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C. Emploi des pronoms EN et T

1. En tient toujours lieu d'un mot qui est censé être précédé de la préposition de ; il remplace donc le génitif, mais il exprime aussi l'accusatif quand il se rapporte à un nom partitif.

A. Employé comme génitifs en peut être le complément d'un verbe ou d'un substantif.

a) Quand en est le complément d'un verbe^ il remplace :

1® Le génitif des pronoms pei'sonnels absolus de la 3* personne de Itiiy cFelle, d!eux, belles (§ 184), qui se disent plutôt des personnes que des choses, tandis que en se dit de préférence des choses, mais quelquefois aussi des personnes: Cest un événement bien triste^ J'en sins très affligé. Cest un véritable Bjoai^je n'oublierai jamais les services que feiiaireçtis(Ac.), J^esjyère retrouver mes parents, /en attends des nouvelles avec impatience (Mol.).

2** Les pronoms démonstratifs de ceci, de cela, et dans ce cas en se rapporte le plus souvent à une proposition entière : Il vous a pardonné, j"* en suis cliarmé, iV'en doutez pas, ils céderont si vous manire» de la fermeté. Donnez-moi cela, J'enaî besoin (Ac). Nous voilà dans la retraite de Potsdam : le tumulte des fêtes est pjssé, mofi âme en est plus à son aise (Volt.).

En s'emploie quelquefois devant un verbe suivi d'un comparatif et remplace alors la locution pour cela : Que je vous trouve à mon retour modeste^ douce, timide, docile^ je voua en aimerai davantage (M°>« de Maintenon).

b) Quand en est le complément d'un substantif, il remplace les pronoms possessifs de la 3" personne son, sa, ses, leur, leurs, se rapportant à des noms de choses (v. § 188) : Cette a£Eaire est délicùte, le succès en (= de cette affaire) est douteux (Ac).

La distinction que nous venons d'établir répond à la question posée par M. Da^m^tete^ (Revue critique, 1874, 390) : Quelle est la nature de en dans ces deux phrases : Il ouvrit le tiroir et en tira son calepin, — // prit son calepin et en arrachaune feuille.

B. Employé comme accusatif, le pronom en, qui se dit aussi bien des personnes que des choses, est toujours partitif, même quand le substantif auquel il se rapporte n'est pas précédé de l'article partitif : Cette viande est excellente ; mangez-en (= de

il peut remplir l'oflicc de sujet: On a souvent besoin d'un plus petit que BOi fn'estpetU){L3LF. 11,11).

Ajiide IIL — Pronoms possessifis.

1. Les pronoms possessifs mon, ton, son, etc., se remplacent par Taiiicle défini quand le sens indique clairement le possesseur, ce qui a surtout lieu lorsqu'il est question des parties dki corps : J'ai inal au pied, et non pas à mon pied. Il a perdu la vie, et non pas sa vie (§ 173). On doit donc dire avec Tarticle: se faire la barbe, se couper les ongles, se former le goât, et avec le pronom possessif: faire sa barbe, couper ses ongles, former son goât.

Mais on emploie le pronom possessif et non l'article défini :

a) Pour donner plus de force à l'expression : Je rai vu de mes propres yeux,

b) Quand on parle d'une chose habituelle, par ex. d'une maladie qui revient souvent : Je souffre de mon rhumatisme.

c) Lorsqu'on veut désigner Tobjet d'une manière toute spéciale : Je souffre à mon bras, à mB, jambe, à mon ge}wu(aubraey à la jambe, au getwu, qui est depuis longtemps aifecté de telle ou telle maladie).

Voici quelques exemples à l'appui de ce qui précède : Elle baissa les yeux sans répondre, rougit et se mit à caresser ses eufants (J.-J. R.). Baissez vos yeux sur la terre, cliétifs vers que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes les comjMgnons (Pasc).

— Cependant les cheveux me dressaient à la tête (Boil.). Chaque mot sur mon front fait dresser mes cheveux (Eac). — // s'était fait couper le nez et les oreilles (La F. ). L'ours bouclia sa narine (La F. VII, 7). — Gril/ouille alors se frotta les yeux (G. Sand). Tu ne veux donc pas m^ emmener ? s'écria le petit en commençant à frotter ses yeux jmir montrei' qu'il avait dessein de pleurer (Id.).

— Je m^ attachai à me perfectionner le goût (Les.). Je résolus de m^i rendre à Madrid, comme au centre des beaux esprits, pour y former mon goût (.Id.). — M. Purgon m'a défendu de découvrir ma iéfe (llol.). Le commandant pMnicien, arrêtant ses yeux sur Télémaque, croyait se souvenir de Vavoir vu (Féu.). Il est un peu incommodé de son bras (Sèv.).

