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les Jacobins, ou à celle qui existe entre ceux qui sont arrivées au pouvoir et ceux qui voudraient y arriver sur les épaules de la populace (moh) ^ » Les démocrates se montraient favorables à la France ou du moins affectaient de se montrer tels. En 1803 Morris paraissait douter à cet égard de leur sincérité : a J'ai rendu visite aujourd'hui, 24 décembre 1802^ au président et à M. et Mme de Pichon, qui semblent trouver ennuyeuse la société de notre capitale. M. Pichon me dit qu*k son avis l'attachement des démocrates pour la France était simplement une manœuvre de parti pour arriver au pouvoir, 11 me dit que Bonaparte n'aurait pas ratifié le traité amendé, si les affaires de Gopenhaque et d'Egypte n'étaient pas arrivées. Il me dit que son entourage et particulièrement ïalleyrand est contraire à l'Amérique ^. » Quoi qu'il en soit, cette amitié apparente des démocrates pour la France était sans doute une des causes qui poussaient Morris à se montrer antifrançais quant à la politique extérieure des États-Unis. Car il l'était résolument ; nous l'avons vu lutter énergiquement contre l'alliance effective avec la France^; en 181 2, quand les États-Unis sont en état de guerre avec l'Angleterre, il combat plus énergiquement encore l'alliance française *.
Mais c'est à l'intérieur qu'il redoute pour son pays la démocratie, la vraie démocratie, et cela d'autant plus que la richesse s'est développée et que la corruption des mœurs se manifeste. Aussi, entrevoyait-il comme possible ce dictateur militaire que Mably avait prédit jadis : « Des circonstances insignifiantes décideront peut-être si, à travers une série de révolutions, nous aboutirons à un despotisme militaire, ou si, par des moyens constitutionnels, nous pourrons monter notre gouvernement à un ton suffisamment vigoureux pour la conduite des intérêts nationaux '^. » — « Les faux principes qu'on a honorés du nom de principes républicains — ennemis de tout gouvernement et irrémédiablement fatals à tout gouvernement — n'ont été adoptés que pour
I. T. Il, p. /|()S. Lt'ltre ù M. Mountflorencc (aS juin i8od).
'À. T. II, p. 'iifi. — 3. Gi-dessus, ]). ,'iji. — !\. T. U, p. 5^."», 5'|0.
:>. T. II, p. V'8.
amener les honnêtes gens, par des degrés insensibles mais sûrs, à abjurer les principes de noire Constitution et à coopérer à leur propre soumission aux aristocraties de Virginie et de New- York. Ce que j*ai dit peut vous pousser à me laisser dans un coin comme un grognon, mais en ce point vous seriez déçu. 11 y a toujours dans les affaires humaines un contre-courant qui s'oppose au bien comme au mal. Tant que durera la forme républicaine, nous ne serons pas trop mal gouvernés, et, lorsque nous serons de nouveau lancés en plein sur la mer tempétueuse de la liberté, notre Gromwell ou notre Bonaparte devra, pour complaire aux habitudes nationales, nous donner tout au moins un pouvoir judiciaire indépendant et quelque chose comme une représentation du peuple*. »
D'ailleurs à côté de ses craintes il trouvait quelques raisons de se rassurer ; il y a des chances pour que la nation se reprenne elle-même et l'homme d'État héroïque, comme un chirurgien intrépide, n'hésite pas à compter parmi les stimulants possibles même une attaque de l'étranger : « Notre population est dispersée et (permettez-moi une comparaison grossière) comme la petite bière, plus sujette à la fermentation acide qu'à la spiritueuse. Il est probable que le relâchement des mœurs influera surtout sur l'administration de la justice, sera caractérisé par la fraude plus que par la violence et finira en bassesse plutôt qu'en tyrannie. Mais il y a, comme vous le savez, un point de dépression, arrivées auquel les choses retournent en sens contraire. Il y a aussi des chances qui peuvent nous toucher avant que nous atteignions ce point ultime. Faisant partie de la grande famille des nations, notre famille ne peut ignorer notre condition. Elle doit s'apercevoir que, sans force pour protéger un territoire et un commerce très étendus, sans sagesse ni vigueur dans nos conseils, nous ofl'rons un bel objet à sa cupidité. Si nous ne recevons pas de larges indications en ce sens dans dix ans, cela pourra être compté au nombre des phénomènes moraux ^. »
Ce qui le préoccupe surtout c'est la nécessité d'une aristocratie dans une république. Ses théories à cet égard sont plus