CHAPITRE II
Conversion de Godeau (1632-36).
Godeau songe à se convertir; Lisis ou Ergaste — ce furent, je crois, ses deux pseudonymes d'amoureux, — se reproche la frivolité de sa jeunesse; il lit la Sainte Ecriture. Il se met à paraphraser, en prose, quatre des quatorze Epîlres de saint Paul, les deux que l'apôtre ' envoya « à L'église de Dieu qui est à Corinthe », celle qu'il adressa « aux églises deGalatie », et celle qu'il destina « aux saints et fidèles d'Ephèse ».
En mars i632, Godeau, qui est avocat au Parlement, permet au libraire Toussaint de Bray, rue Saint-Jacques, aux Epis mûrs, d'imprimer el de vendre ces paraphrases*. Gostar avait écrit, dans le Discours satirique où il ne ménageait pas le poète de la prise de La Rochelle, que Godeau valait mieux c (jue tous ses compagnons. Il se peut même promettre »>, ajoutait-il. « qu'il passerait ceux qui sont partis avant lui, s'il osait régler ses mouvements et les rendre aussi justes qu'ils sont rapides., il est jeune et fort aimable ». De celle para phrase de quatre des Epîtres de saint Paul, il fut donné, dès [634, une édition revue et corrigée : c'est la première preuve de ce que l'opinion de Costar avait «le juste.
i. Et Soethène c son frère » pour la première, ainsi que Timothée « son
» pour la seconde j. Jal, Diclionn de biogr. et dhitt. acte du 'i mal t{3
Les premiers essais de Godeau en ce genre lui valurent des encouragements, notamment ceux de Balzac, pour qui la dévotion semblait devenue, dans la paraphrase de ces quatre épîtres, « chose si agréable que les profanes mêmes y prennent du goût. Vous avez sauvé les âmes par la volupté... vos paroles ne sont pas indignes de votre auteur... ce puissant esprit qui était comme pressé dans les bornes du style concis, semble respirer à l'aise dans cette nouvelle liberté » *. Le 3o octobre i632, Chapelain écrivait à Godeau : « Les Muses savent bien que saint Paul est le premier en date enlre vos créanciers » 2. Le i4 mars i634, Peiresc, écrivant d'Aix à Saint-Sauveur du Puy, lui dit : « J'ai reçu la paraphrase de Godeau dont je vous suis très redevable » 3.
Mais le jeune avocat de 27 ans ne se sentait pas seulement capable d'écrire en prose : les Muses, dont lui parle Chapelain, ne lui étaient pas indifférentes. Toutefois, elles n'avaient guère rien de profane.
En janvier i633, Chapelain écrit à Balzac : « Nous attendons ici M. Godeau dans trois jours ; il est toujours le même pour vous, c'est-à-dire passionné ». C'est probablement à la lecture de cette lettre que Balzac écrivit à Godeau : « J'ai su que vous n'êtes plus druide, et que, dernièrement, vous fîtes votre entrée à Paris » 4. Si les aimables druidesses des environs de Dreux ne le retenaient plus, il était d'ailleurs à la veille d'une publication importante.
Le 17 février, Chapelain écrit à Balzac : « Dans Pâques, vous aurez un petit volume de vers pieux de M. Godeau, qui ne le ruineront pas dans votre estime et ne vous le feront pas croire indigne de l'amitié que vous avez pour lui... 5 Le