‹ Goutte et Saturnisme dans la MarineChapitre 16 sur 20 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

M. X.., officier de vaisseau, 37 ans, en traitement à l'Hôpital de Toulon pour rhumatisme articulaire, se trouvant à la Guyane, en 1866, fut, à bord du Casabianca, atteint de coliques dites sèches. Les causes de l’intoxication demeurèrent inconnues, mais le malade présente un liséré plombique très net. Les médecins de la colonie le reconnurent, et lui-même constata la présence de ce signe, dont il sait toute la valeur. Ses réponses ne laissent aucun doute à cet égard.

Un mois après la disparition de ces accidents, il fut pris de douleurs dans le gros orteil droit, qui rougit et se tuméfia. M. X... avait alors 24 ans. Au bout de quatre jours, tout avait disparu.

Deux ans après, à bord du Goëland, se rendant en Cochinchine, et pendant une relâche aux Seychelles, deuxième attaque de coliques dites sèches. Trois semaines après, à Singapour, le gros orteil droit se prend de nouveau ; mais, cette fois, les douleurs sont plus vives, la rougeur est plus intense, le gonflement plus considérable. L'attaque dure quinze jours.

Jusqu'en 1870-71, le malade n’éprouve plus rien d’anormal dans les

articulations. A cette époque, il prend part aux opérations de la guerre,

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subit l’action prolongée du froid humide, et devient rhumatisant. Le genou droit se prend d’abord ; c’est ensuite le tour du genou gauche; puis inflammation se porte sur les orteils et les articulations du tarse et du métatarse. Ê

Depuis lors, M. X... a subi de fréquentes attaques de rhumatisme articulaire. Il a plusieurs fois rendu du sable urinaire. Les urines sont habi-

tuellement claires et abondantes.

Cette observation nous paraît un exemple très net de goutte saturnine. Les accidents saturnins et la fluxion articulaire se sont chez lui suivis de très près, et cela à deux reprises différentes. Au moment de sa première attaque de goutte, M. X... avait 24 ans, âge auquel la goutte articulaire est absolument rare, même chez les sujets prédisposés. Il n’a eu de goutteux, dans sa famille, qu’un oncle de son grand-père ; enfin il n’a jamais abusé ni de la table ni des boissons. L’étiologie saturnine nous semble donc incontestable dans la genèse de sa goutte, et le plomb a certainement joué le principal rôle dans l’histoire de ce malade.

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