‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 103 sur 128 · CXII. — BESOIN D'ESPACE · texte numérisé non relu

CXII. — BESOIN D'ESPACE

La pensée sans poésie et la vie sans^ infini, c'est comme un paysage sans ciel : on y étouffe.

CXni. — LES PROCÉDÉS.

Les procédés sont chose grave, car d'un côté ils sont comme la signature de l'individu et indiquent ce que vous êtes, et de l'autre ils révèlent l'estime que vous faites d'autruî. Leur importance tient précisément à ce qu'ils sont facultatifs. Aussi , ce que l'on pardonne souvent le moins, les femmes surtout , ce sont les torts de procédés. Qu'ils proviennent ou d'une certaine rusticité de nature, ou d'un manque d'éducation , ou d'une intention désobligeante, n'importe. Involontaires, ils choquent ; volontaires, ils blessent : voilà toute la différence.

GXIY. — SUPÉRIOBITÉ.

Qu'on soit d'abord ce qu'on doit être dans chaque position donnée, avant de chercher à^tre plus : c'est la méthode des maîtres et le signe de la vraie supériorité.

GXY. — LA PAROLE.

Quelle n'est pas l'importance des premiers dialogues dans la première enfance , et que nous devrions mieux la sentir ! L'innocence et l'enÊince

sont sacrées. Le semeur qui jette le grain, le père ou la mère qui jette la parole féconde» accomplissent un acte de pontife et ne devraient le faire qu'avec religion, avec prière et gravité, car ils travaillent au règne de Dieu. Toute semaille est une chose mystérieuse, qu'elle tombe dans le sol ou dans les âmes. L'homme est un colon ; toute son œuvre, à la bien prendre, est de développer la vie, de la semer partout ; c'est la mission de l'humanité, et cette mission est divine. Son grand moyen est la parole. Nous oublions trop souvent que le langage est à la fois un ensemencement et une révélation. L'influence d'un mot , dit à son heure , n'est-elle pas incalculable? la parole! chose profonde, mais nous sommes obtus, parce que nous sommes charnels. Nous voyons les pierres et les arbres du chemin , les meubles de nos maisons , tout ce qui est chose et matière ; nous ne distinguons pas les phalanges des idées invisibles qui peuplent l'air et battent perpétuellement de l'aile autour de chacun de nous.

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