‹ Gracchus Babeuf et la conjuration des ÉgauxChapitre 1 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Un moment avant la déclaration du jury qui était pour eux un arrêt de mort, Babeuf et Darthé reçurent de Buonarroti, sur les bancs de la haute cour de Vendôme, devant la hache aristocratique qui allait les frapper, le serment de venger leur mémoire.

D'autres devoirs, une longue et rigoureuse détention suivie d'une surveillance plus longue , empêchèrent d'abord Buonarroti de s'acquitter de cette obligation. En 1828 seulement, il put tenir sa promesse et publia un ouvrage en deux volumes sous ce titre : Histoire de la conspiration pour Végalilé^ dite de Babeuf, suivie du procès auquel elle a donné lieu. Les deux premières éditions de cet ouviage parurent à Londres et à Bruxelles. Une troisième fut publiée à Paris, en 1830, parles frères Baudouin, et fait partie de leur collection de Mémoires sur la Révolution française. Eu 1842, il en fut

publié un abrégé contenant exclusivement la partie économique. En 1850, un éditeur, M. Gharavay, qui par ses opinions se rattachait au groupe politique dont Buonarroti fut si longtemps l'âme, reproduisit dans une édition populaire l'histoire de la conspiration et du procès telle que Buonarroti l'avait écrite, en retranchant des notes inutiles et presque toutes les pièces justificatives qui sont fort nombreuses. M. Gharavay, en outre, rétablit Je premier le nom de plusieurs personnages qui étaient encore vivants au moment où Buonarroti écrivait, et qu'il n'avait désignés que par des anagrammes. Toutes ces éditions sont épuisées, et il serait presque impossible de s'en procurer un exemplaire. Il en est de même du procès en six gros volumes qui fut publié par les soins du gouvernement. Une collection des, grands procès politiques ne pouvait pas ne pas contenir celui de Gracchus Babeuf et des Égaux. Je réimprime donc à mon tour le récit de Buonarroti dans toutes ses parlies essentielles. J'ai seulement abrégé quelques passages où ce grand citoyen, qui était plus homme d'action qu'écrivain, se répète. J'ai aussi ajouté quelques notes qui m'ont paru indispensables, en ayant soin de les distinguer de celles de Buonarroti luimême.

La conspiration des Égaux est le dernier effort tenté par les Républicains pour enrayer la contre -révolution. Après cette tentative avortée, la réaction triomphe définitivement

et la trahison permanente des gouvernements prépare les voies à la fourberie, à l'audace de Bonaparte. Si les directeurs à défaut de patriotisme eussent eu quelque sens politique, Bonaparte, à son retour d'Egypte, eût été dans les vingt-quatre heures traduit devant un conseil de guerre et fusillé. Mais les gouvernements dits modérés n'agissent jamais autrement. Impitoyables envers les amis du peuple, ils n'ont pour les aristocrates que complaisances et caresses. Nous avons vu les même» choses en 1848. On flattait, on encourageait les royalistes et on envoyait Ics Républicains sur les pontons.

Les ennemis de la Révolution ont affecté de voir dans la conspiration de Babeuf un mouvement purement communiste. Ils ont dit que les Babouvistes voulaient la suppression immédiate et radicale de la propriété individuelle. C'est une double erreur. Buonarroti s'est expliqué nettement sur ce point : « Nul, dit-il, ne nous fera l'injure de penser que nous eussions le fol espoir de voir nos principes mis en pratique par un seul coup de baguette et par un acte semblable à celui de la création. Nous ne nous dissimulions pas les obstacles que nous avions à vaincre, mais nous étions convaincus que la réforme projetée était le seul moyen de fonder une république vigoureuse et durable, et nous voyions dans les progrès de l'esprit public, dans l'activité renaissante des éléments révolutionnaires, dans la réunion des démocrates, dans l'extrême mécontentement du peuple et dans le courage des citoyens dévoués, des matériaux suffisants pour commencer et pour consolider succès- ivement la révolution dont nous avions jeté les fondements. »

