‹ Gouverneur MorrisChapitre 3 sur 150 · I. Derniers essais de critique et d'histoire, iSgii, p · texte numérisé non relu

I. Derniers essais de critique et d'histoire, iSgii, p

dans ce dernier pays de nombreuses connaissances. Il y arrivait précédé d'une réputation bien établie. Ce n'était pas seulement un homme politique^ mais aussi un publiciste : il avait publié des essais substantiels et originaux sur le papier-monnaie et les banques ; Hamilton l'avait sollicité, mais en vain, de collaborer au Fédéraliste^.

On peut ajouter que lorsqu'il arriva en France, Morris •était un parfait gentleman, doué d'un visage vif et charmant* •et d'un esprit mondain des plus agréables : on verra plus loin <[ue ces détails ne sont pas inutiles. Une seule chose le déparait. En 1780 il avait été victime d'un accident de voiture dans les rues de Philadelphie et avait eu une jambe brisée. Les chirurgiens, peut-être avec trop de précipitation, avaient Jugé nécessaire une amputation au-dessous du genou qui fut •opérée avec succès ^. Morris avait donc une jambe de bois des plus simples*, un vulgaire «. pilon », comme dit le peuple. Clette jambe de bois, qui ne paraît pas avoir gêné son activité physique, joue un certain rôle dans son histoire. Le dernier éditeur de son journal,. Miss Anne Gary Morris, raconte que « au temps de son ambassade à Paris, alors que les voitures étaient proscrites comme aristocratiques et que toute personne allant €n voiture courait de grands risques, Morris, qui parait avoir toujours défié la foule, tout en n'ayant aucun goût pour y laisser sa peau, se faisait conduire en voiture par les rues, escorté des huées et des cris de «c l'aristocrate » . Alors, ouvrant 'tranquillement la portière de sa voiture, il sortit sa jambe de bois et dit : « Un aristocrate ? oui vraiment, qui a perdu sa jambe pour la cause de la liberté américaine. » La foule éclata en applaudissements» ^.

D'autres fois cette jambe de bois faillit lui jouer de mauvais tours. Lorsqu'en 1792 41 fut nommé ministre plénipotentiaire des États-Unis en France, et qu'il dut, en cette qualité, être solennellement présenté à Louis XYl, il demanda,

Page 1