SECTION I PRINCIPES GÉNÉRAUX
Se la grammaire.
1. La grammaire est la science du langage. Elle a poiu* objet l'expression de la pensée par la parole.
Le langage est une fiiculté qui n'appartient qu'à l'homme et le distingue des animaux. Il n'est pas le produit de l'invention et ne s'apprend pas comme un art; mais, comme tous les dons naturels, il se développe par l'exercice. La grammaire n'enseigne donc pas comme l'on doit parler, mais comme l'on parle.
Le langage est naturel à Thoinme. L'homme a la faculté de parler comme il a celle de voir et d*ouïr. L'usage de la parole n'est donc pas plus le fruit de la réflexion que l'usage des différents organes du corps n'est le résultat de l'expérience ('). Mais l'homme parle non seulement parce qu'il pense, mais encore parce qu'il a le besoin de communiquer ses pensées; car le langage est une fonction de lespêce. Le philosophe Locke avait déjà observé que les mots ont un double usage, l'un qui est d'enregistrer, pour ainsi dire, nos propres pensées; l'autre de communiquer nos pensées aux autres {*). 1a* langage doit donc être considéré d'abord en lui-même et comme faculté de l'homme, et ensuite comme moyen de communication des pensées et organe de la civilisation.
2. L'homme parle lorsqu'il exprime ses pensées par des mots; il pense, soit qu'il juge qu'un être qui est (une personne ou une chose) fait ou ne fait pas, ou désire qu'il fasse ou ne fasse pas quelque chose. — L'expression d'une pensée par des mots s'appelle proposition : Le lièvre court. L'aveugle ne voit pas. — Pars (= tu pars). Ne mentez pas.
(1; V. Guillaume de Humboldt, Ueber die VerachicdctûieitdesmenfichUchen SprachfHiuen, II, 54, 56, 64. E. Henan, De l'oriffine du langnae, p. 89 et suiv. J. Giimm, De t'vrigine du langage, tr. par AVegmann, p. 28. A. Schleîcher, De l'importance du lannage pour l'histoire naturelle de Vltomme, tr. par Poininayrol, p. *2i. Max Muller» SouvelU*» leromt sur la science du langage, I, 84. Molière a parfai tement expliqut'*, dans le Mariage forcé, scène G, la l'elation étroite qui unit la parole à la pens«>e.
(2) Kj*J(<ii sur tentenil4'nient\lï\ru III, ch. IX, % 1.
AVER, Grammaire comparée. 1
Toute pensée est ainsi produite par un acte de notre esprit au moyen duquel l'idée d'une activité est énoncée ou affirmée d'une personne ou d'une chose. Cet acte est ce qu'on appelle Vénondatmi ou Vaffirrnaiion.
La proposition n'est pas autre chose que la représentation sensible ou matûrîelle de lu pensée : c'est ce qu'indique Tétymologie du mot proposition, formé du verbe latiu proponere, exposer à la vue, faire voir. — Toutes les grammaires françaises dôiinissent la proposition « Texpression d'un jugement, fi Or cette (lélinition ne peut s'appliquer qu'à une partie de nos pensées. Quand un maître dit à SCS élèves : Travaillez, il exprime, non pas un jugement, mais un désir ou un commandement, ce qui est bien différent. Aristote avait déjà dit : « Tout discours (c'est-à-dire toute proposition) est significatif... Mais tout discours n'est pas une assertion (nn jugement). Celui-là seul en est une, qui exprime vérité ou erreur, ce qui n'a pas lieu pour tout discoui^. En effet, le vœu (et par conséquent la proposition dont le verbe est à l'optatil) est un discours, mais qui ne renferme ni vérité ni erreur. »
3. Dans chaque pensée, et conséquemment dans chaque proposition, on distingue deux termes : l'activité énoncée, c'est le prédicat; l'être, c'est-à-dire la personne ou la chose dont on affirme une activité, c'est le sujet.
Sujet, Prédicat.
Le blé mûrit.
Le blé est mùr.
Quand on dit du sujet ce qu'il fait (l'action), l'aflBirmation n'a pas d'expression propre et est renfermée dans le prédicat : Tje Ué mûrit.
Mais quand on dit du sujet ce qu'il est ou comment il est (la qualité), l'affirmatioD est distincte du prédicat et a son expression propre : Le lié est mûr. Si cette afiinnation n'est pas exprimée, comme dans : le lié mûr, le mot qui marque la qualité <lu sujet ne s'appelle plus prédicat, mais attribut.
Lorsqu'on dit ce qu'un être est, comme par exemple : Le lièvre est craintif. Vaxil est nn menteur, cela n*vient à afllrmer que cet être fait habituellement telle ou telle action : H craint. Il ment. Sous le nom d'activité, il faut donc entendre non seulement l'action et l'état, mais encore la qualité. JJ action est mobile et passagère; la qualité est fixe et inhérente à l'objet ; de plus on se représente les qualités des êtres comme opposées l'une à l'autre, par l'xemple grand et petit, jeune et vieux, riche et pauvre. Vétat ne se distincte di! l'action que par une idée de durée plus ou moins longue.
4. Quoique les mots n'aient pas proprement de sens en dehors du discours, on peut les envisager à deux points de vue, soit isolément, soit comme membres de la proposition; delà deux divisions de la grammaire, auxquelles on a donné les noms (ï'étifmoloffie et de syntaxe.
ljét}fmologie considère les mots, soit dans leurs éléments matériels, les sonsj c'est la phoyiologie ; soit dans les diverses formes qu'ils revêtent pour exprimer les idées et leurs rapports, c'est la moriihdogie. La phonologie, aussi appelée phonétique,