2. Les pronoms possessifs de la troisième personne, son, su, ses, leur, leurs, se disent surtout des jjersonnes: Cet homme est foïi aimable, chacun recherche sa société. Ces auteurs sont œnnus, et Von estime leur caractère (Boniface). En épousant les intérêts des autres, // 7ie faut jjus épouser leurs passioïis. Le

misérable Esquimau^ sur son écueil de glace ^ ed aussi heureux que le monarque européen sur son trône (Chat.).

Quand il s'agit de choses^ on emploie, selon les cas, le pronom possessif ou Tarticle défini avec le pronom personnel en.

A. Quand Tobjet possédé se trouve dans la même proposition que le possesseur, l'emploi du pronom possessif son^ sa^ ses, Icur^ leurs, est de rigueur: Le Rhin a sa source dans les Alpes. La Suisse a conquis son indépendance sur les champs de Itafaille. Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés (Rac). Lliicer ôte à nos campagnes fout leur agrément (Âc).

B. Quand le mot possesseur est un nom de chose figurant dans une proposition précédente, on emploie :

a) Le pronom possessif: P si l'objet possédé est le sujet d'un autre verbe que être : La rivière est débordée ^ ses eaux courrent la mmpagne. Ces arbres sont bien exposés, mais leurs fruits ne mûrissent j)as (Buff.). Ma vie est rude é^ses aspérités me blessent (Chat.) ; — 2® si le nom de l'objet possédé est précédé d'une préposition : J^ai risifé la Suisse, effai admiré la beauté de ses [Mnfsages, Im cmidition iwturelle à l'homme est de cultiver la terre et de vivre de ses fniits (J.-J. R.).

h) Le pronom en avec Tarticle défini : P si l'objet possédé est le sujet ou le prédicat du verbe être : Le temps fuit^ la perte on est irréparable. Cette affaire est délicate, le succès en est douteux (Ac). Néron, bourreau de Rome, en était Vhisfrion (Del.) ; — 2" si le nom de l'objet possédé est le complément direct d'un verbe actif: Nourri dans le sérail, /en connais les détours (Rac). .S7 la terre était jdus dure, Vhomme ne pourrait en ouvrir le sein ])our la cultiver (Fén.). Le soin qu'ion apporte au travail empêche d'en sentir la fatigue (Boniface). Maîtres de /'univers, les Romains ,s'en attribuèrent tous les trésors (M(mt.). La Grèce aimait la guerre, elle en connaissait Tart (Td.). Le même tour s'emploie quelquefois aussi pour les personnes: // me sembla que je voyais Achille, tant il en a^xiit les traits (Fén.).

Mais, même dans ces deux derniers cas, on emploie très souvent le pronom possessif et non pas l'article avec en ; c'est ce (lui a lieu principalement lorsqu'il s'agit d'animaux ou de choses personnifiées, ou lorsqu'on veut éviter une équivoque ou exprimer avec plus de force l'idée de possession : Qtiand le chat est en colère^ 07i voit sa queue da>ui une vive agitation. La nécessité parle, il faut suivre sa loi. Le commuée estcoînmecertsines sources; si vous voulez détourner leur rowr8, toifs les faites tarir (Fén.). liien n épuise la terre y jius on déchire ses entrailles, plus

43H PRONOMS P088ESSIFS § 188

elle est libérale (Id.). La source de toutes les passions est la sensibilité; Vimaginaiimi détermine leur pente (J.-J. R.). La patience est anière^ niais son fruit est doux (Id.). On dirait que le Rhin est le génie tutélaire d^ VAllefnagne; ses flots sont pursj rapides et majestueti^, comme la vie d'un a^wien héros (Staël). L'art vit de V esprit; le nudérialisnie est- sa 7nart (Lamennais). Conibien ceux qui ont cru atiéantir le christianisme, en allumant des bûchersj 07U méconnu son esprit (Chat.). Que la vérité noi4s déplaise ou non^ elle nous domine^ et Vejcpérience n\i été en tout ceci que sa très humUe servante (Lanfrey).

3. L'emploi du nombre avec les pronoms notre^ votre, leur. dépend de la nature du substantif:

a) Quand les pronoms collectifs notre, votre^ leur^ se rapportent à un nom commun, le principe général est que l'objet possédé se met au singulier s'il n'y en a qu'un, et au pluriel s'il y en a plusieui^s. Mais il est bon de préciser et de dii'e qu'en pareil cas les mots notre, votre, leur se mettent au singulier, si la ciiose est possédée en commun par plusieurs : Ils ont r^ndi^ leur nudson, la maison qu'ils possédaient en commun, et au pluriel, si le nom désigne une pluralité d'objets appartenant en commun à plusieurs individus, ou à chacun d'entre eux en particulier : Ils ont vendu leurs maisons, les maisons qu'ils possédaient en commun, ou la maison que chacun possédait en particulier. Nous attendions notre voiture (nous n'avions qu'une voiture pour nous tous). Xous uttoidions nos imtuyes (chacun de nous avait la sienne).

