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ADORATION

a L'homme, placé devant les choses belles, » bonnes ou vraies, sort de lui-même, et, sus- » pendu par un charme céleste, anéantit sa » chétive personnalité, s'exalte, s'absorbe, » Qu'est-ce cela, sinon adorer? » (E. Renan : Etudes.)

Le tambour-major est une chose belle, son service est une chose bonne, son existence est une chose vraie, et cependant, jamais il ne m'a fait sortir de moi-même, jamais il ne m'a suspendu par un charme céleste; jamais, devant lui, je n'ai anéanti ma chétive personnalité, ni ne me suis exalté, ni ne me suis absorbé. — Suis- je un imbécile, ou bien manque-t-il quelque chose à la définition de M. Renan? — Il est vrai que les cuisinières adorent le tambour-major

On peut être impie et blasphémateur sans le vouloir. J'entends dire à une femme qu'elle adore son mari, à une mère qu'elle adore ses enfants. On adore les tableaux, les statues, les monuments, les ruines; on adore les mon-

GOUTTES DE VÉBITÉ. — 1

tagnes, la mer, les beaux sites, les couleurs ; on adore la chasse, la danse, les pâtés truffés, les petits fours ; on adore tout. Si c'était vrai, que de passions !

Pourquoi détourner ainsi les mots de notre belle langue, de leur véritable sens, surtout lorsqu'il s'agit d'un acte sacré par-dessus tous les actes !

Je voudrais même qu'on n'abusât pas du verbe aimer. L'anglais love les êtres raisonnables et like tout le reste, il a raison. Je trouve étrange qu'on fasse aux saucisses l'honneur du même verbe qu'à son père et à sa mère : — J^aime mon père, y aime ma mère ; j'aime les saucisses. — Gardons aimer pour tout ce qui mérite un attachement du cœur et n'ayons que du goût ou du plaisir aux autres choses

AGRICVLTIRE

En même temps que notre confortable s'accroît par le développement de l'industries notre nécessaire diminue par le discrédit dan, lequel est tombée l'agi-iculture. Bon nombre de peuples anciens, parmi lesquels, les Juifs et les Égyptiens, vivaient du produit de leurs terres

et de leurs troupeaux, toujours suffisant pour d'immenses populations.

Nous, nous sommes obligés de recourir à l'importation, sans pouvoir nous déguiser une plaie profonde qui nous ronge, la misère des basses classes. Plus le besoin de l'alimentation devient pressant, plus l'art qui correspond à ce besoin semble devenir impuissant. — Pourquoi ? — Parce qu'on ne cesse de se méprendre sur les conditions de son développement .

La terre a subi le sort des opinions ; elle s'est fractionnée comme elles. La petite propriété à l'exploitation par parcelles l'a appauvrie de moitié, selon le calcul de savants économistes.

Pauvre terre, elle a perdu comme nous ses forces natives ; il faut qu'elle se répare à mesure qu'elle s'épuise. Il n'est pas bien difficile de voir que les meilleurs principes de son renouvellement sont ses propres produits transformés en engrais. Or, cet engrais est fourni par le bétail, et le bétail, à l'état de solide production, quant à l'engrais, n'est possible que dans la grande propriété.

La grande propriété peut seule réaliser les ressources de pâturage et de renouvellement nécessaires à l 'élève du bétail. Tout ce que la grande propriété économise sur le mobilier, le personnel et le logement, se reporte sur le bétail

dont elle tire un double profit : celui de l'engrais et celui du rapport en travail, laitage et laine. Elle est plus à même de supporter une perte, car elle a plus de moyens de la compenser.

La petite propriété a besoin de tout le mobilier nécessaire à l'exploitation. Il faut, pour dix hectares, deux chevaux et une charrue, comme pour cent. Il faut un logement, un personnel. Où l'on met quatre personnes, on peut en mettre huit; où l'on en nourrit quatre, on peut en nourrir huit. Deux travaux impossibles pour un homme deviennent possibles, si on les réunit. Il faut donc à la petite propriété dix fois plus de dépenses proportionnellement, qu'à la grande. Joignez à cela la rente du propriétaire, si la terre est à ferme, et l'écrasant impôt, le bétail devient impossible, au moins svu" une grande échelle, l'engrais est insuffisant ; s'il faut l'acheter, on se ruine. A-t-on recoiu"S aux engrais artificiels ? Ils forcent la terre, ils ni la réparent pas. La culture intensive, par ce moyen, épuise l'énergie du sol et vicie ses produits.

Avouons-le : l'agricultm'e dans notre paj'S est tristement compromise par le morcellement de la propriété

En Angleterre, le sol est immobilisé dans les mains de trente-cinq mille familles qui en jouissent plutôt en usufruitières qu'en propriétaires,

puisqu'elles ne peuvent ni l'hypothéquer, ni l'aliéner. Aussi ces trente-cinq mille familles constituent-elles une aristocratie formidable qui cultive admirablement et fait rapporter à la terre, vingt et une fois plus qu'en France.

Il est vrai que, à côté de ces trente-cinq mille familles, on voit s'agiter sourdement le paupérisme nomade et vagabond, hideux et affamé, au service de l'industrie. Je ne suis pas de ceux qui pensent que a l'Angleterre défendue par la loi de primogéniture et par la perpétuité de l'esprit public dans la noblesse, est de tous les états, celui qui est le plus en mesure de résister aux troubles matériels et aux doctrines subversives. »

Quand le paupérisme aura pris conscience de ses membres et de sa force, et pourra mettre à sa tête quelque aventurier intelligent, il n'y aura pas d'aristocratie capable de lui résister. En outre, si (comme le faisait remarquer Napoléon à Ste-Hélène), les autres nations produisent, au point de bloquer les débouchés de l'industrie anglaise, l'immense population ouvrière de la Grande-Bretagne sans ouvrage et sans une religion de charité pour essuyer ses larmes et lui donner du pain, finira bien par faire une trouée au rempart séculaire de l'aristocratie. . . .

En France, nous sommes plus près, ce me semble, de voir s'accomplir de graves et terribles

événements. Nos incessantes révolutions politiques en sont le prélude. Le petit fermier sans ressources convoite la terre de son propriétaire, afin d'en être quitte avec la rente qu'il ne peut plus payer, s'U veut vivre.

L'ouvrier, victime de la lutte des capitaux et de la concurrence des établissements industriels, souffre de rabaissement et de l'insuffisance du salaire. S'il est vrai que certains objets de commerce se vendent à meilleur compte, ce sont des objets de pur accessoire et de confortable, mais l'indispensable, les objets de première nécessité, se vendent plus cher que jamais. Le salaire de l'ouvrier ne suffit pas à ses premiers besoins et aux besoins de sa famOle. Si nous n'avions pas, dans nos cœurs catholiques, assez de charité pour faire face aux plus poignantes misères, il n'y aurait plus d'autre ressource pour les pauvres gens, que le pillage universel ou l'émigration.

Il y a encore des terres immenses qui semblent attendre le trop plein de nos misères, des plaines vierges que les proscrits de nos civilisations peuvent fertiliser. Mais si quelque grand fléau n'arrêtele flot montant des générationshumaines, un jour viendra où la terre infiniment morcelée ne pourra plus réparer ses épuisements et remplacer ce que le genre humain dévorera. Alors le monde entier sera en proie à cette suprême

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