‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 253 sur 409 · N031S DE NOMBRE UNIVERSELS · texte numérisé non relu

N031S DE NOMBRE UNIVERSELS

B. Tout, désignant une tofalité d'objets, sui*tout au pluriel, s'emploie :

a) Substantivement: Tous vinrent au-devatit de lui;

b) Adjectivement : Tous les hotnmes .iOhf mortels. Les homfnes sont tous mortels. Ih sortirent tous furieux. Ces arbres sont toUÉ en fleurs. Les nouvelles étaient toutes à la ffuerre.

Au singulier, tout est neutre dans le sens d'une totalité collective : Tout rotis est aquilon^ tout me setnhle zépht/r (La F. I, 22).

C. Tout^ signifiant Pintégrité, c'est-à-dire l'état d'une chose qui est entière^ qui a toutes ses parties, est un véritable adjectif qui s'emploie de deux manières différentes :

a) Il se joint comme attribut à un nom désignant V individu^ soit comme nom commun précédé de Tarticle ou d'un pronom adjectif, soit comme nom propre : Toute la maison est eti feu. Toute sa famille est en bonne sa7iti\ Rome n'est plus dans Itome^ die est toute o/> je »uis (Corn.). Tout Paris le sait. L'article, manque dans quehiues locutions, telles que somme toute, à toute force, etc.

h) Il se joint aussi au prédicat :

V Comme adjectif se rapportant au sujet ou* à l'objet: La maisofi est toute en feu. Cette somme est toute où vous l'avez laiesée. Laissez-la toute à sa douleur.

2® Comme adverbe dans le sens d'entièrement : Elle était tout (tout à fait) lieureuse. Ils sortirent tout furieux. Ces arbres sopif tout en fleurs. Le chien est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance (Buff.). Dans vos souhaits innocents nous désirons être tout tme, pour jouir des riches coideurs de V aurore; tout tnlorat^ pour sentir les parfums de nos pl<mtes; tout ouie, j)0ur entendre le chant des oiseaux; tout cœur^jyour reconnaître ces merveilles (Bern.).

Tout, quoique adverbe, varie quand il est placé devant un adjectif féminin qui commence par une consonne ou un h aspiré : Elle resta toute surprise, toute honteuse; de là résulte tacilement une équivoque; par ex. : Elles sont toutes malades, où tout peut aussi bien se rapporter au prédicat qu'au sujet, selon qu'il marque l'intégrité ou la totalité, ce qui ne serait pas le cas au masculin : Ils sont tout malades. Ils sont tous malades. Mais devant un adjectif féminin commençant par une voyelle ou un h non aspiré, tout redevient invariable : Elle est tout absorbée dans ses réflexions.

Il y a néanmoins certains cas où tout, placé devant un adjectif féminin commençant par une voyelle ou un // non aspii^e.

redevient lui-même un véritable adjectif; c'est lorsqu'il sert moins à exprimer l'intensité qu'à désigner la totalité des différentes pai'ties d'une chose : La forêt lui parut toute enflammée. Souvent l'adjectif féminin est remplacé par une expression équivalente ; on observe alors la même distinction, et l'on écrit: FAle était tout en larmes^ parce que tout exprime ici l'intensité, et : La maismi était toute m feu, parce qu'on veut exprimer l'intégrité (= toute la maison était en feu).

Tout, suivi de aidre, est adjectif et prend l'accord quand il détermine un nom exprimé ou sous-entendu et qu'il peut être déplacé : Demandez-moi toute autre chose (toute chose autre). Toute autre eût été effrayée. — Tmit reste invariable quand il signifie entièrefne}itetq\x^H est précédé ou suivi Aeune: Donnezmoi une tout autre occupation. Vous méritez tout mie autre fortune.

Tout peut être substantif et alors il s'écrit toids au pluriel :

Le tout est plus grand que la partie. Les mots sont des touts syl-

lahiques. •

Autrefois tout était toujours variable et on écrivait : Elle était toute ir^uiètSy toute alarmée. Set ans tus pleins ad ealed en Espagne (Ch. de Roland). E tant y vit de gent que tous s'en esbahi (Hugues Capet). Ceux-ci, tous ignorants que ils sont (Rab.)« Vous voyez mon âme toute entière (Corn.). Tétais toute ébaubie (Sév.). C'est Vénus toute entière à sa proie attachée (Rac.)* La vraisemblance y est toute entière (Lai Br.). Je tne sens toute émue (Mont.). Quelques personnes, dit rAcadémie, suivent encore cette ancienne orthographe .

