‹ Glossaire FribourgeoisChapitre 2 sur 160 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En signalant, sous le titre de Glossaire fribourgeoisj les fautes de langage particulières à notre canton, nous n'avons certes pas la ridicule vanité de nous poser en puriste : le puriste est voisin du pédant, et personne ne hait plus que nous la pédanterie, dans quelque carrière qu'elle se présente. Nous n'avons pas même la simple prétention de réformer notre langue maternelle. Notre unique but est de fournir à ceux de nos compatriotes qui voudront bien prendre la peine de nous lire sans préjugé, les moyens de parler, sinon purement, du moins plus correctement

leur langue, aujourd'hui où l'éducation est d'une si grande ressource, surtout pour notrepetit pays.

En entreprenant un travail à la fois si long, si ingrat et même si épineux (car nous savons que tout critique peut s'attendre à être sévèrement critiqué à son tour), nous avons seulemejit voulu imiter et continuer, en quelque sorte, ce qui a déjà été fait pour plusieurs c9.Bitons de la Suisse romande; ce qui a été entrepris avec le plus grand succès , entre autres , par MM. Humbert , Gallet et Guillebert pour les cantons de Genève , de Vàud et de Neuchâtel. Nous comblons par là une lacune de plus en plus sensible, et nous satisfaisons à un vœu qui a été plus d'une fois émis , sans qu'aucune plume plus habile que la nôtre ait encore eu le courage d'y répondre.

Ainsi d'autres avant nous ont reconnu l'urgence d'une pareille publication.

Il n'est pas de classe dans la société fribourgeoise à laquelle ce livre ne soit appelé à rendre d'excellents services ; mais nous le destinons , avant tout , aux instituteurs primaires , comme aux jeunes gens qui veulent se vouer à l'éducation, et , au terme de leurs études , quitter le sol natal pour aller enseigner leur langue à l'étranger. Nous avons suivi nous- même pendant nombre d'années cette pénible carrière , et nous avons appris plus d'une fois ce qu'il eii coûte de n'em-

porter du pays, pour tout bagage gramrnaJticcd (qu'on nous pardonne cette expression) , que les simples notions acquises avec peine dans les écoles , escortées du langage religieusement conservé depuis tant et tant de générations sous l'humble toit paternel.

Eh bien, nous le demandons à tout lecteur

impartial autant qu'instruit, qui parcourra ces

lignes , est-ce là le français qu'attendent de nos

jeunes précepteurs fribourgeois les étrangers qui

ont recours à leurs services , les familles qui

leur confient leurs enfants ? Et quelle idée ces

étrangers devront-ils concevoir des connaissances

et de l'éducation des maîtres que nous leur

envoyons , si ceux-ci , au lieu de leur parler le

français classique , le f rancis des livres, comme

nous l'avons entendu appeler, se mettent à leur

débiter tout ce fatras de tournures ^Demandes,

de mots patois, d'expressions triviales de notre

cru , expressions dont l'étranger n'a déjà été

malheureusement que trop richement doté.

En effet, si nous n'avions pas un but plus sérieux à atteindre que celui d'exciter l'hilarité de quelques-uns de nos lecteurs, nous serions à même de fournir ici maint échantillon des locutions baroques qui y ont été importées 5 de ces locutions que l'on n'entend guère qu'en Suisse, et qui ne peuvent être lues que dans les

difïerents glossaires où elles ont déjà été signalées>(*). C'est assez dire que les Genevois, les Vaudois, les Neuchâtelois, les Jurassiens ont été^ à l'égard de l'étranger , tout aussi prodigues que nous des richesses de leur dialecte.

Pour rendre ce nouveau Glossaire aussi complet que possible, nous avons trouvé à propos de joindre aux barbarismes propres à notre canton, et dans lesquels l'allemand et le patois jouent, on le sait , le plus grand rôle , les vices de langage qui nous sont communs avec le reste de la Suisse et même ceux qui nous sont venus de la France et des autres pays où l'on parle français. Nous nous sommes en même temps appliqué à signaler nos principales fautes de prononciation.

Néanmoins, malgré toute la peine que nous nous sommes donnée pour, livrer un travail consciencieux, nous ne prétendons pas encore publier une œuvre achevée: elle pourra le devenir lorsque nos lecteurs de toutes les parties du canton voudront bien s'y associer, en la consi-

(*) Il va sans dire que sous le nom de barbarisme et de locution vicieuse, n'ons n^entendons parler que des expressions qui ont des équivalents exacts en ft*ançais, et non de celles qui tiennent uniquement à nos mœurs, à nos coutumes, à notre industrie, et qu'aucun dictionnaire ne saurait remplacer. Si, dans le cours de cet ouvrage, il nous arrive de signaler ces dernières , c'est surtout dans le but de les expliquer aux étrangers.

dêrant comme une ceuvre nationcde ; lorsque , après l'avoir lue et jugée avec toute l'indulgence que nous croyons avoir le droit d'attendre d'eux , ils daigneront nous communiquer leurs observations , nous rendre attentif sur les nombreuses imperfections de ce premier essai, et sur les omissions non moins nombreuses , sans doute , qu'ils pourront y remarquer. Nous accueillerons avec autant de reconnaissance que d'empressement toutes les remarques qui nous parviendront, heureux d'en faire usage dans une seconde édition de cet opuscule.

Fribourg, en Août 1864.

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