Babeuf et ses amis fondaient en effet leur principal espoir sur l'union des démocrates, et, c'est le caractère frappant de la conjuration des Égaux que toutes les nuances du

parti révolutionnaire s'y trouvèrent confondues. On travaillait au rétablissement de la Constitution de 1793, et dans cette œuvre commune les anciens montagnards tels qu'Antonelle, Amar, Ricord, etc., les amis d'Hébert et de Chaumette, les partisans de Robespierre, donnaient la main aux égalitaires purs. Tous étaient d'accord que la Constitution de 1793 devait être la première étape de la Révolution reprenant son cours pour ne plus s'arrêter. Il n'y avait pas en France à cette ép(Jque, dit quelque part Buonarroti, un véritable républicain qui ne fût conspirateur ou prêt à le devenir. Cet admirable accord de tous les patriotes, cette unanimité du peuple parisien dont les rapports des agents du comité insurrecteur donnent à chaque instant la preuve, encourageaient les chefs du mouvement. Ce fut aussi ce qui les perdit, en leur donnant trop de confiance. On se croyait sûr du succès, à la seule condition de ne pas attaquer prématurément, et on conspira pour ainsi dire à ciel ouvert. Au centre, les agissements étaient secrets, mais l'agitation qui se communiquait aux extrémités était trop peu dissimulée pour échapper à l'œil des gouvernants. Peut-être aussi perdit-on trop de temps, parce qu'on ne voulait agir qu'à coup sûr, après avoir tout organisé pour l'attaque, après s'être créé partout, au sein même du gouvernement et dans l'armée, des intelligences.

Le comité insurrecteur comptait sur l'armée, principalement sur la légion de police où il y avait beaucoup de patriotes et sur le camp de Grenelle. C'était là une funeste erreur dans laquelle le traître Grisel, capitaine au troisième bataillon de la trente-huitième demi-brigade, entretint le comité. La nécessité où i'ou se croyait de se concilier l'armée fît que ce misérable fut jugé indispensable. On pensait qu'il pouvait beaucoup ; on lui laissa pénétrer les ressorts intimes de

l'affaire. Au moins Babeuf et ses amis étaient-ils excusables de croire aux soldats. Les enseignements leur manquaient ; ils avaient vu les armées de la Révolution ; ils n'avaient vu ni le 18 brumaire ni le 2 décembre. Singulière illusion que celle des armées démocratiques ! Aux élections de 1849 et de 1851, presque tous les régiments donnèrent la majorité aux candidats républicains- socialistes. On sait à quoi cela nous a servi. Quand l'autorité se dissout elle-même, quand le gouvernement perd la tête et se désorganise, il peut arriver comme en 1848 que les soldats lèvent la crosse en l'air. Mais toutes les fois que le gouvernement ne s'abandonne pas lui-même, l'armée ne lui manque pas; c'est duperie en France que d'espérer le contraire.

La trahison de Grisel seul n'eût pas suffi probablement à perdre la conjuration. La faute capitale du comité insurrecteur me paraît d'avoir accepté ou demandé dans une certaine mesure le concours de certains membres du gouvernement, tels que Barras. Jusqu'où alla l'entente entre les Babouvistes d'une part et de l'autre Barras, Fouché et Bonaparte, on ne le peut déterminer avec exactitude, Buonarroti, soit qu'il n'eût pas tout su, soit volontairement, a gardé sur ce point une grande réserve dans son écrit. Je ne crois pas qu'il s'en soit non plus ouvert dans la suite à aucun de ses amis. Il est certain que le 30 germinal, Barras eut une conférence avec Darthé, et que le 20 floréal, la veille même de l'arrestation des conjurés, il s'entretint longuement avec Germain, l'un des organisateurs du mouvement ; c'était probablement Fouché qui avait servi d'intermédiaire. Quant à Bonaparte, il avait eu antérieurement des relations presque intimes avec Buonarroti, et il y a dans l'admirable défense de Germain un passage très-curieux d'où il ressort que ces honnêtes gens n'étaient pas encore suffisamment édifiés sur le compte du

futur empereur. Il est très-probable qu'au dernier moment le cœur faillit à Barras, peut-être à cause des révélations de Grisel qui le surprirent. Quoi qu'il en soit, si le comité insurrecleur avait agi plus tôt, et ne s'était pas laissé gagner de vitesse par le Directoire, les choses eussent certainement changé de face.

