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DISCUSSION

Quand vous discutez avec un adversaire faites-lui toutes les concessions possibles. Vous l'enlevez ainsi tout doucement, et il se laisse faire, jusqu'au bon moment où vous le lâchez. Plus vous l'avez porté haut, plus la chute est lourde. Aigle et tortue. Après la chute, adieu la carapace ! La pau\Te bête est à nu. Vous pouvez la manger à loisir

Rien de plus insupportable dans la discussion, que les braillards qui croient racheter l'indigence de leurs raisonnements, par la quantité de son qu'ils dépensent

Vous voulez, mon ami, vous consacrer à l'éducation de l'enfance. C'est une belle tâche. Permettez-moi de vous donner quelques conseils.

Méditez, avant de vous mettre à l'œuvre, ces paroles de saint Jean Chrysostome : (( Le peintre, le statuaire, ne peuvent égaler en leurs admirables ouvrages, celui qui sait façonner par ses leçons, l'âme des enfants : « Omni arte pictore, omni arte statuario, cœterisque hujus inodi omnibus excellentiorem dîico, qui juvenum animas fingere non ignoret. »

Ainsi donc, vous êtes artiste, et le plus grand des artistes. Ayez l'œil fixé sur le type divin qu'il faut copier, et dont il faut reproduire la ressemblance dans l'âme des enfants : le Christ.

Éduquer, c'est faire sortir une jeune âme de sa grossière enveloppe d'ignorance et de corruption originelle, et la préparer à jouir des grands biens de la vie intellectuelle et morale. L'éducation a donc pour but de former l'esprit et le cœur des enfants. Et parce que le corps et

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Fâme sont inséparablement unis, non seulement, dans la responsabilité personnelle, mais dans toutes les opérations, l'éducation doit tenir compte du corps, le discipliner, pour qu'il ne soit pas un obstacle, le perfectionner, pour qu'O devienne un serviteur utUe.

Allez di'oit au cœur. Qu'importe que l'intelligence éprouve un léger retard, pourvu que le cœur soit bien pris. L'esprit marche plus sûrement et plus vite, en compagnie d'un cœur droit

La religion seule est capable de former le cœiu" des enfants, car elle seule leur apprend en plein leurs devoirs envers Dieu, envers les hommes, envers eux-mêmes. Faites de ceux qui vous sont confiés, de bons et solides clirétiens ; rendez-les pieux sans bigoterie. L'esprit du monde est fait de superbe et d'arrogance ; la piété engendre la véritable grandeur d'âme, sans compter la force et la consolation dont l'homme a besoin, dans les épreuves que Dieu lui réserve.

Habituez de bonne heure vos enfants au sacrifice de leurs volontés propres, de leurs goûts, de leurs aises. Les gens les plus aimables, et d'une action plus féconde dans la vie sociale, sont ceux qui savent se sacrifier

Prenez la mesure des petites intelligences qu'il faut instruire, afin de proportionner la nourriture à leur capacité. Ne les boun'ez pas, mais donnez-leur le temps de digérer. Exprimez de tout ce qui instruit, le suc caché dont le cœur peut profiter.

Surveillez l'imagination, et fermez-lui la porte du rêve. L'habitude rêvassière est pernicieuse. On y perd son temps, et souvent le bon sens, quand on n'y rencontre pas la débauche.

Occupez toujours l'esprit et le corps, sans les surmener. L'activité bien réglée rend l'esprit et le corps alertes et sains.

Châtiez modérément, mais avec fermeté.

Pom' de tous jeunes enfants, le châtiment corporel, si l'on n'en abuse pas, est ce qu'il y a de mieux. C'est vite fait, et çà porte coup. Pour des enfants capables de raisonner la correction, agissez comme le confesseur ; imposez des peines expiatoires et médicinales, en même temps. Punissez les insolences de l'orgueil par des humiliations, la paresse par le travail, la gourmandise par des privations, l'égoïsme et la méchanceté par des actes de charité. Les arrêts et les pensums à propos de tout : c'est bête.

