‹ Glossaire de la vallée d'Yeres, pour servir a l'intelligence du dialecte hautnormand et a l'histoire de la vieille langue françaiseChapitre 143 sur 257 · INT · texte numérisé non relu

INT

INFER, n. m. — EnfiM'.

Qiuir toi cil qui loi-cs moroient Sempres à infier s'en aloieut.

PHIL.M0U.SKES, V. lOGOO.

Il Nom de localité ; hameau do qllel(Jlle:^ maisons, ainsi nommé parce qu'il est enfoncé dans la forêt d"Eu : Endroit triste, locus tenebricosiis ; c'est un infi'r que d'y habiter.

En infer, sans chalenge, droit, Là irez, biaus fins, orendroit.

Floire et Blanc, v. 817.

INFINI, n. m. — S'emploie dans "ces sortes de phrases : « Quel lambin ! avec lui cest l'infini ! » pour dire : C'est un homme qui ne finit de rien, qui remet toujours au lendemain ce qu'il devrait faire aujourd'hui.

IN-MAGINABLE, adj. — Inimaginable.

IN-MANQUABLE, adj. — Immanquable.

IN-MOBILE, adj. — Immobile.

INSTANT (De 1'), loc. adv. — Tout-à-l'heure, sur le champ, maintenant : « Je n'ai pas de travail de l'instant, mais j'espère que j'en aurai bientôt.!)

INSURGÉ, part, passé. — Mauvais sujet, épithètc injurieuse qui prouve que nos ruraux n'aiment pas les émeutiers. Mais déjà ce mot le cède à communard, synonyme de vaurien, chenapan.

INTERBOLER, v. act. — Déconcerter : « Le juge de paix m'a interbolé avec ses questions. — Je demeurai interbolé à cette nouvelle. 1)

INTÉRÊT, n. m. — Amour du gain, avarice sordide.

INTÉRESSÉ, adj.— Chiche, avare : « Il est si intéressé ({a'W aimerait mieux mourir que de donner un sou aux [uiuvrcs.»

INTIBOT, n. m. — Se dit de quelqu'un qui reste toujours à la même place, qui a l'air niais, stupide : a Quel intibot ([ue ce domestique! Je nel' garderai pas longtemps. » En Basse-Normandie, étibot signifie arbre rabougri. (Y. F. Pluquet.)

194 ISO

INTOMBIR, V. act. — Engourdir. Dans nos vieux auteurs, ce mot se trouve avec le sens d'étonner, accabler, endormir. (V. Roquefort.) C'est une autre forme de esturmir, estourmir, estommir, mettre en mouvement, ébranler, assaillir, combattre :

Cum si li munz fust ezturmiz.

« Il n'y a meilleur remède à gens estommis et recreus que de n'espérer salut aucun . » (Rab., Garg., 1,43.)

Etym. bas-latin stormus, combat; anglo-saxon, storni.

Intombir est surtout employé au part, passé : « J'ai les mains intombies de froid. »

Il Un into7nbl, un lourdaud, un imbécile.

INUSABLE, adj. — Qai ne s'use point : « Achetez ce drap ; c'est inusable. »

IRRASASIABLE, adj. — Insatiable. Littré donne ce mot qui a été employé par Scarron.

ISQUE, n. f. — Vieux cheval, vieille rosse ; peut-être du bas-grec txxoî, cheval.

JE l'Jo

JACQUES, n. propre. — Sobriquet injurieux : «Un biau Jacques," un faiseur d'embarras, un imbécil(% un propre à rien. •

JALOUSETÉ, n. f. — Jalousie. On dit aussi, mais plus rarement, jalouserlc.

JAPPARD, Jappeux, adj. — Bavard insupportable : « Mais [)our

laisser telles disputes à ces criards et jappeurs aristotéliques »

(Tabureau, Dial. 08.)

JAPPE, n. m. — Caquet, liavardagc : « Langlois ne manque pas

do jappe. »

JAPPETTE, n. fém. — Commère, femme i^ui a la langue bien pendue.

JASPINER, V. n. — Jaser.

JE, pron. pers. — On prononce généralement ej, devant une con sonne : « Ej viendrai bientùt vous voir. » Ce pronom de la [tromiOre personne remplace nous comme sujet devant le [duriel da verbe. On dit : « J'avons,j' irons, n Si le sujet est après le verbe, on dit correctement : c Avons-nous, irons-7ious.y>

A la cour de François I'-''", on i)arlait comme nos |)aysans : « Ce sont les mieux parlants, disait H. Esticnne, qui prononcent ainsi : J'aUons, je venons, je soiipons. »

« Que faites- vous pour avoir de si beaux enfants? demandait un jour Henri IV à un paysan matois. — Sire, je les faisons nousmêmes. » (Bull, du Bibliopbiie, juin. 187o.)

De même dans une chanson populaire contre les gens de la ville : Si v's avez une belle famille, Ne faites pas tant les pédants :

Nous, j'e ne sommes pas de la ville, Mai3,^V somrn's père de nos enfants.

196 JEL

JEAN, n. propre. — Homme faible, sans énergie : «Qui m'adonne un Jean comme celui-là? — C'est un vrai Jean, un imbécile, un cocu. »

« De là est venu qu'on appelle un homme cocu, un Jan, etc. » (G. Bouchet, 8^ sérée.)

« Ce Jean futur respondit à ses parents, que si on ne se marioit, il n'y auroit point de Jans , et que le monde périrait. » (G. Bouchet, 8e sérée.)

Il Jean-bête, jean-fesse, jcan-fontre, sont autant de sobriquets méprisants.

Il Jean-qui-revient, se dit de quelqu'un qui revient sur une décision : « Tiens, voilà Jean-qui-revient ! »

JEANNOT,. n. m. — Un niais, un imbécile. Comp. avec Jenin qui anciennement désignait un sot, un homme simple et crédule, un cocu. Dans Coquillart, Jenin Dada. (Voir le Monol. des Perruques.)

JEANQUIN, n. m. — Nous empruntons à l'abbé Decorde la définition et l'histoire de ce mot : « Vers 182o, le nommé Jean-Quin, de Neslette, garde de M. de Richemont, passant par Bouttencourt, près de Blangy, entra au café du père Desmoulins, surnommé la Queue- Blanche ; il se fit servir pour un sou de café, un sou d'eau-de-vie, et un peu de sucre ; il mêla le tout ensemble, et, comme on lui demandait le nom de ce mélange, il répondit : « Appelez-le comme moi, Jean-Quin. » A partir de là, \e jeanqitin deymt en renom.

Les denrées ayant augmenté beaucoup depuis cette époque, le jeanquin est passé de mode, et puis on est beaucoup moins sobre que le bonhomme Jean-Quin. Il faut aujourd'hui la tasse de café bien pleine, avec le bain-de-pied, sans compter le carafon d'eau-de-vie, ce que l'on ne peut pas donner pour deux sous.

JEL. — Agrégation des mots je le, je la : « Je n'ai pas besoin de vous pour faire ce travail, jd ferai bien tout seul. — Je dirai tout à vot' femme, s'ijel vois.»

Gel voi tut seus sans compaignie.

Marie, fab. 73.

Que menguent donc vostre moine ?

Jel vous dirai sanz nule essoine.

Renart dans Bartsch, Chrest., p. 227.

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