‹ Gouttes de véritéChapitre 13 sur 130 · CAUSES FINALES · texte numérisé non relu

CAUSES FINALES

Point de causes finales, dit le matérialisme. Le cerf n'a point reçu de longues jambes pour courir plus vite, mais parce qu'il voulait courir plus vite, ses jambes se sont allongées; l'éléphant n'a point été muni d'une trompe, pour saisir les végétaux et les branches d'arbre qui servent à sa nourriture, mais le besoin lui a fait pousser le nez.

Cette niaiserie est contraire à la plus simple

induction tirée de l'observation de la nature humaine. Nous avons parfaitement conscience des causes finales dans nos œuvres. En vain, vous me direz : Cette montre marche plus longtemps, parce qu'elle a un plus grand ressort ; moi, je vous répondrai : Précisément, je lui ai donné un plus grand ressort pom qu'elle marchât plus longtemps.

Il est impossible que notre instinct intellectuel ne transporte pas, dans les merveilles de Tordi'e universel, Tidée en vertu de laquelle, nous ordonnons les œuvres humaines à une fin. . .

ClIABITE

Le paganisme a fait l'esclavage. Le christianisme a poussé par la bouche de saint Basile, ce cri d'émancipation : « Dans la nature, il n'y a pas d'esclaves ».

Les enfants infirmes ou mal conformés étaient pour le paganisme une surcharge. A Sparte, il les précipitait du haut du mont Taygète ; à Rome, il les exposait dans les marais du Vélabre.

Le clu"istianisme a pieusement recueilli tous les enfants abandonnés, et les a traités comme des enfants de Dieu.

Le paganisme chargeait, siu* des bateaux prêts à sombrer, ses mendiants sans ressources et ses malades sans assistance; le lit du Tibre devenait leur hôpital.

Le clu"istianisme a construit des hôtels et des palais pour toutes les misères. C'est là que les malheureux viennent se guérir ou mourir en paix.

Le paganisme jetait les cadavres de ses pauvres, aux pourrissoirs publics : puticuli.

Le christianisme les ensevelit avec respect et les dépose en terre sainte.

Le paganisme n'avait pas de Dieu pour les pauvres.

Le clu'istianisme a fait du pau\Te un Dieu : c'est pour lui l'image vivante, et comme l'incarnation du roi des pauvres, Jésus-Christ, vrai fils de Dieu.

Le paganisme s'amusait à voir mourir ; — le christianisme a fait cesser les jeux de la mort. Les atroces combats des gladiateurs prirent fin après un acte subhme de dévouement dont fut victime un pauvre moine d'Orient, nommé Télémaque.

Il était venu à Rome en l'an 404, à l'époque où l'on célébrait dans le Colisée. le VP consulat d'Honoriiis. Déjà, plusieurs couples de combattants avaient succombé, lorsqu'au miUeu d'un assaut qui tenait tout le peuple en haleine.

un moine apparaît, étendant les bras, et s'efforçant d'écarter les épées. Le peuple rugit contre le sacrilège qui trouble ses plaisirs, il l'accable de malédictions, et l'écrase sous les pierres ; Télémaque périt, martjT de sa charité. Mais cette sainte victime triomphade l'irrésolution d'Honorius. La même année parut un édit qui supprimait les combats de gladiateurs

Mon esprit voit Dieu dans les œuvres de sa puissance ; mais mon cœur le voit bien mieux dans toutes les œuvres d'amour

Quand le vieux Raguel vit le jeune Tobie, il dit à Anne, son épouse : « Comme cet enfant ressemble à mon beau -frère !» Et apprenant qu'il était le fils de celui qu'il aimait, il tomba sur son cou, et se mit à pleurer, en disant : « Enfant, que la bénédiction de Dieu soit sur toi, car tu es le fils d'un homme bon, du meilleur des hommes.» Ainsi devons-nous reconnaître la ressemblance de Dieu dans nos frères, les aimer et les entourer des bras de notre charité, car ils sont les fils de l'être bon par excellence, du meilleur des êtres.

