‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 1 sur 128 · BON VOYAGE · texte numérisé non relu

BON VOYAGE

Ainsi, déjà lassées De mon toit familier, mes douces pensées.

Vous quittez, insensées.

L'asile hospitalier?

Ainsi, graines légères.

Vous désirez partir.

Et, folles passagères.

Aux rives étrangères, Fuir avec le zéphyr?

Mes filles, bonne chance !

Et là-bas, puissiez-vous.

Dans ce monde où s'élance Déjà votre espérance, Ne pas manquer l'époux !

Sur ce lointain rivage Que le ciel vous soit doux !

Mes filles, bon voyage !

Mais il serait plus sage De demeurer chez nous.

Graines moins dégourdies Courent moins de danger ; Craignez, mes étourdies, Les critiques hardies Et l'œil de l'étranger.

L'étranger n'est point père, Et, juge indifférent.

Ou celui-ci tempère.

Ménage, excuse, espère, Lui, voit juste et dit franc.

Le père, âme charmée, Voit rose aussi le brun, Croit le feu sans fumée, il te trouve embaumée, graine sans parfum.

Ce qu'on voit à la inonde Ânx filles arriver»

Que Ton présente au monde, Comment, ô graine blonde, Pourras^tu Tesquiver?

— c Sous l'aigrette mobile Son front pur est. d'argent ; Une âme de sibylle Vifrdans ce corps débile! »

Dit le père indulgent.

— « Non, Taigrette inutile Pare un front indigent :

Pas d'âme, esprit futile, Fond nul, langue subtile ! »

Dit le juge exigeant.

Pareilles destinées Vous menacent au port.

Par l'espoir dominées, Voulez-vous, obstinées.

Toujours tenter le sort?

N'étes-vous point troublées?

Non? vous voulez partir?

Adieu, chansons ailées, Mes graines envolées.

Je vous livre au zéphyr.

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