‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 10 sur 100 · DE LA PHONÉTIQUE COMPARATIVE EM GENERAL · texte numérisé non relu

DE LA PHONÉTIQUE COMPARATIVE EM GENERAL

§ 1 . — On entend ici par phonétique' la théorie comparative des lettres, de leur persistance et de leurs permutations dansle sanscrit et dans les langues congénères. Quelle que soit l’apparente aridité de cette étude, elle donne une clef indispensable pour pénétrer dans la grammaire comparée. En effet, des mots appartenant à des langues différentes ne sauraient être rapprochés les uns des autres, si leurs diversités de sons n’étaient préalablement ramenées autant que possible à l’unité; el ce travail ne peut avoir lieu qu’en poussant la comparaison jusqu’aux éléments, qui sont les lettres, et en notant pièce à pièce les identités et les différences. Pour y procéder méthodiquement, on rapproche parallèlement les mots analogues pour le son et pour le sens entre plusieurs de ces langues, et lorsque les

1. On dit aussi phonologie ; c’est la Lautlehre des Allemands. gr. cour. \

identités et les différences s’y montrent constantes, ou du moins lorsqu’elles s’étendent à un certain nombre de cas, on tire de ces observations ce qu’on nomme les lois phonétiques, lesquelles, comme les lois de rhistqire naturelle, ne sont que la constatation généralisée des faits.

Ainsi, par exemple, lorsqu’on voit le dh sanscrit normalement remplacé en grec par un 0, en gothique par un d, par un fen haut-allemand, le rapport constant de ces lettres établit leur équivalence et leur commune origine, et devient une loi de la grammaire comparée.

La théorie phonétique ainsi entendue est la base sur laquelle s’appuie toute étude comparative de la formation des mots entre les langues de même origine, ou entre les dialectes ou les âges différents d’une même langue.

Mais on ne perdra pas de vue que les lois phonétiques, comme les lois naturelles, n’ont pas la valeur absolue des lois mathématiques. Suivant la juste remarque de M. Benfey, elles n’expriment que des tendances développées du langage 1 , auxquelles d’autres tendances s’opposent ou se substituent souvent. Elles sont donc sujettes à des exceptions plus ou moins nombreuses dont nous noierons les plus importantes. De même, en histoire naturelle, la seule classification qui soit fondée sur la nature des choses, autant que la connaissance humaine peut l’atteindre, manque de rigueur absolue et échappe toujours par quelque point à ses propres principes. Dégager les généralités

i. « Entwickelte neigungen. » Orient und Occident, t. I, p. 236.

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