LOUIS DE FRANCE
DUC D’ANJOU
Louis de France, premier du nom de la deuxième branche d’Anjou, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem , duc de la Pouille, de Calabre, d’ADjou et de Touraine, pair de France, prince de Capoue, comte du Maine, de Provence, de Folcalquicr et de Piémont, seigneur de Montpellier, gouverneur de Languedoc et de Guienne , second fils de Jean le Bon , roi de France, et de Bonne de Luxembourg, fille de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, naquit au château du bois de Vincennes (1), le 23 juillet 1339.
Dans la fatale journée du 19 septembre 1336 il combattit près de son père, et s’il ne fit pas les actes d’héroïsme qui valurent à Philippe de France, à peine âgé de quinze ans, le surnom de Hardi, il s’acquitta du moins de son devoir en chevalier français. Dès l’année 1339, c’est-à-dire à l’âge de vingt ans, il exerce dans les comtés d’Anjou, du Maine et de Touraine les fonctions de lieutenant du roi (2).
En octobre 1360 Jean le Bon revenait d’Angleterre. Le traité de Brétigny mettait fin à sa captivité, mais il devait, pour en assurer l'exécution, envoyer un de ses fils en otage à Londres. 11 désigna Louis, et en compensation de cette pénible mission, il le créa duc d’Anjou par lettres données à Boulogne. En fils soumis, Louis d’Anjou se rendit au poste douloureux de l’exil, mais il n’en put supporter l’humiliation, l’ennui et le dégoût; il s’enfuit de Londres à sa honte et à la grande douleur de son père, qui com-
(1) Histoire généalogique de la maison royale de France par le père Anselme, tome I,r, page 227.
(2) Le 14 janvier 1359, il signe un acte dans lequel il se qualifie de lieutenant du roi ès comtés d'Anjou, du Maine, de Touraine et parties voisines.
prenait la foi jurée en roi et en gentilhomme (1). Jean le Bon, esclave de sa parole, retourna résolument dans sa prison, et il y mourut le 8 avril 1304. Charles V lui succéda. Le sage" monarque appréciait dans son frcre l’homme de résolution et d’autorité; il lui couûa, entre les années 1364 et 1380, les commandements les plus considérables, tant en Bretagne qu’eu Languedoc, Guienne et Dauphiné. Louis d’Aujou apporta dans l’exercice de ses fonctions les qualités et aussi les défauts de son caractère; mais les qualités dominèrent de beaucoup, puisque Charles V,àsa mort, l'institua régent du royaume et chef du conseil pendant la minorité de son fils.
Maître des trésors amassés par le roi, l’histoire l'accuse de lesavoirdétournésàson prolitpourconquérirle royaume de Naples, que la reine Jeanne lui avait donné. Les accusations de ce genre fourmillent dans l’histoire; elles demandent toutes un examen sérieux, et il serait facile de démontrer, sinon l'entière fausseté de celle-ci, au moins sa grossière exagération (2). Je n’ai point à m’en occuper; qu’il suffise de rappeler que Louis d'Anjou débarque en Italie à la conquête de son royaume, et qu’après des fortunes diverses il va mourir d’une fièvre au château de Bisclia, près, de Bary, dans la Pouille, le 20 septembre 1384.
(d) On lit dans une chronique : <r L’an de grâce après ensuivant, 1302, Loys, duc de Ango, fils du roy Jehan, se partit d’Angleterre et s’en revint en France, mais il ne se mettoit point en la présence du roy son père, qui estoit moult courouciez de son département, mais se tenoit le plus au chastel de Guise que il avoit de par sa femme, dont il advint que le duc Charle de Normendie, ses frères, vint à Saint- Quentin en Vcrmandois pour ceste cause et lui manda que il venist parler à lui seuremenL * ( Citron . Bibl. nat. ancien fonds 10,297.)
