LXXXVI. — DOUBLE RÔLE DBS FEMMES
Ainsi, chose curieuse, les femmes sont à la fois le sexe le plus semblable à lui-même et le plus différent ; le plus semblable au point de vue moral, le plus différent au point de vue social ; confrérie dans le premier cas, hiérarchie dans le second. Tous les degrés de culture , toutes les conditions se reconnaissent nettement dans leur extérieur, leurs manières et leurs goûts ; mais la fraternité intérieure se retrouve dans leurs sentiments, leurs instincts et leurs désirs. Le sexe féminin représente ainsi en même temps l'égalité naturelle et l'inégalité historique. Il maintient l'unité de l'espèce et sépare les catégories de la société ; il rapproche et divise , il agrège et disjoint ; il fait les castes et les brise, suivant qu'il incline à simplifier dans un sens ou dans l'autre son rôle double. — C'est que, au fond, la femme a essentiellement une mission conservatrice ; mais elle conserve sans discerner. D'un côté eite conserve l'œuvre de Dieu, ce qu'il a de permanent, d'élevé, de vraiment humain dans l'homme, la poésie, la religion, la vertu, la tendresse ; de l'autre, elle conserve l'œuvre des
circonstances, ce qu'il y a de passager , de local, d'artificiel dans la société, c'est-à-dire les usages, les ridicules, les préjugés, les petitesses. Elle entoure donc de la même foi respectueuse et tenace le sérieux et le frivole, le bon et le mauvais. Que voulez-vous ? Isolez, si vous le pouvez, le feu de la fumée. C'est ici une loi providentielle, bonne par conséquent. — La femme conserve, elle est la tradition , comme l'homme est le progrès. Or, s'il n'y a pas de famille et pas d'humanité sans les deux sexes, sans ces deux forces il n'y a pas d'Histoire. L'Histoire a pour père le Progrès et pour mère la Tradition ; ttéez l'un des parents, et vous tuez la fuie. — Ainsi, à chaque sexe son lot dans l'œuvre commune de la race.