‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 56 sur 128 · XXXII. — LE COUP D'OEIL · texte numérisé non relu

XXXII. — LE COUP D'OEIL

Ce qu'on appelle le coup d'œil est un don précieux. Saisissant à la fois le principe et l'étendue des choses, le but et le moyen, la notion simple et son développement, découvrant l'arbre dans le germe et le germe dans l'arbre, le fait dans l'idée et ridée dans le fait, — le coup d'œil, ce rayon clair, perçant et vif, est le travail abrégé, l'expérience anticipée, l'examen moins sa lenteur, ses circuits et ses doutes. L'intuition, indispensable à l'orateur, au spéculateur, au général, à l'homme d'action, est presque aussi capitale pour l'artiste, pour le savant et pour l'inventeur en tout genre; car en tout genre, voir juste, loin et vite, constitue la supériorité. Le coup d'œil c'est la moitié la plus évidente du génie, si la patience, selon Buffon, est l'autre moitié.

Page 1