REPUBLIQUE
J'entends dire : « La Répubhque est un gouvernement comme un autre. » Oui, quand c'est
un gouvernement. Malheureusement, il y a chez nous, une foule de gens qui ne se font républicains, que pour être gouvernés le moins possible. Pas du tout, leur irait mieux encore.
Pourquoi voit-on des gens bien élevés, de bonne famille et de goût délicat, afficher leurs préférences pour l'égaHté républicaine ? — Voici la spirituelle réponse du romancier Balzac : « Il y a des individus qui sont aristocrates par incHnations ; ils se font répubUcains par dépit, uniquement, pour trouver beaucoup d'inférieurs parmi leurs égaux. »
On se retire des affaires pour prendre sa retraite; on ne peut se retirer de la grande affaire du salut. Et pourtant, il est bon pour le clirétien de faire sa retraite.
Faire sa retraite, c'est, dans le langage spirituel, se retirer en soi-même, pour se mieux voir et se mieux connaître, se rapprocher de Dieu, pour converser avec lui, prendre ses conseils, lui demander ses grâces, et, par de généreuses résolutions, se préparer à un changement de vie. D'où l'on voit que la retraite est, pour le chrétien,
un repos plein d'une sainte activité. Si l'homme consacrait toutes ses facultés à la double contemplation de sa vie intime et de Dieu qui le fait vivre, H n'y aurait rien de trop. C'est bien le moins, que, de temps en temps, il cesse de se fuir, et se mette en rapports plus directs et plus suivis avec Dieu qu'il ne fait qu'apercevoir et saluer en passant, dans le train de la vie ordinaire.
Considérez la loi qui régit tous les êtres, et les fait obéir aux desseins de Dieu. Il n'en est aucun qui ne profite des circonstances favorables à sa croissance et à son développement, et qui ne recueille, pour cela, toutes ses forces.
L'instinct sera-t-il plus sage que la raison ?
Il est pour l'homme intelligent et hbre, et surtout, pour l'homme religieux, un temps propice aux grands desseins et aux généreuses résolutions. C'est le temps d'une retraite, temps de solitude et de silence.
Solitude et silence, patrie des âmes vaillantes qui se préparent aux luttes ardentes de la conscience contre les passions, de la vertu contre le vice.
Sohtude et silence, patrie de Dieu qui visite les siens. Dieu n'est pas dans le tumulte du monde : non in commotione Dominus; il est dans la paix d'une retraite, c'est là qu'il parle au
cœur : « Educam eani in solitvdine, et loqiiar ad cor ejus. »
Sa visite peut être, pour nous, décisive; décisives aussi notre indifférence et notre lâcheté. Le prophète a dit : « Cherchez le Seigneur, pendant qu'on peut le trouver. » Jésus a pleuré sur Jérusalem parce qu'elle n'a pas connu le temps de sa visite.
Cette visite, il ne faut pas la subir comme une importunité, mais la désirer et l'attendre comme un bienfait. 11 y a deux sortes de misérables : ceux qui ne veulent rien entendre et renvoient tristes et découragées les âmes compatissantes qui cherchent à leur faire du bien ; ceux qui écoutent toute bonne parole, se laissent embrasser et relever de leur abjection. — Qui serons-nous ? .
Considérez votre condition. Elle vous oblige à réfléchir aux grandes affaires que Dieu vous a confiées : l'affaire de votre salut et perfection, l'affaire des âmes qu'il faut convertir. Vous voilà donc, comme prêtre et reUgieux, à la tête des deux plus grandes entreprises qui se puissent imaginer. Votre devoir n'est-il pas d'y songer ?
Un homme d'État prend-il, au miheu de la dissipation des fêtes, les résolutions qui doivent sauver son pays ? Un industriel rêve-t-il, dans le tumulte et l'entraînement des affaires, les
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perfectionnements de son industrie ? Un capitaliste qui tient en ses mains le sort de plusieurs familles, attend-U la veille de la banqueroute, pour mettre ordre à ses opérations? Tous s'isolent et se recueillent. Eh bien, que les fils de Dieu ne soient pas moins prudents que les enfants du monde
Une bonne retraite décide de toute une vie, comme un heureux calcul, de toute une fortune
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« L'être et la perfection sont identiques, » dit Fénelon. Plus on a de perfection, plus on a d'être. Il suit de là que les saints arrivés au terme ont tout l'être dont ils sont capables, parce qu'Us ont toute leur perfection. Le réprouvé, au contraire, n'a plus que l'être nu, dans le dépouillement de toute perfection. Dieu lui conserve ce dernier bien, afin qu'il en puisse sentir l'affreuse soHtude, si amèrement, qu'il voudrait en être privé. « Malheur, dit Bossuet, malheur à la créature qui se sépare de la source de son être !»
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