‹ Glanes et javellesChapitre 70 sur 78 · ODELETTE · texte numérisé non relu

ODELETTE

Les chansons Sont les échansons Du banquet morne de la vie; De leur vin célestement soûls Ses noirs convives roulent sous La table la plus mal servie.

Les chansons Sont les échansons Du banquet morne de la vie.

Balançons Comme aux enfançons Notre âme à son corps asservie .

Dans ces berceuses de deux sous Qui nous allument les quinze-aoûts Auxquels le rêve nous convie.

Balançons Comme aux enfançons Notre âme à son corps asservie.

Vrais Samsons, La poupée en sons Nous tond le poil à son envie; Chantons, avant d'être dissous Dans la terre aux obscurs dessous De Messaline inassouvie; VraisSamsons, La poupée en sons Nous tond le poil à «on envie.

Donc en sons Payons nos rançons A chaque illusion ravie.

Quand on est sens dessus dessous

Les docteurs ont toujours absous Le petit verre d'eau-de-vie.

Donc en sons Payons nos rançons A chaque illusion ravie.

C'est la chanson en ut mineur

Du mineur, Que le Capital extermine

Dans la mine.

Les mineurs sont les^plébéiens Des républiques de sous-terre; Frères des cyclopes païens,* Ils travaillent dans le cratère ; 1

L'œil, comme eux, au mitan du front, Plus nus que vers, plus noirs que Cafres, Ceux qui les plaignent de leurs affres Leur font affront.

Us savent que c'est pour mûrir, Turcaret, ton ventre en citrouille Qu'ils sont nés et doivent mourir Aux catacombes de la houille; Dans la géhenne où tu les tiens; Pour une infime redevance, Ils font leur enfer à l'avance En bons chrétiens.

Non, ce n'est pas la vérité Que le jour luit pour tout le monde : Ce qui manque au déshérité C'est ce dont l'autre surabonde.

Ah! combien dans leur hart-labour En donnent -il s, de coups de pioche Pour nourrir la femme et le mioche?

Mille par jour.

L'aurore leur tinte au réveil La rentrée au pays de l'ombre; La lune leur vend en sommeil Le reste de clarté qui sombre; C'est pour eux que du pain d'un sou Le blé pousse par la racine, A déduire ce qu'en calcine Le feu grisou.

Lorsque pour oublier son sort Et les six jours de courbature, Le septième, du puits l'on sort Chanter la messe à la nature, On est si livide au grand air Que, dans sa loge, la portière Au rescapé du cimetière Dit le Pater.

Si l'électeur dans le charbon Est parfois d'humeur massacrante, C'est qu'à vingt ans déjà barbon, Il a peur d'être chauve à trente;

Malgré les effets réputés Qu'en promet son Mangin nomade, Il n'a pas foi dans la pommade De députés.

Il est prédit par les journaux Le temps de jeûne et de vigile Où l'on verra dans les fourneaux Venir l'Homme de T Évangile; Il sauvera du feu grégeois Les pauvres damnés de la houille.

Et qu'est-ce qui sera bredouille, C'est le bourgeois.

C'est la chanson en ut mineur

Du mineur, Que le^Capital dans la mine

Extermine,

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