas, comme d'une misère, mais ils la regardent comme une gloire. Ils l'étaient partout; ils la mettent en formules scientifiques; ils en tirent une philosophie. A rencontre de certain personnage de. la mythologie qui transformait en or tout ce qu'il touchait, ceux-là métamorphosent tout en vulgaire. Ils ont le génie de la banalité. Ils touchent à l'arc-en-ciel : l'arc-en-cisl est gris. Vous leur donneriez l'étoile du matin, ils en feraient un chromo. De toutes choses, ils extraient le terre-à-terre, le commun, ce qui ne mord pas, ne brille pas, ne mérite pas d'intérêt. Leur triomphe est de prendre un chef-d'œuvre et d'établir que l'auteur n'a rien inventé. Un de ces esprits, jadis, en une compilation lamentable, démontra que l'oraison dominicale n'était qu'un chapelet de réminiscences. Aies en croire.
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personne jamais n'aurait découvert la moindre des choses. Le seul fait certain c'est qu'il ne s'est jamais rien passé de nouveau. Le cortège splendide. des évolutions créatrices éblouit les yeux des ignorants; mais pour les regards avertis, ce n'est qu'un défilé de plagiats.
Lorsque cette incapacité de découvrir le côté inédit des choses, s'infiltre dans une société, elle n'est plus qu'un herbier où sèchent des plantes étiquetées, fraîches autrefois; un conservatoire de vieux clichés. L'art devient le décalque, la littérature se fait copiste; la symphonie échoue sur lorgue de Barbarie.
C'est la routine dans l'administration; le rondde-cuir devient un trône du haut duquel toutes choses sont régentées. La science appartient aux marchands de formules. Ils arrêtent l'espérance dans les têtes qui travaillent, et découragent le chercheur. Dans le domaine de la religion, la prière spontanée qui monte à Dieu comme le chant de l'alouetle, finit par devenir le
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moulin à prières que nous connaissons. Dans le demi-jour des sacristies, des chapelles et des sanctuaires dont le Dieu vivant a depuis longtemps déménagé, des psalmodies s'éteignent autour de momies!
.Mais il y a pis que cela. Rien de nouveau sous le soleil! Sous l'empire de cet esprit-là, on finit par se persuader que le danger, c'est la nouveauté, et que le salut du monde consiste à empêcher que des choses se fassent qui ne s'étaient jamais faites; on pratique une sorte de pasteurisation à rebours et malsaine, qui détruit tous les germes vivaces, gracieux et qui auraient de l'avenir; on stérilise les bons levains.
Ainsi dans le domaine moral s'engendrent à la longue une désillusion communicative, un scepticisme rongeur et enfin une sorte de fureur d'abattre, d"arracher, de détruire tout ce qui espère, tout ce qui pousse, tout ce qui aspire. En vérité, une semblable tendance, digne de toutes les flétrissures, rappelle ces vieillards maudits,
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caustiques, ironiques, n'ayant plus d'autre plaisir que de décourager la jeunesse; étrangleurs d'espérance, coupeurs d'ailes, ricanant sur ce qui fait battre les cœurs. Une des pires formes du génie du mal dans le monde, la voilà! Les plus scandaleuses corruptions de la jeunesse, ses égarements, ses souillures, sont moins redoutables que cette haleine mortifère, ce souffle empoisonné qui prépare aux sépulcres.
Aussi lorsque se déploie comme un étendard cette parole : // ny a rien de nouveau sous le soleil, et qu'elle devient le drapeau de tous les blasés, de tous les revenus de tout, de tous les tueurs de germes, il faut clamer à travers l'humanité : « A moi, Auvergne, voilà l'ennemi! »
Rien de nouveau sous le soleil? Il est temps dédire à quel point cela est faux! Jamais propos plus sûr de lui-même, ne fut plus contes-
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table! Même le vieux mal est nouveau, et même la vieille honte est nouvelle! \'ieux, le malheur? Vieille, la mort ? Ce serait vrai si tout cela n'était pas encore plus nouveau qu'ancien ! Les choses tristes, les choses laides, ne sofit-elles pas d'une tristesse toujours nouvelle, comme d'une laideur immortelle? On a beau mourir, souffrir depuis le commencement, ceux auxquels cela arrive précisément apprennent des nouveautés. On a beau, depuis longtemps et de père en fils, voir à l'œuvre dans leurs répertoires l'hypocrisie, la brutalité, le mensonge, ces monstres ont toujours des griffes toutes neuves pour blesser et pour déchirer nos cœurs.