Pas de vaines menaces. La menace sans effet engendre le mépris de l'autorité, et l'obstination dans le mal

Mettez- VOUS au-dessus des enfants, sans les tenir à distance. Gagnez leur confiance, sans jamais leur permettre une inconvenante familiarité.

A l'égard de leurs parents, que les enfants soient affectueusement respectueux et parfaitement soumis.

A l'égard des inférieurs, qu'ils évitent le laisser aller et l'arrogance.

Faites régner entre eux la concorde perpétuellement entretenue par de mutuels égards, et de charitables prévenances.

Cette triple harmonie est la pierre de touche d'une bonne éducation

Tâchez de vous entendre avec les parents, si c'est possible ; mais attendez-vous à les rencontrer sur votre chemin. Trop occupés, trop faibles ou trop sots pour élever leurs enfants, ils vous les abandonnent. Mais leur vanité peut toujours tenir le haut bout d'une éducation devant laquelle lewc incapacité abdique. Les enfants savent par quelles ruses, quelles caresses, quelles grimaces, quels pleurs, on peut les surprendre, les séduire, les attendrir, et obtenir d'eux, des concessions qui troublent le travail, ou rendent la correction impossible.

Ne cédez pas ; maintenez votre autorité avec

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une fermeté polie ; et si on lui donne le dessous, allez- vous en

On écarte des ruches, les plantes nuisibles; on les entoure de fleurs mielleuses, où l'abeille butine. De même, écartez des jeunes âmes qui vous sont confiées, les mauvaises compagnies, et ne les laissez approcher que par des amis vertueux.

Enfin, priez pour les chers petits. La prière, apostolat silencieux et recueilli, fait souvent plus que les avertissements, conseils, encouragements, reproches, corrections. Vous avez besoin de Dieu pour faire des hommes. Votre bonne volonté, votre patience et votre travail mettent au point le chef-d'œuvre ; c'est Dieu qui donne le fini

Les maisons religieuses d'éducation, sont l'arche sainte où se conserve l'innocence de la jeunesse. Quand elle en sort, elle va souvent, comme le corbeau de Noé, s'abattre sur la chair, y trouve d'immondes plaisirs, et ne revient pas. Mais quelquefois, aussi, comme la colombe, ne pouvant poser nulle part, sans la souiller, son âme immaculée, elle retourne à tire d'aile vers ceux qui l'ont sauvée du déluge. Une foule de vocations sont dues à ces délicatesses des cœurs purs.

tJn des fléaux de l'éducation, une des causes de l'étiolement de la jeunesse, de la demiscience, de l'incapacité fardée, de la débâcle des intelligences, de la fainéantise à outrance, après les excès de travail, c'est la limite d'âge.

Dire à une jeune nature : A tel âge, tu sauras cela, ou bien tu seras estimée ne le savoir jamais, et teUe ou telle carrière te sera fermée, — n'est-ce pas ridicule, absurde, insensé, immoral, odieux ?

La santé du corps perd, aux excès d'un travail prématuré, sa fleur et ses espérances d'avenir. L'accumulation précoce des connaissances produit l'indigestion intellectuelle.

La jeunesse devient semblable à ces produits fades et pâles que l'on obtient par des moyens factices : pas de fibres solides, pas de fécondité.

Si je ne puis être fait qu'à vingt-cinq ans, laissez-moi arriver à cet âge. La société y perdi'a-t-elle, parce que de sages délais m'auront assuré la santé de l'âme, dans la santé du corps : Mens sana in cor pore sano.

Laissez donc aux saltimbanques forains, le privUège de montrer aux curieux des phénomènes, des monstres, et faites des hommes.

