‹ Gouttes de véritéChapitre 82 sur 130 · PEUPLE · texte numérisé non relu

PEUPLE

expérience ces revirements d'opinion populaire. Et c'est à cette girouette qu'on attribue la souveraine puissance !

Le peuple, comme Sancho-Pança, se fait récuyer des fous. Il les suit, et prend part à leurs folies, non sans grogner quelquefois de toute la force de son gros bon sens

Égaré par les sophismes des hommes pervers, le peuple ne se trompe pas sur leur valeur morale. S'il se laisse éblouir par leur esprit, il uarde la conscience de ce qui est bon. Il disait de saint Vincent de Paul : (( le bon monsieur ^"incent » ; il ne s'est jamais avisé de dire : « le bon Monsieur de Voltaire, le bon Monsieur Rousseau »

Les aventuriers politiques trouvent toujours un écho dans l'âme du peuple, comme on en trouve dans tous les grands bâtiments vides.

Poser les fondements de sa fortune et de sa gloire sur les faveurs du peuple, c'est bâtir sur le sable. Il n'est pas besoin d'un tremblement de terre ; un coup de vent suflfit pour renverser l'édifice

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PEUPLES (Anciens et Nouveaux)

Les vieux peuples n'étaient ni plus sots, ni moins habiles que nous. Je viens de Hre l'histoire des Égyptiens. Elle m'apprend que leurs rois rendaient la justice, qu'ils réglaient tout le détail de leur conduite, et jusqu'aux moindres actions de leur journée ; qu'en Egypte, tout individu était obUgé de déclarer aux magistrats, son nom, sa demeure, la profession qu'il exerçait, et d'où il tirait sa vie ; car il n'était permis à personne, d'être inutile à l'État. Nous ne faisons pas mieux.

Les Ég5^tiens se passaient des fantaisies magnifiques, que nous ne saurions pas égaler : les pyramides, les hypogées, les obélisques, les sphynx gigantesques, les grands temples, les immenses et merveilleuses villes de Thèbes et de Memphis.

Les Égyptiens avaient des bibliothèques choisies, qu'ils appelaient les trésors des remèdes de Vâme ; les nôtres ne sont souvent que des entrepôts de poisons.

Les Égyptiens étaient païens, et estimaient par dessus tout les familles sacerdotales ; nous sommes chrétiens, et le prêtre de Jésus-Christ est l'objet du mépris public.

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Les Égyptiens considéraient pairticulièremeht les laboureurs et les paysans ; nous nous moquons des paysans.

Les Égyptiens ont toujours eu du pain, nous sommes à la veille d'en manquer ; car nos gens de campagne délaissent la culture, pour courir après une robe, une chaire, une étude, une clientèle, une boutique de drogues.

Les Égyptiens, pour emprunter, engageaient le corps de leur père au créancier ; mais ils étaient infâmes et privés de sépulture, s'ils ne le retiraient pas. Chez nous, les pères s'entendent avec les enfants, pour frauder le créancier, et je ne sais pas si les enfants ne vendraient pas leur père, et réciproquement, pour avoir quelques sous.

Les Égyptiens n'avaient pas la connaissance du vrai Dieu. Ils adoraient le bœuf, le chien, le chat, l'ibis, l'oignon, la carotte... C'est vrai. Mais nous, nous ne connaissons le vrai Dieu, que pour le blasphémer ; nous ne sommes chrétiens que pour être infidèles au Christ Sauveur, qui nous a donné son nom.

Décidément, les Égyptiens n'étaient pas plus sots que nous ; mais ils furent moins bien traités par la Providence. Nous n'avons pas plus d'esprit qu'eux, mais nous sommes plus misérables

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