CHAPITRE VIII
Godeau à Tarascon (juillet 1642).
Le ier juillet, il est à Tarascon et y compose une lettre « à M. de Saint-Adrian » ', pour lui faire comprendre qu'un chanoine ne doit pas sans raison quitter son emploi et se retirer dans la solitude. L'archiprêtre de Béziers avait informé notre évêque que le chanoine en question y avait renoncé. « Vous aviez connu la vanité des grandeurs de la terre par la mort d'une personne qui était arrivée au comble de celles de sa condition et en la chute de sa famille... Mais vous êtes lié à un bénéfice. La vie des chanoines se passe presque toute dans le choeur à chanter les louanges de Dieu, c'est-à-dire à faire le métier des anges... il est bon que vous retiriez la lumière de dessous le boisseau et que vous fassiez part aux autres de ce que vous avez appris dans l'ermitage... La mélancolie tue en chatouillant ».
Cette lettre, datée de Tarascon et du ier juillet 16/12, a un prix particulier, si l'on songe à ce qu'était alors la situation intérieure de la France. Le marquis de Cinq-Mars 2 et de Thou3ont conspiré, notamment avec le frère du ro
i. Godeau, Lett. 71 Tisserand l'appelle M. de Saint- Adrien et date la lettre de i64i (God., p. 344).
2 . Second fils du maréchal d'Effiat, Antoine JGoifïier, qui était mort en i632, Henri Coiffier de Ruzé était grand écuyer de France.
3. Conseiller d'Etat, fils de l'historien qui était mort en 1617.
et le duc de Bouillon 4 ; le complot est découvert ; Bouillon a été envoyé dans le Piémont ; Louis XIII est allé assiéger Perpignan. Quant à Richelieu, la maladie dont il souffrait déjà — depuis mai 1642, sa correspondance parle de ses souffrances et prouve d'ailleurs l'énergie que son esprit conservait — le retient à Tarascon du 12 juin au 17 août, ainsi que l'espoir de s'enfuir de là dans le Comtat-Venaissin, si le roi l'avait désapprouvé. Il avait été précédé à Tarascon par « l'un de ses plus fidèles serviteurs, faisant, pour ainsi dire, le marécha 1-des-logis - », de Noyers qui, vers i64i, s'est mis à commencer ou finir ses lettres par des pensées si dévotes que Richelieu y voyait de l'affectation : « il se béatifie tous les jours », écrivait-il le 9 septembre i64i. Le duc d'Enghien accompagnait le cardinal depuis Narbonne, ainsi que les cardinaux Mazarin et Bichi et l'évêque de Chartres, Lescot, ancien confesseur de Richelieu, promu à l'épiscopat le i3 décembre i64i 3. Louis XIII, malade à Montfrin 4, lui envoie Ghavigny 5 pour lui dire que, quelques bruits qu'on fît courir, il aimait son ministre « plus que jamais », se fait porter à Tarascon et y visite Richelieu le 28 juin. Cinq-Mars a été arrêté le i3, puis de Thou ; Bouillon, le 23, au milieu de son armée, à Casai ; le duc d'Orléans, consigné à Blois. Richelieu eut un instant l'idée de mêler la duchesse-régente de Savoie à la conspiration ; mais Louis XIII avait signé le 22, à Montfrin, un traité avec la Savoie, et le ministre félicita, d'une part, le prince Thomas pour l'accommodement survenu entre lui, le cardinal son frère et Madame Royale, d'autre part, celle-ci, « bien qu'il y ait », lui écrivait-il, « beaucoup à redire au traité ».
C'est dans ces graves circonstances que Godeau était venu
i . Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, frère de Turenne : il mourut en i652.