D'ESPAGNE
Lies Maures d'Espagne sont eélèbres , et leur histoire est peu connue. Leur nom rappelle la galanterie , la politesse , les beaux-arts ; et les fragmens de leurs annales , épars dans les écrÎTains arabes ou espagnols , n'offi'ent que des rois égorgés , des divisions , des guerres cÎTiles, des combats étemels avec leurs voisins. Au milieu de ces tristes récits , on trouve quelcpiefois des traits de bonté , de justice , de grandeur d'âme. Ces traits nous firappent beaucoup plus que ceux que nous lisons dans nos histoires , soit qu'ils conservent une impression d'originalité que leur donne le génie oriental , soit qu'à travers les nombreux exemples de J)arbarie , unie belle action , un discours noble ,^ un mot touchant, acquièrent un nouvel éclat,des crimes dont ils sont entourés.
ta- PRÉCIS HISTORKJUE
Je n*ai pas le projel d^écrire ici Thistoire des Maures ; j^ yeux seulement rappeler leurs principales révolutions , tracer une esquisse fidèle du caractère ^ des mœurs d'un peuple que j*ai tâché de peindre dans mon ouvrage , et mettre le lecteur à portée de distifl^er de mes fictions les vérité% qui leur servent de base. Tel est , ce lAe semble , le plus sûr , et peut-être le seul mojen de rendre tin livre de pur agrément moins inutile et moins frivole»
Les historiens espagnols ' que j*ai consultés avec un grand soin, m*ont été d un ntédiocre secours. Attentif à faire marcher de fi^ont rhistoire très compliquée des différens rois des Asturies , de Navarre , d'Aragon , de Castille, ils ne reviennent aux Maures que lorsque leurs guerres avec les Chrétiens mêlent ensemble les intérêts des deux peuples ; mais ils ne parlent presque jamais du gouvernement , des lois , des usages des ennemis de leur foi. Les écrivains arabes -? ^qu*on a tra- . duits , ne donnent guère plus de lumière : emportés par le fisuiatisme , aveuglca par un ridicule orgueil , ils s'étendent arec complaisance sur les victoires de leur nation , ne disent rien de ses dé&ites , et passent sous silence des dynasties entières. Quelques-uni de not sft^
SUR LES MAURESy i3
%aiis (i) ont rassemblé âaïudes ouvrages très estimables ce qu'ont dit ces hikorienff-i ce qu'ils ont eux-mêmes obseryé. J'ai puisé dans toutes ces sources; j'ai cherché les mœurs des Arabes Maures d'Andalottsie dans les romans espagnols ^ , dans les anciennes romances castillanes y dans des manuscrits , des mémoires qui me sont yenus de Madrid. C'est d'après cette étude longue et pénible que je vais es-, sajer de faire connaître un peuple qui ne ressemble Il aucun autre , qui eut ses yices , ses fertus, sa physionomie particulière, et qui ut aJiiei long-temps la valeur , la générosité , la courtoidie des chevaliers de l'Europe , avec les emportemens, les âireurs, les passions brûlantes des Orientaux.
Pour mettre plus d'ordre dans les temps et plus de clarté dans les faits , je diviserai ce Précis historique en quatre principales époques. La première s'étendra depuis les conquêtes des Arabes jusqu'à l'établissement des princes Omnùades à Gordoue ; la seconde renfermera les règnes de ces califes d'Occi-
(i) O'Herbelot, Bibliodièque orientale ; Cartonne, Histoire d'Afrique et d'Espagne; ÏVL Chénier. Recherches historiques sui; les Maures.
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dent; dans la troisième je rapporterai le peu qu'on sait des differens petits royaumes élevés sur les ruines du califat de Cordoue : et la quatrième comprendra l'histoire des souverains de Grenade jusqu'à l'expulsion totale des Musulmans.
SrA LES MAURB& i5