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CHAPITRE Y

DES LETTRES ADVENTICES

§ 192. — Nous appelons adventices les lettres qui, dans certaines formes, n’ont pas d’origine étymologique ni de valeur comme renforcement 1 . Ce sont des adjonctions faites le plus souvent pour la facilité de la prononciation. La théorie des lettres adventices rentre ainsi dans le principe du moindre effort (§ 75).

Suivant la place qu’occupent les lettres adventices, on distingue l’adjonction initiale ou prosthèse, l’insertion médiale ou épenthèse, et l’adjonction finale ou paragoge ! .

§ 193. — On ne signale en sanscrit aucun cas de prosthèse. En revanche, l’épenthèse n’y est pas rare, bien que plus d’un des cas allégués ne soit pas certain, comme par exemple l’insertion de n et de j à l’instrumental singulier des thèmes en a et en â, çivaina , çivajà (per beatum, beatam). Pour affirmer qu’ici le n et le y sont adventices, il faudrait avoir sur les élé-

1. On appelle aussi organiques les lettres qui ont une valeur étymologique, et inorganiques les lettres adventices.

2. Les langues néo -latines contiennent de nombreux exemples propres à donner une idée de ces trois genres d’adjonction. Dans l’espagnol escribir, fr. écrire , l’e initial est prosthétique. Dans gendre de generum, moindre de minor, le d est épenthétique. Dans les 3" pers. plur. des verbes italiens sono = lat. sunt, cantano = lat. cantant , l’o final est paragogique.

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ments originels de ces cas des lumières qu’on est loin de posséder.

Il paraît plus sûr d’attribuer à une pure épenthèse l’insertion dV entre les thèmes verbaux et les flexions, qui est très-fréquente dans les temps généraux, et même applicable aux temps spéciaux des cinq verbes rud (pleurer), raudimi ; gales (manger), gaksimi ; çvas (respirer), çvasimi ; an (aller ),anirni; svap (dormir), svapimi *.

La paragoge se rencontre aussi dans les lois euphoniques du sanscrit. Ainsi, sous l’influence d’un ç initial, tân + çrnauti (illos audit) peut devenir, par adjonction de k, tank çrnauti. De même abhavan + ka devient par insertion de sifflante abhavâç ka (fueruntque) ; apalan + sâksàt (cadebant in conspeetu) devient par insertion de dentale apatanl sâksât. Enfin nrn + pâti (viros régit) devient par insertion de sifflante nrns pâti'. Mais dans tous ces exemples, la prétendue adjonction euphonique n’est que la réapparition d’une consonne étymologique, laquelle était tombée par suite de la règle qui ne souffre pas deux consonnes de suite dans les finales (§ 84).

1. Nous passons sous silence les géminations inorganiques dont une consonne peut être l’objet lorsqu’elle est précédée d’une voyelle et suivie d’une autre consonne, ou précédée de r ou h et suivie d’une'voyelle. Ainsi arha (soleil) peut être écrit arhha. Ce caprice d’orthographe est tout à fait arbitraire et mérite d’autant moins d’èlre noté qu’il n’est pas d’un usage ordinairement suivi. Voy. Max Miiller, sscr. gramm., § 146.

2. Tank , nrns, apatant , abharàç, ne contreviennent pas ici aux lois qui ont été assignées (§ 84) aux consonnes finales sanscrites. Leur accotement au mot qui suit fait qu’il ne s’agit plus de finales à proprement parler.

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Ainsi làn (illos) est pour * tans, nrn est pour * nr ns, apatan pour *apntant, comme nous le verrons en traitant des flexio ns. Les paragoges citées ne sont que des accommodations de ces formes fondamentales. II est vrai qu’on en pourrait citer d’autres dont une raison de ce genre ne pourrait être donnée. Ex.: sugarit sïdati pour sugan sïdati (bonus computator sedet), où la syllabe gart contient une raciue pure, la ^ gari (compter), sans suffixe ni flexion. Mais un pareil exemple peut être attribué à l’influence de ceux qui précèdent et de la prononciation qu’ils entraînaient.

§ 194. — Le grec est riche en lettres adventices. La prosthèse d’une voyelle brève a, e, o, est fréquente, surtout devant les continues initiales. Ex. devant les nasales : à-vv (p, sscr. nara, sabin nero (homme) ; à-pXyw (traire), lat. mulgeo, sscr. \J marg (essuyer, frotter), qui a donné aussi à-jiépyw et pipyoi (sucer) et 6-p.opyvufju (essuyer) ; à-ve^iô; (cousin), lat. nepos , sscr. napàt (petit-fils) ; s-vvéa, lat. novern, sscr. nuvan; è-jié = me , è-pLoç, meus ; ô-vo \m = nomen, sscr. nâman ; ô-jjuyew , lat. mingo, sscr. y/ mi h (verser de l’eau); ô-vu£, sscr. nakha (ongle)’.

Ex. devant les liquides : s-pu6pôç (rouge), sscr. rudhira, lat. ruber ; i- puyéw, lat. rugio ; e-Xayuç, lat.

1 . De même, dans le français aime-t-il, la paragoge du t n'est que la réapparilion du t étymologique A'amat.

2. Cette tendance à préfixer une voyelle devant les nasales initiales se fait sentir jusque dans la basse grécité. Du persan nakaret (petite timbale), le grec byzantin a fait ctva'xapa, vieux français naeairc. Le mot persan vient lui-même de l’arabe nakar (battre du tambour, sonner de la trompette).

on. COM h. \k

le fis, sscr. laghu (léger) ; è->.ev>Qspoç, cp. lat. liber ; o-péyw (s’étendre), lat. rego, rigeo. Ex. devant le digamma : î-eptm pour géfcrn (rosée); i-iîx . oci pour fûxoct (vingt).