Voici d'autres exemples à Tappui de cette règle : Ces pauvres enfants ont perdit leur père ^ et Isur mère les a abandonnés, Paul et Virginie ne connaissaient d'autres fpoques que celles de la vie de leurs mères (Bern.). Les deux frèrts otù perdu dans ce mm f rage leur navire, leur père, leur iuère, leurs femmes et leurs enfants. Tous les habitants so/iirent de leurs maisons.

Quand le nom appellatif est pris dans un sens général et désigne un objet considéré comme une qualité, comme un organe commun à plusieiu-s, on emploie le singulier: Les fourmis portent de lourdes charges malgré la petitesse de leur corps. Les hommes songent moins à leur (hue qnà leur corps. La })lupart des lujinmes emploient la première patiie de leur rie à rendre l'autre misérable (La Br.). Le passage d'un nombre à l'autre est, dans les phrases qui suivent, nettement indiqué i)ar le sens: Lesrheveu.r des convives se hérissent sur leur front, des larmes involontaires coulent de leurs geux (Chat.). Les /)ères mourants envoient leurs fils pleurer sur leur général mort (Fléch.). IjCS pédagogues ne s\k-

§ 189 PRONOMS DEMONSTRATIFS 487

cupent qt^à remplir la mémoire de leurs Hève^^ et ne travaillent pas à former leur jugemetU (Le grand Frédéric).

Dans les phrases suivantes, qui sont en analogie de construction, la différence de sens explique la différence de nombre : Une ardeur nouvelle s'était emparée de leur cœur (Mont.). Les passions les pltfs violentes se jxfrfageaient leurs cœurs (Id.).

Dans certains cas, il est indifférent de mettre le singulier ou le pluriel : laissez les morts en paix dam leur tombeau j ou: dans leurs tofnheaux.

h) On emploie toujours le singulier quand le pronom collectif se rapporte à un nom de matiheoM à un nom abstrait (\ji\ ne peut pas se mettre au pluriel : Ils se nourrissent de leur lait. Pour éiancher leur soif y ils n^ont que Veau des sources. Leur patience fut mise à mie rude épreuve, Le^ lotianges qu'on domine aux gens en place doivent peu flatter leur amour-propre (Vauv.).

4. Les possessifs absolus ne peuvent se rapporter qu^à un nom précédemment exprimé. C'est donc une faute de dire, au commencement d'une réponse : J\ii reçu la vôtre en date du ... ; il faut dire : J'ai reçu votre lettre en date du,,.

Ces pronoms peuvent aussi s'employer avec l'article défini, sans se rapporter à aucun nom exprimé ou sous-entendu ; c'est ce qui a lieu : 1® au singulier masculin, pour désigner ce qui est la propriété de chacun : Le tien et le mien sont la cause de toutes les querelles, de tou^^ les proch (Ac). // ne demande que le sien (Ac.) ; — 2** au pluriel masculin, pour signifier les parents, les alliés, les amis: Mais fui les miens, la cour, le peuple à contenter (L^V,TÏ[, 1).

Ils s'emploient quelquefois aussi sans l'article quand ils fonctionnent comme prédicats : Cette découveiie est mienne (Ac). Le clerc répond: Elle est mienne et non vôtre (Rac). J^ avance mes opiniom, non comme vraies, mms comme miennes (Bem.). Mon.^ieur.je suis tout vôtre (Mol.).

Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes J6 pu ix les dire (La F. X, 7).

Cependant, au datif, Tusage actuel préfère le pronom personnel, et Ton dit : Ces' fruits sont à moi, plutôt que : Ces fruits sont miens. .

Atiicle IV, — Pronoms démonstratifs.

§ 18î> 1. Le i)ronom démonstratif peut s'employer comme antécédent d'une proposition relative ou tenir la place d'un substantif

qui précède. On l'appelle alors pronom détenninatif^ parce qu'il précise l'idée de la personne ou de la chose dont il est question (^). Ainsi, par ex. : qui ment exprime une idée géiiéraie et désigne un individu quelconque de l'espèce entière : Qui ment est coupahUy tandis que celui qui ment s'applique à un individu déterminé par le pronom celui: Celui qui m'a menti sera puni.

Cet.

2. Le pronom cet {ce) est en général purement démonstratif: Je le verrai ce soir, A ces mots le corl>eau ne se sent pas de Joie (La F. I, 2).

Echo redit ces mots dans les airs êpandus : « Que tout aime à présent, l'insensible n'est plus, » (Id. XII, 27).

Mais cet s'emploie aussi comme pronom détermînatif : (hi cofuprepd mieux les dialogues de Platon en voifant ces portiques sous lesquels les anciens se promenaient la moitié du jour (Staël).

Celui,

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