Ce qu'il y a de vraiment ingénieux et de profondément habile dans le plan du comité insurrecteur, c'est la série de mesures qui devaient suivre le combat. Toutes ces mesures n'avaient qu'un but : armer la révolution, organiser les forces populaires ; désarmer la contre-révolution, désorganiser les forces aristocratiques. Agir autrement, c'est se condamner à une défaite certaine. Supposez un pays où la bourgeoisie est fortement constituée. Une révolution qui ne profite pas des premiers jours de la victoire pour désarmer cette bourgeoisie et la mettre hors d'état de nuire est une révolution vaincue d'avance. J'entends par bourgeoisie l'ensemble des privilégiés et des oisifs. Quiconque est oisif, quiconque jouit d'un privilège dont il ne veut pas se dessaisir est bourgeois dans le mauvais sens du mot et contre-révolutionnaire.

Babeuf et ses coaccusés comparurent devant la haute cour de Vendôme. Les accusateurs publics, que Buonarroti ne nomme pas, étaient les citoyens Viellart et Bailly. C'est peutêtre la première fois qu'apparaît en France un genre nouveau

d'éloquence dont on a vu depuis de si beaux modèles, et l'on peut dire qu'à Vendôme fut fondée l'institution du ministère public, tel qu'il a fleuri jusqu'à nos jours. Seulement les accusés avaient plus de libertés qu'ils n'en ont aujourd'hui. C'est ainsi qu'à l'une des premières audiences, Babeuf interrompit ainsi l'interminable exposé de l'accusation :

« Président, je demande qu'on nous fasse grâce du reste de ces horreurs, attendu qu'il est trois heures et demie. »

Sur quoi Amar intervint : « Non, dit-il, il faut qu'on connaisse quel est l'esprit de l'accusateur national Viellart, sa haine contre le peuple, la liberté et l'égalité ; les atroces injures qu'il a vomies contre le fondateur de la République seront une accusation contre lui ; il faut que sa bassesse et sa lâcheté soient mises au jour et nous lui répondrons! »

Les accusés avaient quelque 5 défenseurs officieux, c'était le terme consacré, parmi lesquels. Real, un des premiers avocats du temps, qui fut plus tard Id Real de l'Empire, le Real de la police et du conseil d'État. Il combattit l'accusation pied à pied avec beaucoup d'énergie; mais Babeuf, Buonarroti, Germain, Antonelle et les autres n'eurent garde de se subordonner à lui et de le laisser se placer au premier plan de la défense. Real parla en avocat; les accusés en hommes politiques. La défense la plus remarquable est celle de Germain. Babeuf et Buonarroti prirent la parole souvent, soit dans leur intérêt, soit dans celui de leurs coaccusés. Darthé se tint dans une attitude méprisante ; il dédaigna presque de se défendre.

Le capitaine Grisel, traître et mouchard, déposa avec une rare impudence ; il avait toute honte bue. On ne sait ce qu'est devenu ce misérable ; cependant il y a sur son compte une sorte de légende qui avait cours dans ces dernières années parmi les survivants du groupe babouviste. On racontait que

Grisel avait été sous la Restauration tué en duel par Emile Babeuf, celui des enfants de Gracchus Babeuf, qui édita à Paris, aux environs de 1830, plusieurs publications démocratiques. Je n'ai pu vérifier le fait.