Trop peser sur un caractère jeune et vigoureux, c'est le forcer à l'hypocrisie. Il en souffre, il en a honte. Plié momentanément sous la

roue de pression, il n'attend qu'un échappement. Gare à la détente ! elle sera formidable.

« Possedi hominem per Deum : J'ai possédé un homme par Dieu, » disait la mère Eve, en pressant sur son cœur son premier enfant. Elle n'oubliait pas le père commun de qui procède, et à qui appartient toute créature.

Les parents, aujourd'hui, étranglent le cri de notre première mère : c( Possedi hominem : l'enfant est à nous, » disent-ils. Tout ce qu'il a d'intelligence, de qualités et de charmes leur appartient sans partage. Que Dieu s'avise de faire valoir ses droits sur leur progéniture adorée, les cœurs se brisent et lui reprochent ses duretés.

Mais le jour vient où l'enfant prétend se posséder lui-même. Il se révolte contre les tendresses égoïstes qui veulent trop jouir de lui ; il les trouve ridicules et s'en moque. — Cruelle revanche de Dieu, source de larmes et de douleurs inconsolables dans la famille. — Mais aussi, pourquoi voler le maître de la vie ?

Deux précautions à prendre dans l'éducation des enfantis : Veillez avec soin sur leurs compagnies : « Un raisin gâté empoisonne toute une grappe :

Uvaque conspecta livorem ducit ah uvâ. »

(JUVENAL, Sat. II).

(( Ne point leur permettre le moindre mal ; ils ne croient jamais avoir atteint les limites de la permission donnée :

Nemo satis crédit tanturn delinquere, quantum Permittas, adeo indulgent sibi latius ipsi. »

(JtJVEN. Sat. XIV).

Vieille réponse au système de l'éducation sans Dieu. Elle est de Socrate, et nous a été transmise par Platon. {In Menone).

« ApETY) av i'Xf y'j-z z/j'v. z'r.t sisr/.Tcôv, xij.x 0£'.a

« La vertu n'est pas un produit de la nature ou de l'instruction, mais un don de la divinité. »

Uni à l'Église, non pour subir son joug, mais pour obéir à ses saintes influences, un état peut offrir toutes les garanties désirables d'honnêteté publique et de stabilité. Mais il y a longtemps que les pouvoirs humains n'entendent plus raison sur ce point.

Leur révolte était prévue et annoncée : Ils ont frémi, ourdi de vains complots, et tenu conseil contre le Christ vivant en son Église. — Brisons, disaient-ils, les liens d'un commerce

EGLISE ET ETAT -Oô

inutile, et rejetons loin de nous le joug d'une tutelle qui nous amoindrit : Dirumparnus vincula eorum et projiciamus a nobis jugum ipsorum. Dieu s*est moqué de leur présomptueuse audace, et les a siffles, en les abandonnant à leurs extravagances : Qui habitat in cœlis irridebit eos, et Dominus subsannabit eos. — Finalement, il leur a fait entendre la voix de sa colère, dans les cris des peuples révoltés, et les a troublés par ses fureurs : Tune loquetur ad eos in ira sua, et in furore suo conturbabit eos. — Si les rois et les juges de la terre avaient s'instruire à l'école des bouleversements sociaux, ils apprendraient qu'un état, comme les individus, doit servir Dieu, dans la crainte, et prospérer sous ses yeux, avec un saint tremblement : Servite Domino in timoré et exultate ei cum tremore. Pour cela, il faut embrasser la loi, et cette loi, c'est l'Église : Apprehendite disciplinam. [Ps. II)

Chose singulière ! Pour exalter les triomphes et les bienfaits régénérateurs de la libre-pensée, les ennemis de l'Église ne cessent de dire qu'elle est vieille, décrépite, impuissante, momifiée dans son action politique, scientifique, littéraire, artistique, etc. Mais à peine Font-ils écrasée de leur superbe mépris, qu'ils se plaignent à pleine bouche, de son esprit envahissant, de

ses empiétements, des périls qu'elle fait courir à la société moderne. Quoi de vrai, dans cette comique contradiction ? — Rien que cette parole de l'Écriture : L'iniquité se ment à elle-même : Mentita est iniquitas sihi.

