‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 4 sur 128 · L« PETITE GLANEUSE · texte numérisé non relu

L« PETITE GLANEUSE

A M. Henri Blanvalet.

Sois bien sage, dors, petit frère ; A la vitre baisse le jour ; Sans pleurer, attends mon retour Dans ta couchette solitaire.

Partons; lui, du moins, n'a pas faim; La moisson, 'bien sûr, fut superbe ; Cherchons les miettes de la gerbe ; Chaque épi fait un peu de pain.

La nuit arrive et je suis seule !

La mère en rentrant va gronder; Pauvre, elle défend de Taider A mettre du grain sous la meule.

Si de blé mon tablier plein.

Pouvait faire oublier mon âge!...

Allons, allons! vite à l'ouvrage !

Chaque épi fait un peu de pain.

A vous glaner, moi la dernière, Épis, épis, me fuyez-vous?

Vous serez bien venus chez nous, Car chez nous il n'est plus de père.

D'étoiles au ciel quel essaim !

Ah ! que n'étes-vous en tel nombre !

Le ciel serait ce champ dans l'ombre !

Chaque épi fait un peu de pain.

Des oiseaux que dans la verdure J'entends chanter l'hymne du soir, Nul ne connaît le désespoir.

Tous ont trouvé nid et pâture ; Dans les champs, comme eux, brin à brin.

Seigneur, je becqueté ma vie ; Ouvre pour tous ta main amie !

Chaque épi fait un peu de pain.

Quel bonheur ! moi, petite fille, Chez nous, mains pleines, revenir!

J'entends la mère me bénir ; Dans le four la flamme pétille.

Tout mon cœur chante dans mon sein, A sa joie il ne peut suffire ; Chaque épi me vaut un sourire ; Chaque épi fait un peu de pain !

Berlin 1845.

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