On verra dans le récit de Buonarroti qu'il s'en fallut de peu que tous les accusés fussent acquittés. Babeuf et Darthé seuls, furent condamnés à mort ; voulant échapper à l'échafaud, ils se frappèrent à l'audience même ; mais les armes dont ils se servirent n'étaient pas assez sûres, et on put les traîner à la guillotine.... On lit dans quelques biographies que Babeuf était déjk mort, lorsque le couperet le frappa; mais Buonarrotti, si cette assertion était exacte, n'aurait pas manqué d'en parler. Ce n'est pas que les accusateurs publics Viellart et Bailly ne fussent capables de cette monstruosité de faire guillotiner un cadavre. Ne connaît-on pas le mot terrible du procureur général Mangin, à Poitiers, lors de l'affaire Berton. Un des condamnés à mort, le médecin Caffé, dans la nuit même qui précédait l'exécution, se coupa l'artère crurale avec une lancette que son jeune iils lui avait apportée cachée dans ses cheveux. Le matin, lorsqu'on entra dans sa cellule, on le trouva baigné dans son sang et sans connaissance. On alla porter la nouvelle au procureur général Mangin qui, dans sa rage, s'écria : « S'il lui reste un souffle de vie, qu'on le porte à l'échafaud. » Laubardemont ne meurt pas.

Neuf accusés avaient été déclarés coupables par le jury. Gracchus Babeuf et Augustin -Alexandre Darthé étaient condamnés kmort; Philippe Buonarroti , Charles-Antoine- Guillaume Germain, Just Moroy , Jean -Baptiste Cazin, Louis-Jacques Blondeau, Bouin et Menessier à la peine de la déportation, ces deux derniers par contumace.

Les condamnés, transférés au fort de Cherbourg, y atten-

dirent longtemps leur départ pour la Guyane. Cela aurait probablement coûté trop cher; car, en l'an vni, on les transporta k l'île d'Oléron, d'où Buonarroti fut ensuite enlevé pour être soumis à une simple surveillance dans une ville de l'Est. On a attribué cette mesure, les uns à Bonaparte, qui avait été le camarade de chambre et de lit de Buonarroti, les autres à Foucbé, qui chercha toujours à avoir des intelligences parmi les révolutionnaires. Buonarroti, sur lequel il nous faut maintenant donner quelques détails, était né à Pise, le 11 novembre 1760. Exilé parle grand-duc Léopold, dans les premières années de la révolution, il se réfugia en Corse, où il publia un journal, YAmi de la liberté italienne. Il vint à Paris vers la fin de 1792, avec Salicetti, qui venait d'être nommé représentant du peuple, et, peu de temps après son arrivée, la Convention, par un décret solennel, lui décerna la qualité de Français. En 1793, il fut envoyé en Corse avec des pouvoirs extraordinaires. La réaction du 9 thermidor lui devait être fatale : en effet, il fut arrêté et détenu k la prison du Plessis jusqu'au 17 vendémiaire an iv. Quel usage il fit de la liberté qui lui fut alors rendue , il s'est chargé luimême de nous l'apprendre, et on le verra dans ce volume I * En 1806, disent les biographies, Buonarroti se réfugia à Genève, et il y professait paisiblement les mathématiques et la musique, lorsque la diplomatie européenne, toute-puissante sur les petites républiques suisses, vint, à la suite des événements de 1815, forcer la patrie de Bousseau k devenir inhospitalière envers un descendant de Michel-Ange. Buonarroti, réduit k chercher un nouvel asile, se fixa en Belgique, où il vécut de sa profession de compositeur de musique , et publia, en 1828, son livre de la Conspiration de Babeuf. Il rentra en France en 1830, et continua d'y vivre du produit de ses leçons. Il y mourut en 1837, k l'âge de soixante-dix-

sept ans, avec toute sa mémoire et toute son intelligence, inébranlablement fidèle aux principes de toute sa vie. »

Ce que les biographies ne disent pas, et ce que savent bien tous les survivants des luttes de la liberté sous la Restauration et la monarchie de Juillet, c'est que depuis le jour où il quitta l'île d'OIéron jusqu'à sa mort, Philippe Buonarroti ne cessa d'exercer une influence considérable sur le parti révolutionnaire, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe. La Jeune-Italie et M. Mazzini relèvent de cette action initiatrice, ainsi que les sociétés secrètes qui furent plus tard dirigées à Paris par MM. Blanqui et Barbés. L'espace me manque ici, mais j'espère publier bientôt YHistoire de la républiqm en France, depuis le 18 brumaire jusqu'au 24 février 1848, et montrer quelle place importante tiennent dans ces fastes de la république vaincue et combattant toujours, Buonarroti et ses amis, ceux enfin qu'on appelle dédaigneusement les Babouvistes.