Après avoir raconté que les clirétiens pouvaient effrayer les païens, et s'épargner bien des persécutions, s'ils eussent voulu faire de la résistance à main armée, un honnête historien écrit ceci : « On ne vit jamais de révoltes chrétiennes, de parti chrétien ; jamais les adorateurs du Clu-ist ne choisirent, dans leurs rangs, un chef temporel, pour l'opposer au pouvoir, parfois bien fragile, qui les décimait. A mes yeux, c'est là un des faits les plus remarquables de l'histoire. Il montre combien, en dépit des défaillances individuelles, malgré les schismes, les luttes doctrinales, l'Église, dans son ensemble, demeura fidèle à l'esprit de l'Évangile, et à l'enseignement apostolique ; il fait voir, en même temps, l'inintelligence politique, et le manque d'équité des persécuteurs qui cherchaient à supprimer les citoyens les plus paisibles de l'empire, et refusaient de reconnaître une grande force numérique et une grande force morale, sur laquelle de vrais hommes d'état auraient été heureux de s'appuyer. » (Paul Allard. Histoire des Persécutions 'pendant la

première moitié du III^ siècle). Et c'est tout! — Mais allez donc jusqu'au bout, puisque vous êtes chrétien. Ce fait si remarquable qui montre la fidélité des chrétiens à l'esprit évangélique, l'intelligence et le manque d'équité des persécuteurs, ne montre-t-il pas aussi, que Dieu a écarté, avec un soin extrême, de l'établissement de son Église, les moyens humains, surtout la force et la protection des pouvoirs, afin qu'il fût bien prouvé par son triomphe, que l'Eglise est œuvre divine. Quand un narrateur chrétien rencontre ces conclusions dans l'histoire, il ne doit pas les esquiver

Cette arche que l'Écriture nous montre portée sur les eaux du déluge, c'est la figure de l'Église. Elle a été construite sur les plans de Dieu qui en a déterminé les dimensions ; elle sert de refuge à ceux qu'il veut sauver ; elle vogue tranquille sur les eaux de colère qui engloutissent les erreurs et les crimes de l'humanité. — La vie de l'ÉgUse est un poème à refrains. Les récits de toutes les révolutions et catastrophes qui menacent son existence, se terminent par ces paroles de la Genèse : « Porro arca ferebatur suyer aquas. »

Combien peu d'hommes dans nos égUses !

Si c'est comme cela au Ciel, Jésus-Christ a bien

fait de dii'e qu'on ne s'y mariera pas, car les pauvres femmes auraient bien de la peine à trouver mari

Lorsque Virgile disait de la Rome ancienne que « Dieu ne lui avait assigné de limites ni dans l'espace, ni dans le temps,

His ego nec metas rerum nec tempora pono Imperium sine fine dedi. . . »

Voulait-il flatter le peuple romain, ou bien traduisait-il un vieil oracle des Sibylles ? — Je n'en sais rien. Mais il a prophétisé, sans le vouloir, la Rome nouvelle, centre de l'Église Catholic[ue, dont l'universelle domination doit durer jusqu'à la fin des siècles : Usque ad consummationem sœculi

L'Église est comme Dieu qui la faite à son image. Dieu est patient, parce qu'il est éternel, l'Église est patiente, parce qu'elle dure toujours. Aussi, quelle sage et majestueuse lenteur dans ses institutions, réformes, répressions ! Tandis que les gouvernements Immains se pressent et brouillent tout, parce quils n'osent pas compter sur le lendemain !

En priant pour tout le monde, TÉglise atteste son universalité. Qui est-ce qui prie pour qu'elle se convertisse ? Les hérétiques de bonne foi,

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