EXTRAIT DE LA PRÉFACE
de la troisième édition
Une première ébauche de cet ouvrage a paru à Lausanne en 4851 sous le titre de : Grammaire française, ouvrage destiné à servir de hase à renseignement scientifique de la langue (1** partie). C'était une tentative hardie, mais prématurée, d'appliquer la méthode historique à l'étude de la grammaire. Aussi notre essai n'obtint-il qu'un succès d'estime auprès des personnes initiées aux travaux de Diez et de son école. Un de ces juges compétents, M. Amiel, professeur à l'Université de Genève, après avoir donné une analyse détaillée et critique de l'ouvrage, résumait son opinion dans les termes suivants :
c Beaucoup de conscience dans une œuvre très laborieuse ; beaucoup de recherches neuves et délicates dans un domaine déjà bien fouillé et retourné ; une méthode sévère, exacte, précise et presque rigide, analysant, définissant et dénommant sans relftche et sans lassitude ; une rédaction des plus concises et poussant Téconomie des mots aussi loin qu*on le peut sans aller jusqu'à Tavarîce et à Tobscurité ; le courage de la tentative, et le bon choix du guide ; un vrai talent d'abstraction et de classification : tels sont les mérites de cette grammaire. (Retme suisse 1852, p. 421 — 430).
Le maître et rénovateur de la philologie romane, Tillustre Diez, n'était pas moins explicite et nous écrivait ces mots :
c Je considère votre grammaire comme un ouvrage très instructif et qui pourra rendre de grands services à l'enseignement, en obligeant les jeunes élèves à la réflexion. » (Lettre du 18 novembre 1855).
Mais, à cette époque, Diez lui-même était à peu près inconnu en France, où Chapsal trônait encore en maître dans presque toutes les écoles.
Quoique notre livre fût épuisé depuis longtemps, ce n'est
qu'un quart de siècle plus tard que, la méthode historique ayant
^enfin pénétré en France, grâce à Littré et à quelques disciples
^J^de Diez, tels que M. Brachet, l'idée nous vint de refondre notre
^ travail, de le corriger et de le compléter dans ses diverses par-
iO ties, de manière à en faire un ouvrage nouveau qui parut en
>C i876 sous le titre de : Crrammaire comparée de la langue fran-
f^ çaise,
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Cet ouvrage, nous le constatons avec plaisir, a obtenu en France un succès d'autant plus remarquable qu'il avait vu le jour, non à Paris, mais dans une petite ville de la Suisse, sans l'aide d'aucun éditeur et sans la moindre réclame.
La Revue critique, qui paraît à Paris sous la direction de Michel Bréal, a, la première, publié une étude approfondie de la Grammaire comparée, étude qui a pour auteur M. A. Darmsteter, connu par ses travaux linguistiques. Gomme l'article est très détaillé, nous nous bornerons à en extraire le passage suivant :
« Les grandes qualités d'exposition que nous constations dans la Phonologie française de M. Ayer se retrouvent dans sa Grammaire comparée. Cette grammaire n*est pas une œuvre vulgaire. La vigueur de l'exposition, la richesse des faits classés, l'application constante de la méthode de Diez, la nouveauté de certains aperçus en font à coup sûr le meilleur livre de ce genre qui ait paru jusqu'ici dans notre langue. Non pas qu'il n'y ait encore à redire. Parfois, la richesse des détails devient de la profusion, la multiplicité des divisions que l'auteur semble embrasser si facilement devient de l'obscurité. Ce sont , il est vrai, des fautes vénielles ; car l'ouvrage ne s'adresse évidemment qu'aux professeurs ou aux élèves des lycées déjà avancés.
c Le premier li\Te de la première partie étudie les éléments matériels des mots. C'est dans ce livre que l'auteur a cherché à être le plus neuf ; et en efEet je ne connais pas de grammaire française présentant une étude aussi complète des faits phonétiques de la langue. ]>
L'article conclut en disant que la Grammaire comparée est, malgré quelques défauts, une œuvre fort distinguée qui fait honneur à son auteur et qui contribuera, dans une large mesure,, au progrès des études grammaticales.
Ce jugement si flatteur a reçu en quelque sorte la sanction supérieure du ministère de l'instruction publique, qui a recommandé officiellement la Grammaire comparée pour les études préparatoires à l'agrégation de grammaire (4 décembre 1877).
La Grammaire comparée a été appréciée non moins favorablement en Allemagne, en Italie et dans le reste de l'Europe. Une revue hollandaise l'appelle « un ouvrage admirable dans son entier et dans ses parties » {TaaUtudie^ 1879, p. 144 à 146), et, selon un journal pédagogique allemand, il n'existe peut-être aucune autre grammaire française qui, réunissant au même degré la rigueur scientifique à l'utilité pratique, puisse comme celle-ci se recommander sans réserve aux maîtres comme aux élèves {Anzeiger fur die neueste paedag. Literatur^ 1878, n® 8).