De Genève, où il s'était établi, Buonarroti, qui était un des chefs principaux de la Gharbonnerie, servait de lien entre les ventes françaises et les ventes italiennes. On en trouve une preuve bien significative dans les mémoires du célèbre prisonnier d'État, Alexandre Andryane, le compagnon de ce pleurard de Silvio Pellico et de Maroncelli. En France, les deux hommes qui, à cette époque, s'associaient le plus intimement aux idées et à l'action de Buonarroti , étaient MM. Voyer d'Argenson et Charles Teste. M. Voyer d'Argenson, qui, en 1803, présidait le collège électoral de la Vienne, refusa d'aller complimenter Napoléon, qui, nommé député, ne prêta serment à la Restauration que « sous la réserve de l'imprescriptible souveraineté du peuple, » qui après 1830 , réélu à la Chambre des députés, jura fidélité à Louis-Philippe , « sauf les progrès et la raison publique , »

M. Voyer d'Argenson est mort en 184?. C'est chez lui que Buonarroti vécut paisiblement ses derniers jours. Charles Teste était le frère du trop fameux ministre des travaux publics condamné pour concussion par la cour des Pairs. Son nom est presque inconnu de la génération nouvelle. Pourtant, nul ne prit une part plus active à la révolution de 1830, et il ne tint pas à lui que Lafayette ne se laissâtpas jouer par Louis-Philippe. Charles Teste, défenseur comme Buonarroti et Voyer d'Argenson, des accusés d'avril, révolutionnaire et socialiste jusqu'à son dernier sou'fle, est mort à la fin de 1848. La douleur que cet honnête homme ressentit de la condamnation de son frère, le désespoir que lui causèrent les massacres de juin et les transportations sans jugement, avancèrent sa vie. Après lui, le groupe des représentants à l'Assemblée législative, dont faisaient partie, entre autres, MM. Charassin et Benoît du Rhône, paraît avoir relevé plus ou moins directement du mouvement babouviste. Le reste est de l'histoire contemporaine et je m'arrête.

En 1828, Buonarroti écrivait:

« Fortement lié à Babeuf et à Darthé par la conformité de nos sentiments, je partageai leur conviction et leurs efforts, et si nous nous trompions, notre erreur était au moins complète : ils y persévérèrent jusqu'au tombeau, et moi, après y avoir depuis et longtemps réfléchi, je suis demeuré convaincu que cette égalité qu'ils chérissaient, est la seule institution propre à concilier tous les vrais besoins, à bien diriger les passions utiles, à enchaîner les passions dangereuses, et à donner à la société une forme libre, heureuse, paisible et durable, »

On pourra traiter Buonarroti de rêveur, et répudier comme trop primitifs, les moyens imaginés par Babeuf pour réformer la société; qu'importe? C'est grâce aux Babouvis-

tes que, pendant le premier Empire et la Restauration, la tradition révolutionnaire n'a pas été un seul instant interrompue, et que dès les premiers jours de 1830, le parti républicain s'est trouvé reconstitué. Ils ont affirmé, au prix de leur sang, la nécessité prochaine d'une civilisation exclusivement fondée sur le travail et la justice. En même temps, révolutionnaires intraitables, ils n'ont jamais admis que la question sociale et la question politique pussent être un seul instant séparées. Enfin, sans relâche, sans jamais se laisser abattre, avec une invincible fermeté, ils ont marché vers leur but, qui était la République, c'est-à-dire l'Égalité.

A. Rang.

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