Mais, heureusement, ce ne sont pas les ombres des créations et de la vie humaine seules qui présentent une nouveauté terrible et reconnue : les belles choses aussi, les grandes choses sont toujours nouvelles en leur puissance consolatrice. Cette création que l'Eternel, d'un geste magnifique, a fait sortir du néant, a beau être
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ancienne, d'une antiquité inouïe, d'une antiquité qui dépasse toutes nos imaginations, elle est toujours étincelante de charme et de nouveauté.
Tout le monde se souvient du grand Littré. Quelques hommes se confondent à tel point avec leur œuvre, que la figure parcheminée de ce savant était devenue pour beaucoup de personnes l'image même de ce qui est ancien. A force d'ouvrir son dictionnaire, on en était arrivé à le prendre lui-même pour une sorte de vieux etvénérable volume. Or le vieux Littré, un jour. a écrit cette chose délicieuse, bonne, sublime en sa simplicité : « J'ai beau avoir vécu dans les siècles anciens et pendant les longues années de ma propre vie. regardé bien des choses et bien des hommes, jamais, au printemps, je ne peux revoir sans surprise, sans tendresse, sans émotion, sur le gris ensoleillé des vignobles, blanchir les amandiers et rosir les pêchers».
La voilà, la nouveauté! La nouveauté est en
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nous, elle est dans le cœur qui se renouvelle. Heureux les cœurs neufs!
Ce vieil Ecclésiaste n'était donc pas grandpère! Il n'avait donc jamais regarde- dans les yeux d'un enfant! C'est là, plus encore que dans les nuages blancs et roses qui flottent sur les arbres au printemps, plus que dans les soleils levants, qu'éclate et se manifeste la nouveauté permanente, persistante et qui renaît toujours! L'enfant est tout neuf, dans un monde nouveau pour lui, et toutes les âmes restées neuves, qui se sont retrempées dans quelque chose de réconfortant, de ravitaillant, toutes ces âmes sont capables de sentir devant les plus vieilles choses des impressions de nouveauté.
La nouveauté, elle jaillit de la source inépuisable de richesse que sont les objets eux-mêmes, les créations divines, à travers la matière et l'esprit; elle jaillit de ce double infini dont personne jamais n"a fait le tour, et qui ressemble aux océans illimités, aux cieux sans frontière.
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La nouveauté, elle est faite de la grandeur gigantesque des mondes et de 1 ame, devant Texiguité de la taille humaine et de nos moyens de connaître, d'éprouver, d'exprimer.
L'homme a beau avoir chanté dans le passé, parlé dans le passé, fait des tableaux dans le passé, accompli des actes nobles ou méchants, dans le passé, on peut, sans crainte, affirmer : « Ce qui a été écrit, ce qui a été fait, ce qui a été produit par son activité totale n'est qu'une parcelle, comparativement à la masse immense de la provision qui reste pour l'avenir et des énergies encore latentes que personne n'a jamais, ne pourrajamais épuiser. Sides horreurs, inconnues peut-être, nous sont réservées, des révélations d'une divine splendeur nous attendent. Et celuilà serait bien inspiré qui viendrait déclarer : « Les plus beaux tableaux sont encore à peindre, les plus beaux chants sont encore à chanter, les œuvres les plus belles sont encore à créer, les plus étonnantes découvertes restent à faire. »
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Heureux les cœurs neufs! Heureux ceux qui se sentent petits devant la grandeur de la vérité, devant le rayonnement de la beauté, devant la sainteté de la douleur, devant ce qu'il y a d'éternellement surprenant, d'éternellement nouveau dans l'amour! Heureux ceux-là ! »
iMais le plus neuf dans le nouveau, c'est la Foi.
