ACTE troisième
GOURTEBEG.
Bien. La question est posée maintenant, il s'agit de la résoudre.
SOPHIE
Rien de plus facile ; nous promettons de laisser à Gotte tout ce que nous avons...
GOURTEBEG.
Bon.
SOPHIE
Nous lui demandons naturellement d'en faire autant de son côté... Elle le fait.
GOURTEBEG.
Et après?
SOPHIE
Après Gouic!
GOURTEBEG.
Tu as dit ?
SOPHIE
J'ai dit : Gouic !
GOURTEBEG, à part.
Il ne faut pas lui en vouloir, c'est un cas pathologique. (Haut.) Et les conséquences, malheureuse!... Elles sont comme ça, les femmes: elles ne s'occupent jamais des conséquences, c'est ce qui les rend plus fortes que nous...
SOPHIE
Il ne te va pas, mon moyen?
GOURTEBEG.
Non, il est brutal, il est criminel. Ce n'est pas
86 GOTTE
de cette façon-là que s*y prendraient les honnêtes gens... Supposons que les honnêtes gens songent à s'emparer d'une fortune... cela peut arriver...
SOPHIE
Tu crois?
GOURTEBEG.
Certainement, quand le chiffre est honnête... Supposons qu'ils songent à s'emparer d'une fortune, les honnêtes gens, jamais l'idée ne leur viendrait de faire couicî... Non, ils se rendraient tout doucement maîtres de l'esprit de Gotte, ils lui feraient boire des liqueurs fortes et mener une conduite irrégulière qui peu à peu la plongerait dans un état voisin du crétinisme et alors...
SOPHIE
Il nous faudrait du temps pour cela.
GOURTEBEG.
C'est vrai...
SOPHIE, remontant.
Et nous n'en avons pas.
Et nous n'en avons pas... il y a une chose par exemple que nous pouvons faire tout de suite.
SOPHIE
Quoi donc?
GOURTEBEG.
Nous pouvons faire en sorte que notre cuisinière se plaise dans notre société... Il faut l'accabler de bons procédés, lui raconter des histoires drôles, de façon que lorsque la fortune lui arrivera...
▲ GTE TROISIEME 87
SOPHIE
Elle nous garde?
COURTEBEG.
Oui, de façon à ce qu'elle dise : Jamais je ne me séparerai de ces gens-là, ils sont trop bons, ils sont 4rop rigolos.
SOPHIE
Tu as raison, j'aurai de bons procédés.
COURTEBEG.
Il ne faudra pas en avoir trop non plus.
SOPHIE
Pourquoi?
GOURTEBEG.
Parce que si nous en avons trop, elle se doutera de quelque chose. Elle se dira : « Tiens, pourquoi donc ont-ils tant de bons procédés que ça... » de là à deviner...
SOPHIE
J'ai compris, il ne faudra pas aller trop loin.
GOURTEBEG.
Justement... c'est une question de mesure.
SOPHIE, remontant.
J'entends... mais il est bien convenu que cela ne nous empêchera pas de continuer à chercher.
GOURTEBEG.
Certainement, cela ne nous empêchera pas...
seulement nous ne chercherons que parmi les moyens qui pourraient être employés par les honnêtes gens. Je ne me mêle de rien si tu ne me promets pas.*.
88 fOTTE
SOPHIE
Je te le promets, je te promets tout ce que tu voudras... (ils s'asseyent.) Dix-huit millions!...
GOURTEBEG.
Dix-huit millions... à deux pas de nous^ sous cet humble toit, il y a une personne qui a dix-huit millions I...
Entre Gotte. — Gourtebec et Sophie se lèvent bmsqaement. Gonrtebec salae. Sophie fait la révérence. Gotte les regarde avec surprise.