‹ Gouverneur MorrisChapitre 77 sur 150 · Mémoires, t. II, p. 228 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II, p. 228 et suiv

LA LÉGISLATIVE. — LE lo AOUT 289

La seconde tentative eut lieu le 7 août : « Notre conférence, dit Malouet, avait pour objet de tenter un nouvel effort pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire à Pontoise. Avertis fort en détail de tous les préparatifs du

10 août, nous nous étions rassemblés dès le matin chez M. de Montmorin. Il avait écrit au roi pour lui en faire part et lui dire qu'il n'y avait plus à reculer ' . ». Et Malouet décrit le plan de l'opération. Le roi refusa encore, et Montmorin n'obtint rien en allant au château ; cette fois même Mme Elisabeth ne voulait point partir. Elle apprit à Montmorin « que l'insurrection n'aurait point Heu, que Pétion et Santerre s'y étaient engagés ».

Évidemment, dans l'intelligence bornée et hésitante de Louis XVI c'était une idée fixe que de ne point engager la lutte armée avec ses sujets. On peut même retrouver la genèse de cette idée : « Il blâmait Charles I, dit Malouet, d'avoir pris les armes contre ses sujets et il ne voulait pas l'imiter.

11 se résignait à souffrir plutôt qu'à être considéré comme promoteur d'une guerre civile ; il n'avait pas contre les constitutionnels une aversion aussi prononcée que la reine et Mme Elisabeth '^. » Cela est encore précisé dans les Souvenirs de Moreau : « J'ai presque été fâché, écrit celui-ci, que mon ami Le Moine de Clermont, qui lui avait appris l'anglais, lui eût prêté les Mémoires de Clarendon, qu'il lut dans leur langue originale et qu'il médita beaucoup trop. Il ne perdit jamais de vue la mort de Charles I et l'échafaud de Westminster. « Je suis menacé du même sorty se disait-il ; s'i7 « existe un moyen de l'éviter, c'est de faire tout le contraire de ce « que fit cet infortuné monarque^. » Déchaîner les souverains étrangers contre la France, lui paraissait sans doute permis et dans tous les cas, cela ne rentrait pas dans le précédent.

Morris fut probablement mêlé aux deux tentatives signalées plus haut ; il faisait partie du groupe auquel appartenaient Montmorin et Malouet et d'ailleurs pour l'une d'elles, nous en trouverons bientôt l'aveu précis. Mais il avait aussi son

I. Mémoires, t. II, p. 28 ï. — 2. Mémoires, t. II, p. 229. 3. Souvenirs, t. II, p. 467.

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action personnelle à l'égard de la Cour, avec laquelle il avait maintenant des relations suivies. Il correspondait par Montmorin avec le roi, et écrivait souvent et directement à celuici * . Il correspondait avec la reine par Vicq d* Azyr et par Mme de Tarente. Lorsqu'il devint ambassadeur il eut des facilités nouvelles pour pénétrer à la Cour. Dans l'intérêt de la monarchie et du monarque, il s'employa surtout à deux choses.

En premier lieu, il chercha pour le roi des défenseurs utiles et énergiques. Ce qu'il voulait c'était un véritable coup d'État, mais il le voulait partant du centre s'il était possible, et régulièrement accompli par un ministère énergique. Ce n'était que comme pis aller qu'il songeait à s'adresser à des généraux isolés. Aussi cherche-t-il constamment à relever les courages, a piquer d'honneur les hommes : il offre à toute occasion, l'entreprise. C'est ainsi que le 22 octobre 1791 il chapitre Montmorin : « Je lui dis qu'il s'est fait beaucoup de tort auprès de son ordre, en tant que noble ; qu'il doit rester en place jusqu'à ce que sa réputation soit rétablie à leurs yeux ; et que l'envoi de Tabbé de Montesquiou près des princes, pour savoir quelle Constitution ils désirent, lui serait d'un grand secours à cet effet ^. » Le 2 1 décembre suivant, c'est Delessart qu'il entreprend : « Delessart, le ministre des Affaires étrangères, est chez Mme de Montmorin cette après-midi, et comme nous remuons pas mal de choses dans la conversation, après dîner, je finis, en m'en allant, par lui dire que le roi est la seule pièce de bois qui flotte encore dans le naufrage universel. Il dit qu'il commence à le croire. Je recommande au ministre de la Marine de ramener à Paris les troupes suisses, sous le prétexte qu'elles sont trop aristocrates pour qu'on puisse se fier à elles aux frontières. Elles maintiendront l'ordre ici dans la confusion générale à laquelle on peut s'attendre. Je recommande que, sous un semblable prétexte, la cavalerie soit amenée dans un cercle intérieur. Il approuve cela^. » Le i3 mars 1792, il dîne en Angleterre avec Jaubert : « Je lui dis qu'ils devraient avoir pour ministre de la

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