La Foi, chez les plus anciens croyants du Vieux Testament déjà, se montre comme une source de Jouvence! On y chantait : « O Dieu ! Ta beauté est tous les matins nouvelle.» Ils connaissaient la tristesse, ils connaissaient aussi la monotonie; toutes ces choses sont humaines. Mais, un fait pour eux dépassait tout : la Bonté de Dieu, grande, nouvelle, capable de manifestations qu'on n'avait encore jamais vues. Elle se lève sur notre àme pareille à ce soleil si
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ancien, mais toujours si nouveau. Lorsqu'il se lève à l'horizon et que, véritablement aussi, il se lève dans notre àme, on se dirait à l'aurore de son premier jour.
Les Anciens avaient ce sentiment, fortifié par des expériences innombrables que, dans l'amour de Dieu et dans §a grâce pour l'homme, il y avait une puissance rénovatrice : la jeunesse de l'homme se renouvelait comme celle de l'aigle. Le cœur se purifiait, l'esprit était rendu sur et prompt, les forces augmentées et sans cesse ravitaillées, comme s'entretient et se rajeunit la vigueur des arbres plantés au bord des eaux vives.
Toutefois, pour mesurer toute la distance qu'il y a entre une conception de l'univers, rabougrie, sénile. sceptique, méprisante, désillusionnée, dyspeptique, pour mesurer toute la différence qu'il y a entre le petit côté de cette parole : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, » et la vi^ vraie, on n'a qu'à regarder vivre le Seigneur Jésus-Christ.
Il yavaitlongtempsquc les lysdeschamps fleurissaient sur les collines de Palestine: il y avait longtemps que les petits oiseaux déployaient leurs ailes sous les yeux de ses compatriotes; Abraham, Isaac, Jacob, le vieux Mathusalem, Noë les avaient connus et les avaient vus. mais le Seigneur les salue comme si, de sa main créatrice. Dieu venait d'en faire hommage à l'hinnanité. Notre Seigneur est un homme nouveau, marchant à travers des choses nouvelles.
Celui qui suit ce chef-là. qui lui donne la main, qui le met dans son cœur, reçoit le secret qui fait trouver des choses nouvelles. Lorsqu'il marchera à travers la forêt, que sous son pas sonneront les sentiers, qu'autour de lui il verra reverdir cette frondaison splendide, prototype de toutes les cathédrales, modèle de tous les vitraux, il comprendra que Dieu n"a pas, un certain jour très lointain, dans un passé couvert de ténèbres, créé, une fois pour toutes, mais que Dieu travaille tous les jours,
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à chaque instant, qu'il invente, enfante des merveilles, des tableaux, de la beauté. Il expérimentera qu'on a beau avoir salué maintes fois les vieux troncs rugueux des sapins aux branches barbues, admiré la beauté métallique du tronc lisse des hêtres; qu'on a beau avoir entendu la plainte étouffée du vent, dans les pins des Landes, et son chant sonore dans le feuillage du chêne, c'est toujours nouveau. C'est toujours une nouvelle beauté, toujours un chant nouveau, c'est, dans l'àme de celui qui les regarde ou les écoute, la reproduction de cette scène magnifique décrite au livre de Job, où l'on voit la création émerger comme un beau nourrisson des vapeurs du matin, et les étoiles magnifier le Seigneur.
Non! 11 n'y a pas de décrépitude, il n'y a pas de vieillesse dans le mauvais sens du mot pour ceux qui connaissent, même seulement pour avoir été effleurés par le bord de son manteau, l'esprit de Notre Seigneur.
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Pour Lui. cerlainomenl, le péché lui-même a retrouvé quelque chose de sa nouveaulé: sa face est devenue si haïssable, si hideuse, sous la clarté de cet esprit et sous la pureté de ce regard, que jamais, sur la terre, on n'avait vu le monstre en une forme plus repoussante. Mais aussi, comme la douleur touchée par Lui, est devenue nouvelle, belle, émotionnante! Le pardon, la bonté, la fraternité, sur les débris des vieilles fatalités ont célébré des triomphes inconnus. L'héroïsme et l'esprit de sacritîce sont montés à l'horizon des hommes, auréolés de rayons d'une splendeur divine et pareils à des étoiles qu'on avait jamais vues.
Tous ceux sur qui soulfie cet esprit, ont senti par son etTet, un monde s'éveiller et s'enfanter dans leur sein.
Vous qui pleurez, amis, mères, pères, qui, lorsque vous pensez à vos enfants tombés sur les champs de bataille, sentez passer le vieu.K iilaive de la douleur à travers votre cœur.