]Mieux vaut perdre dix bienfaits, que de se priver d'en placer un

Je n'aime pas la charité poseuse qui raconte,

jour par jour, et par le menu, dans les feuilles publiques, tout le bien qu'elle fait. J'ai peur que Dieu, quand elle lui demandera sa récompense, ne se contente de lui montrer le journal qui aura chanté ses exploits, et de lui dire : « Receperunt mercedem suam, vani vanam »

Madame Bienfaisance s'est imaginé de prélever un impôt sur le plaisir, en faveur des indigents. Elle annonce un bal pour les pauvres. Entendons-nous, il ne s'agit pas de faire danser les pauvres, mais de danser pour eux.

Impudence de la richesse qui étale son luxe en face de la misère, comme pour la rendre plus horrible par le contraste.

Cruauté d'un monde qui rit et qui s'amuse, pour empêcher le Christ de pleurer et de gémir, dans ses membres souffrants.

Vanité, coquetterie, plus vilaines passions, peut-être, qui profitent du nom sacré de la charité pour habiller leur sottise et leurs turpitudes.

Égoïsme, qui prend sa part d'abord, et se gave de joie, pour jeter ensuite, s'il y en a, ses miettes aux malheureux.

Voilà le bal pour les pauvres !

Malheureux frère ! Ouvre un instant la fenêtre mal jointe des mansardes où tu meurs de faim et de froid. Regarde dans la rue ces gerbes de

lumière qui inondent le pavé, écoute le piétinement des chevaux et le roulement des voitures, le murmure de la foule parée et joyeuse qui se presse d'entrer, et, tout à l'heure, les accords dé cette musique vive et alerte qui se précipite et active le mouvement des contredanses, des valses, des polkas et des mazurkas. Regarde, écoute et sois content ; c'est pour toi qu'on s'amuse, c'est pour toi qu'on danse !

Oh non ! Ces ironiques joyeusetés n'ont point été inventées par la charité. La charité sort discrètement des demeures qu'elle habite, traverse à pied les rues sales et infectes, cherche dans l'ombre une porte mervoulue, un escalier branlant, une échelle pourrie, une corde effilée, grimpe jusqu'au pauvre, lui prend la main, et lui dit : « C'est moi, mon frère î J'ai appris que tu étais dans l'affliction, et je viens te consoler ; dans la détresse, et je viens te secourir; dans la souffrance, et je viens te soulager. Pour toi, je me prive, je me mortifie, je souffre volontiers ; car je t'aime ! »

La charité connaît le jugement du Sauveur : « Venez, les bénis de mon père ; j'étais dans la misère et, vous m'avez secouru ; dans l'abandon, et vous m'avez visité. « Soyez sûrs, ô mondains, qu'il ne vous dira pas : « Venez, bénis, j'étais dans l'affliction et vous avez ri pour moi ; dans

la peine, et vous avez dansé pour moi ! ».

Parler de la charité ne signifie rien, si on ne l'a pas. L'a-t-on ? On n'en sait rien, si on ne la fait pas. — Faire la charité, c'est à cela que se reconnaissent les vrais enfants du Bon Dieu. . . .

Disputer à la charité ses œuvres, et vouloir que l'État reçoive tous les dons pour en être le distributeur, c'est renouveler la comédie du temple de Bel. Comme le dieu Bel, l'État est une bûche. Ce n'est pas lui qui mange les mets qu'on lui sert ; mais bien les prêtres de l'idole avec leurs femmes, leurs enfants, et toute leur gourmande parenté

La charité est sœur cadette de la foi, mais une cadette qui en remontre à son aînée. Qui croit bien aime bien, mais qui aime bien croit encore mieux

La charité pai^ souscriptions ouvertes n'est guère qu'un steeple-chasse des amours-propres, cherchant à se devancer de quelques pièces de cent sous. . . ' .

Possédez tous les biens, jusqu'à n'avoir plus rien à désirer, vous êtes heureux comme un roi. — Il 3" a mieux que cela. Ouvrez largement votre

Page 1