(2) L'inventaire que je public est antérieur au moins de quinze années à la mort de Charles V, et l’inventaire des pierreries de sa couronne royale est de 1374. Voici le litre de ce dernier document : « C’est l’ordenance et la devise de notre très noble et très riche courouuc. Et le poic de toutes les pierres d’icelle qui est Irès line et très cière : Rubiz, balaiz, saphire, perles et dyammans, qui a été faite par M'J. Hamer, nostre secrétaire, Henry Hambcrt, nostre orfèvre, et Regnart Sang.en, nostre vallet de chambre, à Angers, par nostre commandement au mois d’octobre l’an MCCCLXXI1II (Bibliothèque nationale, suppl, français. n“ 98, 19). » Cet inventaire, bien que tou! spécial, compte environ 800 articles, y compris le détail d’un fermait et de ce qui reste hors œuvre en pertes et en pierreries.
Telle est, en résumé, l'existence agitée du prince dont je public le riche inventaire. Je 11e veux parler ni de ses goftts, ni de son luxe: il était frère de Charles V, du duc Jean de Berrv et de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne. Il avait été élevé dans la magnifique cour de France, c’est dire assez qu’il mettait la protection des arts et le faste le plus élégant au nombre des devoirs d’un prince du sang. Mais à quelle époque, à quelle date précise avait-il, dans son trésor, une collection d’une si grande valeur? A quelle occasion crut-il nécessaire, ou se trouva-t-il le loisir d’en rédiger la description? Car je ne dis pas de la faire rédiger, pareeque le caractère personnel de celte rédaction ne peut échapper à personne.
Ce document ne saurait être antérieur à l’année 1342, puisqu'il y est question du pape Clément VI, dont l'élévation est de cette année; il est postérieur au î) juillet de l’année 1360, puisque plusieurs joyaux portent les armes de la duchesse: or, on sait que Marie, fille de Charles de Blois, épousa le duc d’Anjou à cette date, cl il ne peut être placé pl::s loin qu’à l'année 1368, puisque les trois derniers articles, insérés après coup, sont du mois de mars de /cette année (1). C’est donc entre 1360 et 1368 que dut être rédigé cet inventaire, etdansces limites deux dates se trouvent d’accord avec quelques indications fournies par l'inventaire lui-même : c’est 1360 et 1366.
En 1360, après son mariage et avant son exil en Angleterre, le duc d’Anjou a pu songer à mettre ses affaires en ordre et à assurer l’intégrité deson trésor en le plaçant dans les mains d’un dépositaire. Mais en premier lieu, il est difficile de s’expliquerqu'ilfûldès lors assez riche pour posséder cette ntassedebijotix de prix et de vaisselle d'or d'un si grand poids; en second lieu, on rencontre dans cet inventaire la description d’un grand service de vaisselle d’or et d’argent acheté à Avignon (2), cl on ne voit pas dans quelle circons-
(1) Pour d’autres indications qui fournissent des éléments à la discussion, voyez les n°> 157, 171, 176, 187, 203, 213, 442, 497, 649, 657, 742, 744-
(2) O11 lit dans l’inventaire, entre les articles 203 et 204 : C’est l’inventoire de vesselle d’or et d’argent, esmaillée, dorée et blanche, tant de celle que nous avons apportée de France, comme de celle qui nous a esté donnée et que nous avons achetée à Avignon et en la Languedoc.
tance ce prince eût été en mesure, avant 1360, de faire un voyage dans le Midi et d’y acheter une argenterie aussi considérable. Si, au contraire, on place la rédaction de son inventaire en 1366, à son retour de l’un de ses grands commandements, qui l’avait couduit à Avignon (1), on s’explique, sans accepter les accusations de ses détracteurs, comment il a réuni à la fois tant de richesses et tant d'objets remarquables par le mérite de l’exécution et le soin apporté aux détails. Je pencherais donc pour cette dernière date : mais dans l’incertitude, et comme un grand nombre de ces joyaux ont été exécutés antérieurement à 1360, j’intitule ce document : l’inventaire de Louis de France, duc d’Anjou, dressé vers 1360.
(1) D’après le thalamus de Montpellier, le duc d'Anjou passait dans cette ville le 12 août 1365 et rentrait en France le 21 de ce mois. Les comptes du domaine des sénéchaussées de la province de Languedoc et d’autres documents indiquent de nouveau sa présence à Villeneuve-d’Avignon les 24, 25, et 28 de décembre de l’an 1365. En effet, il écrit du Languedoc le 18 février 1364 (1365) et s’intitule: « Ludovicus, regis quondam Francorum filius, D. nostri Regis germanus ejusque locum tenens in partibus occitanis, dux andegavensis. »