Cette prosthèse est plus rare devant le cr. Ex.: «c-ra/u; et errayu; (épi) ; à-arpami et GTEpoiré (éclair). Elle est surtout rare devant les explosives. On peut citer à-xpoaopiai et à-xoûw comparés au sscr. \J cru (entendre) ; è-xeÎvoç et xeîvo; (celui-là) ; ô-vîiw et VXîfoj (supporter), et "K-'x'kaç, (celui qui supporte); o-^ouç, sscr. danta , lat. dens; ’o-êpiptw et Bpip.<t> (déesse des enfers) ; ’0-ëpiap£u; et Bpiapeuç. On n’a pas rencontré de voyelle prosthétique devant le n et le <p.

L’épenthèse des voyelles est rare. On l’allègue dans <p£Xoç, comparé au sscr. prijaÇ ami); peut-être n’y a-t-il qu’une métathèse de 17. Elle est plus probable dans SoXtyoç (long) cp. sscr. dirgha pour * drüghu, cp. comparatif dràghijâs; dans xaXurcTw comparé à xpu7rr«. Celle des consonnes est plus fréquente. Les Grecs et les Latins fuyaient le contact d’une nasale avec une liquide subséquente. Ils ont fait ainsi apiëpoToç pour éviter * <xptpoTO{, sscr. amrta (immortel) ; àv&po; pour éviter ^àvpoç, contraction de acvs'po; ( viri ); poy.tiw (aller) fait au parfait pUuêXfoxa pour *pup.oXr;x!X ; [AE(nr,[i.ëpia est la contraction de ^piEc-rpLEpia (midi). La nasale se gare du contact redouté en insérant devant elle l’explosive sonore qui lui correspond, £ devant v, $ devant [/..

On explique moins, et l’on enregistre comme particularité de prononciation dialectale m6\iç pour sscr. pura (ville); TtroXepiûç pour xaXeuo; (guerre).

[§ 195] DES tETTRES ADVENTICES. 211

L’étymologie montre que imccw (broyer) est aussi pour *r:iaijo), sser. \j pii, lat. pinsere.

On trouve une paragoge de voyelle dans 1\ ajouté aux démonstratifs parle dialecte attique : o»toci, aûr/ii, toutovij èxeivoci 1 ; et une paragoge de consonne dans le v, dit v àipsXxucTtxôv, qui s’ajoute, surtout pour éviter l’hiatus avec une voyelle initiale subséquente, aux datifs pluriels en ci, iràciv pour iràci ; aux 3” pers. sing. en s, eXuev pour ëXue; aux 3 e9 pers. en ci, soit au pluriel, Xéyoucw pour Xiyouct, soit au singulier, Si'iîwciv pour £s&wci, etc. Nous avons reconnu (§ 146) dans les 1 r ” personnes du pluriel en pev, un v paragogique obligé.

§ 195. — Le latin n’a pas de paragoge, sans doute à cause de son accentuation, qui, au lieu de peser sur les finales, tendait toujours à les affaiblir. On pourrait seulement traiter de paragogique le s qui, en composition, vient s’ajouter à la préposition ab devant c : abscondo ; devant^: abscjue ; et devant t: abstineo.

Quant à la prosthèse, le latin classique n’en offre pas non plus ; mais les manuscrits et les inscriptions révèlent dans la prononciation populaire des prosthèses d’une voyelle e ou i devant sc, sp, st, telles que esceptra, espatium , /statua , istruis, ispiritu *, qui préludent aux formes analogues de l’espagnol et du français.

L’épenthèse, au contraire, soit des voyelles, soit des

t . A moins que cet i ne soit un démonstratiflui-méme.

2, Voy. Corssen, Aufsprache, II, 82.

consonnes, n’est pas rare en latin. Epenlhèse de la voyelle i dans les verbes de la conjugaison pure (3® conjugaison), leg-i-t, leg-i-mus. Nous avons vu (§ 1 93) quelque chose d’analogue en sanscrit. Épcnthèses cjpns sum pour * es-u-mi , cp. sscr. asrni, gr. etpi pour * Iojai ; dans amatur pour amat-u-se , dans teg-u-mentum comparé à tegmentum ; dans al-imenlum , d ’alere; dans Æsculapius, pour gr. ’Ac- •/Iwziô;. Epenlhèse de consonne entre le m final des radicaux et les suffixes en t ou s initial : sum-p-si , sum-p-tum, de sumere; contern-p-.fi, contem-p-tum, de contemnere i. * * 4 .

Nous ne comprenons pas parmi les épcnthèses en sanscrit, ni en grec ni en latin, les insertions de nasales, sscr. tudantam (vexantein) en regard de tudatai (vexanti); pins mas = lat. pinsimus , pis (.broyer); gr. ^apéavto (recevoir), eXajîov, sscr. \J labli; Tuyyoîvw (obtenir), ê-ruyov; lat. tango, tactum ; frango, fractum, etc. Ces nasalisations sont à considérer comme des renforcements, et non comme des facilités données à la prononciation.

i . Selon M. Corssen ( Beilr . p. 440), le p de templum serait aussi le résultat d’une épenthèse: tcm-p-lum serait pour ‘ temlu/tim, lieu coupé, limité pour prendre les auspices ; cp.le grec

Ttpevo; (lieu consacré), de tsjàvw (couper). Contemnere se rat-

tache à TÉU.VM par un sens dérivé au moral, comme l’anglais lo

eut, qui signifie au propre couper, et au figuré passer devant quelqu’un sans le saluer. «

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