Cab des dévots, Paris, Colin, 1903, p. i
i642, la Société de N. D. de Montréal est organisée. On songe à faire un évêché. Un des confrères, ancien conseiller à la Cour des Comptes, devenu prêtre, meurt en i645, laissant 20.000 liv. pour doter le siège et le chapitre. Son testament est attaqué par ses héritiers. Godeau. un des confrères, intervient le 25 mai 1646 devant l'Assemblée du Clergé au nom des associés de Montréal et démontre la nécessité de donner un évêque au Canada et d'y appliquer les fonds laissés par Le Gaufl're ». Il est intéressant de noter l'attention que notre évêque témoigna pour le Canada, où Mazarin, lorsqu'il semblait abandonné en i65i par la régente Anne, se disait prêt à être a relégué si cela pouvait donner de la tranquillité au royaume 0 *, comme il faisait profession, un autre jour, d'être disposé à « aller aux Indes, avec un bâton blanc ». pourvu que la reine-mère le lui ordonnât « avec un mot de sa main » -.
Le 8 juin, Godeau dit que l'évêque d'Agde, François Fouquet, à qui les Augustins de Montagnac avaient refusé rentrée de l'église de leur couvent, venait de voir les Récollets de Marsillan agir de même. Le 26, il fut, ainsi que son collègue de Meaux, MKr Dominique Séguier, chargé d'examiner les arrêts du Conseil privé du 7 juin i64i dont leur collègue de Valence et Die se plaignait, disant que son chapitre serait ainsi autorisé à donner des dimissoires aux chanoines et prébendiers de cette église pour les ordres sacrés.
Godeau fit acte dVévêque de Grasse en dénonçant, le 20 juin, les désordres des protestants d'Antibes qui semblaient ne s'inquiéter guère de l'arrêt rendu, sous le feu roi et au lendemain de la mort de Richelieu, le 16 décembre 1642. Il présenta un procès-verbal du viguier d'Antibes qui, sous la date du 27 mai, constatait que des habitants de cette ville avaient fait « les exercices de la R. P. R. dans des maisons particulières, ce qui est contraire aux édits du roi et à l'arrêt du Conseil donné à sa requête le 16 décembre 1642 ».
1. Mémoire écrit à Dinant, le 19 nov. i65i (Lett. de Maz., édit Chéruel, t. IV).
2. Lettre à Millet, sous-gouverneur du frère cadet du roi, envoyée de brùhl, le 5 sept. i65i (ibid.)
Le 23 juin 1646, Godeau fit savoir que Jean du Four, aumônier de l'évêque de Rieux, Mgr J.-L. de Bertier, avait mis tous ses soins à ranger les archives du Clergé sous sa direction et avancé i58 liv. L'Assemblée en accorda 600 à ce prêtre '.'
Le 28 juillet, eut lieu la clôture : l'archevêque de Bourges, Msr de Hardivilliers, célébra la messe.
L'Assemblée s'était ouverte le 23 mai i645, on l'a vu. Ce qui marque le rôle que Godeau y joua, c'est, dit M. l'abbé Cognet, son esprit d'opposition, son goût de l'indépendance, l'antipathie et la défiance que lui inspire Mazarin comme ministre et comme étranger, non comme cardinal, enfin son amour de l'unité dans l'Eglise. Lié avec les Arnauld, il n'avait pas approuvé, officiellement du moins, écrit son biographe, les doctrines nouvelles. On le disait ambitieux : mais l'affaire des cardinaux ! et la querelle avec le P. Vavasseur !
Rappelons brièvement ce qui donne de l'importance à cette Assemblée générale de i645-i646, où Godeaujoua un rôle considérable 2. Elle voulut effacer l'affront que Richelieu avait infligé à celle de 1 6 4 1 , combla d'honneurs les deux archevêques qui avaient été expulsés de celle-ci, celui de Sens et celui de Toulouse, chargea ce dernier de donner devant elle une relation de ce qui s'était passé à l'Assemblée de Mantes, invita les prélats qui y avaient tenu tête à Richelieu et qui n'avaient pas été réélus pour celle de r645, s'ils étaient à Paris, à prendre place aux séances et à y donner leurs avis, ou, s'ils étaient hors de la capitale, à venir y jouir de ce privilège. L'Assemblée de i645-i646 annula tout ce qui avait été fait à Mantes depuis le i5 mai i64i, blessa Anne d'Autriche et Mazarin, nomma une commission pour rechercher ce qui avait été, en i64i, fait de contraire à la dignité et aux intérêts du clergé. Elle s'en prit aussi à l'Edit de Nantes, et, par la bouche de l'archevêque de Narbonne, Mgr Claude de Rebé, elle demanda que le gouvernement em-
1 M. Cognet n'en dit rien.
2. Voir Alfred Maury, Rev. des Deux-Mond. du i5 septembre 1879.
péchât sévèrement les protestants de sortir des limites étroites dans lesquelles leur culte était toléré, d'instituer des prêches dans des lieux où on les avait interdits, de reconstruire les temples, dont l'autorité épiscopale avait fait opérer la destruction, plus solidement qu'ils n'étaient bâtis auparavant \ Elle déclara que l'Edit de Nantes n'était qu'une transaction honteuse. Sollicitée de donner beaucoup d'argent à la couronne, et par l'entremise de ce même d'Emery qui avait brutalement exécuté les volontés de Richelieu à l'égard de l'Assemblée de i64i, celle de i645-i646 — nous n'insistons pas sur l'affaire de l'évêque de Léon qu'elle remit à la diligence de l'archevêque de Gorinthe, coadjuteur de Paris 2 — finit par consentir à une subvention, non de 10 millions « auxquels Mazarin prétendait d'abord et qu'il ne se flattait pas, selon toute apparence, d'obtenir » :\ du moins de [\.
Le 26 juillet i6/j6, Octave de Saint-Lary de Bellegarde, archevêque de Sens, qui avait été « prudent vis-à-vis du jansénisme naissant » et s'était occupé, « pour la première fois, à appliquer les réformes du Concile de Trente » 4, mourut 5. Godeau fut prié de prononcer son oraison funèbre dans la cathédrale de Sens. L'archevêque s'était laissé « un instant séduire par les jansénistes ; il avait, nous l'avons dit, approuvé la Fréquente communion et même écrit à Urbain VIII en faveur de ce livre d'Antoine Arnauld ; sur la fin de sa vie, il était complètement revenu de ses erreurs ou de ses illusions » 6. Expulsé de l'Assemblée de i64i par ordre de Richelieu, il avait été réélu par sa province ; l'Assem-
1 . Rebé avait été favorable aux projets de Richelieu et peu disposé à soutenir contre lui les revendications languedociennes. L'édit de Béziers, par lequel Louis XIII donnait et retirait l'entrée aux Etats de Languedoc, avait montré que cette assemblée n'était qu'un rouage administratif et que les Comitia Occitaniae dépendaient absolument du pouvoir central (Bonnet, Bull, arch., 1899, p. a4i et suiv.).