XXXVIII. — ANALYSE MUSICALE
Hier au soir, entendu le Fidelio de Beethoven, avec deux des quatre ouvertures composées par le grand maître pour son unique essai dramatique. Douce et pénétrante soirée ! Il faut se sentir bon et sympathique pour comprendre cette musique profonde, où l'harmonie célèbre ses noces éternelles. La première ouverture, colossale, est trop grande pour que j'en aie pu saisir Vidée à une première audition. La seconde ouverture (dite de Lénore) m'a arraché des larmes. J'ai cru entendre chanter le chœur des sphères ; je me suis vu vermisseau noyé dans l'azur et la lumière du monde, plongé dans l'immensité divine, submergé d'adoration et d'amour. Jamais Tinfini ne m'avait envahi plus complètement.
Ce smr, k la seconde fois, j'ai compris les deoK ouvertures. La première, la grande, signifie : Mélancolie: la seconde : Espérance. Tontes deux jaillissent du centre du sujet, du cœur de Lénore. L'une dit : Triompherai-je^ l'antre : Je triomphe' rai. Dans la première, Lénore recueillie en ellemême, opprimée par le sentiment de la destinée, et Tisitée par trois ou quatre pensées inquiètes, interroge le sort et se réfugie enfin dans la conviction de la justice de Dieu. Dans la seconde, Lénore est joyeuse dès le début ; Dieu est là, la Providence veille sur Finnocence ; nous pouvons être éprouvés un temps, mais nous sommes sûrs de la victoire. L'âme confiante se laisse aussi entraîner un moment à la rêverie, mais c'est l'adoration, l'harmonie de la nature, qui fait le fond de sa rêverie. La première ouverture enferme ses évolutions d'inquiétude passagère et d'espérance fugitive dans le ton fondamental de la mélancolie ; la seconde enferme sa mélancolie en dedans de l'allégresse. Ces deux Lénores sont de caractère difierent, toutes les deux élevées et idéales, mais la première d'une nature plus profonde.