APPÉTITS
Je viens de voir le repas d'une meute : Soixante chiens affamés, la gueule ouverte sur l'auge pleine et contenant, à la vue du fouet, leur appétit, jusqu'à ce qu'on leur dise : Allez ! — Quelle merveille ! L'homme a sous les yeux les verges de la justice divine. Il sait, de science certaine, qu'il sera rossé éternellement, s'il contrevient à l'ordre du maître ; mais son appétit l'emporte. Et l'homme a la prétention d'être un animal raisonnable !
Semblables à ces chiens d'Orient que la faim tourmente, et qui se rassemblent à la nuit tombante, pour parcourir la ville, et manger tout ce qu'ils trouvent dans les rues, nos appétits attendent, pour se satisfaire, que les lumières de la grâce et de la raison soient éteintes, quand ils ne cassent pas les réverbères.
Le jour revenu, ils sont inassouvis, et l'importunité de leurs grognements se joint à la honte de les avoir laissé faire : « Convertentur ad vesperam, et famen patientur ut canes, et circuibunt cîvitatem. Ipsi dispergentur ad manducandum. Si vero non jiierint saturati, murmurabunt. » {Ps. LVIII) ,