‹ Gouverneur MorrisChapitre 129 sur 150 · I. T. II, p. /|8i. — 2. T. II, p. A · texte numérisé non relu

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une barrière contre la France et contre l'Autriche, choses utiles à l'Angleterre, à la Prusse et à l'Espagne, mais essentielles au pape et au roi de Naples. Il me semble que l'Autriche même n'en sera pas très éloignée, parcequ'il vaudra mieux renoncer à ses projets sur l'Italie que de s'exposer à être envahie par la France. Je suis même persuadé qu'elle y consentira de bonne grâce, si on lui accorde la Bavière. Dans ce cas pourtant il conviendroit de prendre en échange pour le roi de Sardaigne le territoire de Venise et que le roi de Prusse fasse la cession d'Anspach et de Bayreuth à l'électeur de Bavière ^. »

Ce projet singulier, qui paraît être l'enterrement des prétentions de Louis XVIII au trône de France, serait au contraire pour lui le moyen, presque sûr d'y remonter un jour : « La renonciation du roi au trône de France pourra bien le révolter ; mais cette renonciation me paraît l'unique moyen de s'en assurer. Un acte de ce genre est nul par l'institution de la monarchie et, lorsque les Français rappelleront leur roi, il ne sera plus le maître de différer ; or, il m'est démontré qu'ils lui adresseront cette invitation, surtout s'il est en état de leur faire cadeau du Piémont, etc. En supposant que Bonaparte soit vivement pressé par ses ennemis — et certes, il doit à la longue lléchir sous le poids de leurs armes — il seroit fort aise de céder le royaume d'Italie pour s'assurer de la France. Mais la France, réduite à ses anciennes limites et voyant se dissiper le prestige dont on l'a bercée, ne souffrira plus le régime actuel. Les ambitieux qu'elle recèle dans son sein s'entre-déchireront jusqu'à ce qu'il se trouve un chef assez sage pour rechercher la famille de Bourbon, qui seule peut rétablir le calme et le bonheur. Mais il est de la dernière importance qu'au moment où les vrais Français reviendront à leurs anciens sentiments, leur roi soit dans une position où il pourra les appuyer par une force considérable. A cet effet, s'étant ménagé, par une économie sage, de quoi faire marcher un corps de troupes suisses et s'étant assuré une puissante diversion du côté de l'Allemagne, le coup sera frappé

j. T. II, p. \-(j. Leltrc en français.

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avant que les grandes puissances ne s'en mêlent et, la chose faite, elles enverront à Sa Majesté des ambassadeurs pour lui témoigner une. satisfaction qu'elles ne ressentiront pas. »

C'étaient la bien des rêves et des plans singuliers. Les victoires accumulées de Napoléon semblaient déjouer tout calcul. Après Friedland, le 4 septembre 1807, Morris écrivait au comte Woronzoff : « Voilà donc , la dernière main mise au nouvel arrangement de l'Europe, à moins que Napoléon ne s'avise de donner le Portugal à l'Espagne. Les raisonnements politiques se réduisent maintenant à des calculs sur la vie de l'empereur corse ^. » Cependant le i4 juillet 1809, il prédit, cette fois directement, la résistance victorieuse du peuple •espagnol aux armes de Napoléon. « Dimanche (i4 juillet) le général Moreau dîne chez moi. 11 se confirme que Bonaparte, après avoir enlevé dans ses serres le roi d'Espagne et toute sa famille, les a forcés à abdiquer le trône entre ses mains et maintenant les tient enfermés. On dit qu'une grande partie de l'Espagne est en armes pour expulser les Français. Je donne comme mon opinion qu'ils réussiront à moins qu'ils ne placent à leur tête quelqu'un des grands nobles. Dans ce dernier cas ils seront vendus, tant est ^ande la corruption des mœurs chez les descendants des braves et très honorables cavaliers, et cela au milieu d'une nation honnête et loyale ■'^. » On vient de le voir le général Moreau dînait ce jour-là à sa table ; on ne sait s'ils fêtaient en commun l'anniversaire de la prise de la Bastille. 11 avait déjà reçu chez lui deux fois eh 1807 cette lamentable épave. La première fois (i3 janvier) la conversation paraît n'avoir été que de la chronique scandaleuse : « Entre autres anecdotes plaisantes ou curieuses, Moreau mentionne la sale conduite de la famille Bonaparte. Mme Leclerc, actuellement princesse Borghèse, comme tout le monde le sait, est une Messaline. Moreau dit que l'Impératrice lui a déclaré que son mari et la sœur de celui-ci, Mme Leclerc, étaient trop intimes. Il le -dit à Mme Leclerc, qui nia d'abord en disant que l'Impératrice ne valait pas mieux qu'elle. A la fin elle le reconnut.

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