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j'invoque votre témoignage pour faire toucher comme du doigt ce qu'un amour sacré, une sainte passion, une mort embellie de vaillanc^e et de sacrifice peuvent jeter de lustre nouveau sur d'anciennes vertus. On avait lu, dans les vieux livres, ce que c'est que l'héroïsme, ce que c'est que la beauté des jeunes se donnant pour la patrie. Mais maintenant, que nous en avons été les témoins directs et déchirés, n'est-il pas vrai que tout l'éclat de la vie, tout ce qui prétend briller s'est éclipsé devant la beauté intérieure de ce geste qui consiste à être jeune et à mettre tout son cœur, toute son àme dans une minute qui devient éternelle? Ici le plus vénérable passé rencontre la plus forte nouveauté. Dans le sacrifice pour le patrimoine commun, les deux se rencontrent et s'harmonisent : La vraie vie est dans cet accord. Un tableau familial en est le symbole : le voici : L'aïeul couronné de cheveux blancs tient sur ses genoux et regarde, attendri, la tête bouclée
de son petit-fils. Ils peuvent dire l'un de l'autre : « Ton matin sourit à mon soir.
« Et mon soir dore ton matin....
Voilà la vérité : l'alliance entre les bonnes vieilles choses et les bonnes choses nouvelles. Cette alliance, c'est celle qui nous est révélée par le serviteur de Dieu que l'Ancien Testament annonce en disant : « Quand il viendra, il convertira le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères. »
Il n'y a plus d'opposition entre ce qui est nouveau et ce qui est ancien et vénérable. 11 n'y a plus de conflit entre la tradition et l'avenir, entre le souvenir et l'espérance. Ce qui est bon, ce qui est droit, ce qui est juste refleurit dans le passé et encourage l'avenir.
Frères, mettons nos cœurs sur ces hauteurs dont le souffle régénère. Lorsque dans la grande monotonie des choses^ vous sentirez le tentateur entrer dans votre âme et vous mettre dans je ne sais quel état où Ion ne discerne
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plus rien de clair, où tout se teint de crépuscule et d'incertitude. Lorsque la voix décevante vous dira tout, bas : « A quoi bon? C'est toujours la même chose! En conviendras-tu bientôt? Ce qui est courbé ne sera jamais redressé; les vieilles tares sont incurables; l'humanité est une Cour des Miracles où il ne se fait pas de miracles. » Lorsque ces heures viendront sur vous, criez à Dieu, tendez les mains vers le Crucitié. Il manquait une chose à l'Ecclésiaste, c'était d'être grand-père ou d'être crucifié. La croix est d'une réalité sculpturale. Désillusion, lassitude, morne stérilité sont consumées dans sa fournaise.
Ceux qui se donnent pour le salut du monde ont en eux la source immortelle de l'espérance, et touchent aux choses qui ne finiront jamais.
Ramassez-vous, renoncez à vous-même, aux rêves de vanité, aux souvenirs amers, aux craintes d'esclaves, aux grandeurs vides, aux mesquines jalousies; renoncez au mauvais
vieux bazar que beaucoup collectionnent et accumulent chez eux et qui se compose d'inutilités, suspendues comme des pierres à* notre cou. Renoncez à tout cela. Renoncez également aux plaintes vaincs, aux stériles regrets, aux soucis navrants où le cœur se morfond, à ces deuils où l'on s'abandonne, au point de ne plus garder ses chers morts vivants, et livrer au néant leur personne, leur œuvre, le but de leurs efforts.
Suivez le Prince de la nouveauté, celui qui a dit : « Je fais toutes choses nouvelles. » Il ouvrira devant vos yeux une porte qui ne se refermera plus jamais, et vous aidera, à travers les souffrances du temps présent, à élever vos regards vers la gloire qui doit être manifestée en nous. Sur les tombes de nos aimés refleurira une ère nouvelle, sur nos ruines se poseront des mains réparatrices.
Un frisson matinal courra par nos sillons, la cendre des héros fera lever de jeunes mois-
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sons. Dans la mort même vous verrez la vie; dans la douleur vous sourira la rédemption, et la parole s'accomplira : « Toutes les larmes seront par Lui essuyées. Il fera un nouveau ciel et une terre nouvelle. » Amen.