INTRODUCTION
La pratique des expertises en matière d’accident du travail ou d'accidents relevant du droit commun, fait rapidement apparaître un état de choses auquel ceux qui touchent de près ce sujet, ont cherché de tout temps à porter remède.
Nous voulons parler des difficultés et des divergences qui se produisent lorsqu'il s’agit d’évaluer le taux d’incapacité d’un blessé atteint de limitation du mouvement de certaines articulations, c’est-àdire, de raideur articulaire.
Précisons pour la clarté de notre exposé, ce que nous entendons par raideur articulaire :
La raideur articulaire est le résultat de la perte ou de la limitation de certains mouvements d’une articulation ou de la gêne dans l’accomplissement de ces mouvements, qu’elles qu’en soient les causes intra ou extra articulaires, osseuses ou non.
L’ankylose est au contraire l’état résultant de la perte absolue de tous les mouvements d’une articulation, et son évaluation ne peut être la cause de divergences, si l'articulation est fixée dans la rectitude
absolue ou la flexion complète.
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Ces définitions de la raideur articulaire, et de l’ankylose, posent à elles seules tout le problème.
En effet, en l’absence de moyen précis, J’oserai dire mathématique, pour évaluer cette limitation de mouvement, on a pu voir différents experts évaluer différemment l’impotence fonctionnelle et accorder des taux d’invalidité sensiblement éloignés.
D'autre part, si à la consolidation l’évaluation est déjà discordante selon l'expert, comment sera-t-elle au moment de la révision de la pension, trois ans après, que celle-ci soit réclamée par le patron ou la compagnie d'assurances pour la faire réduire, ou par louvrier, pour aggravation.
Afin de juger scientifiquement d’une amélioration
ou d’une aggravation, 1l est évidemment indispensa-
D ble de fixer indiscutablement le point d’où l’on part.
C’est dans ce but que de nombreux inventeurs ont préconisé des appareils pour mesurer ces incapacités, mais malgré leurs avantages 1ls ont été pour la plupart délaissés, soit parce que trop compliqués, soit parce qu'ils laissaient encore une part à l’estimation personnelle de l'expert.
L'expérience qu’au cours de sa carrière a acquis notre maître, M. le professeur Balthazard, Doyen de la Faculté de Médecine de Paris, l’a amené à chercher une solution à ce problème, et il a mis au point, deux nouveaux goniomètres, lun pour la mesure des amplitudes articulaires du coude, du genou et de la tibiotarsienne, l’autre pour celles du poignet, des doigts et des orteils.
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Le second appareil permet encore d'évaluer l’amplitude de certains mouvements se passant sensiblement dans un même plan, comme celui d’écartement des doigts en éventail,
Ces appareils furent présentés par notre maître, au Congrès de Médecine légale de Lyon en 1927, et 1l nous fit l'honneur de nous associer à cette présentation.
Dans le travail que nous présentons aujourd’hui, après avoir rappelé succintement l’anatomie et la physiologie des articulations, nous étudions successivement l’étiologie et la pathologie des raideurs et des ankyloses articulaires. Nous consacrons ensuite un chapitre au rappel des principaux moyens de mesure et des appareils préconisés, exposant leur méthode d'utilisation et les avantages résultant de leur emploi.
Pour servir de terme de comparaison nous rappellerons l'amplitude normale des mouvements articulaires, mouvements actifs et passifs, et nous terminerons ce travail en présentant quelques résumés de rapports d’expertises en révision, prouvant l’intérêt
de la goniométrie.