Nul, aucun.

4. Nul et aucun sont négatifs et désignent, par opposition au mot chaque, une exclusion complète de tous les individus qui composent une collection : Nul n'est content de son sort. Il n'a aucun souci; cependant auain est de sa nature un nom de nombre partitif et signifie quelqu'un (§ 84), mais aujourd'hui on ne peut presque plus l'employer qu'en l'associant à une négation exprimée ou sous-entendue: Savez-vous quelque nouvelle? Aucune, c'est-à-dire je n^en sais aucune. De là vient que aiumn^ avec une négation, rend la proposition aussi universelle que nul et que c'est presque la même chose de dire : Aucun soldat 7i\i parUj ou: Nul soldat n'a paru. (^)

Ntd et aucun ne s'emploient ordinairement qu'au singulier: nul, nulle; aucun, aucune; mais le pluiîel n'est pas une faute, et les meilleurs écrivains en ont fait usage : // n'a sans mes bienfaits passé nulles journées (La F. X, 2). // n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts qui ne soient aperçus par les enfants (La

(1) lïeauzée, 1.0,1, 337.

Ayeu, Grammaire comjutrée. 27

Br.). N'ayant aucunes vmtes à faire, fai tout mon temps à moi (J.-J. R.).

Nul et aucun se mettent nécessairement au pluriel devant des substantifs qui n'ont pas de singulier ou qui ont une acception particulière au pluriel : Nulles funérailles ne lui furent faites. Il n'a fait aucuns préparatifs.

Le sens positif de aucun s'est conservé fort tard : Je Vemtaie par la preuve d'aucuns de mes amis (Montaigne). Phèdre était si succinct qu'acacanB l'en ont blâmé (La F. VI, 1).

Plusieurs avaient la tête trop menue,

Aucuns trop grosse, aucuns même cornue. (La F. VI, 6.)

Singe en effet d'aucuns maris; Il la battait, (La F. XII, 19.)

B. Noms de nombre partitifs.

1. Quelque, certain^ tnaintj plusieurs^ divers, différents sont des noms de nombre partitifs qui ne désignent qu'une partie indéterminée des individus de Tespèce.

Certain, qui est quelquefois précédé de l'article indéfini un ou du partitif rfes, et 7naint varient selon le genre et le nombre, quelque seulement selon le nombre, divers et différents ne s'emploient qu'au pluriel et varient selon le genre, plusieurs est des deux genres et toujours au pluriel : Adressez-ixms à quelque autre personne. Quelque plume y périt (La F. IX, 2). Quelques fautes suffisent pour vous perdre. Quelques bonnes qualités que Vofi ait, on ne doit pas en tirer vanité. — Certain pcnefi ctiez lui gardait un dieu de bois (La F. IV, 8). Un certain loup • . . . aperçut un cheval (Id. V, 8). Il y a de certaines choses dotit la médiocrité est insupportable (La Br.). On trouve mainte épine où l'on cherchait des roses (Regn.). Maintes choses sont nécessaires à h vie. — Je crois cela par plusieurs raisons (Ac). — Il a parlé à diverses personnes. Ce mot a différents sens.

2. Plusieurs^ quelques et ceHains (au pluriel) sont opposés à un et à tous. Phisieurs est précis; quelques et ceiiains sont vagues et indéterminés. Quelques répond à combien et a rapport au nombre seul, tandis que certaim est relatif aussi à la qualité. — L'idée de fnaint est plus étendue que celle de j^lusieurs. Plusieurs veut dire plus d'un; maint est presque l'équivalent de beaucoup, même de mille pris indéfiniment (*). — Divers et différents signifient plusieurs choses qui n'ont pas les mêmes qualités ou propriétés : Quelques écrivains ont traité de ce sujet. Certains oiseaux voyagent. Il m'a fait mainte et mainte diffi"

(1) Lafaye,399, 861.

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