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CLASSIFICATION LOGIQUE DES CONSONNES

§ 61. — Afin de pouvoir comparer les langues entre elles, nous ne pouvons nous dispenser d’introduire dans les alphabets l’unité de classement, et de chercher des divisions et des dénominations aussi rationnelles que possible. Voici celles que nous proposons.

La grande division des consonnes les partage d’abord en muettes et non-muettes . Le nom même des muettes, emprunté aux grammairiens grecs qui les «appelaient açwva (sine voce), vient d’une juste observation faite sur la nature de ces consonnes, qui ne sauraient être prononcées sans l’accompagnement d’une voyelle. Cependant, comme on manquait d’un nom symétrique pour les non-muettes, et que d’ailleurs toute consonne est naturellement suivie d’une voyelle (ce qui revient à dire, en langage d’acoustique, que toute articulation a son timbre), on a préféré, dans ces derniers temps, indiquer la même division par un autre caractère. On nomme les muettes explosives ou momentanées , parce que le son s’en fait entendre d’un seul coup, par une sorte d’explosion de la voix qui ne peut durer qu’un instant, et à condition de tomber immédiatement sur une voyelle. Telles sont k, g , l, d, p, 6 , et leurs aspirées vraies. Les autres consonnes, au contraire, sont dites continues ou fricatives , parce que le son peut

s’en prolonger par une sorte de frottement de l’air sortant de la bouche. Telles sont, parmi les lettres françaises, lesspirantes (§ 70) j, y, ch, z, s, v, f, h, les nasales m, n, et les liquides r, l.

§ 62. — Nous venons de parler d’aspirées vraies: il importe en effet de les distinguer des fausses aspirées. L’aspirée vraie est h, ou une explosive immédiatement suivie du son de h 1 . Suivant la tradition conservée par les brahmanes, les aspirées sanscrites étaient prononcées ainsi. Les aspirées de l’ancien grec, telles qu’on les connaît par l’intermédiaire des Romains, avaient-elles encore cette nature? On pourrait le croire peut-être pour le y et le 0 transcrits par les Latins ch et th sans plus d’explication; mais pour le <p, malgré la transcription pli , les explications de Quintilien* et de Priscien a ne laissent pas de doute qu’il ne fût prononcé de leur temps comme notre f. D’où l’on peut inférer que, dès l’empire romain, les aspirées grecques eurent la prononciation qu’elles ont conservée dans le grec moderne, c’est-à-dire qu’elles furent changées en continues, y se prononçant comme le ch allemand, 8 comme le th sourd anglais et <p comme f. Il faut bien avouer que des lettres ainsi prononcées sont des spirantes et n’ont plus rien d’aspiré que le nom. Néanmoins, comme tout porte à croire qu’à l’origine elles étaient des aspirées vraies, nous continuerons à les considérer comme telles.

1 . Pour s’en faire une idée, on peut recourir à la prononciation des mots anglais inh-horn, ant-hill , shep-herd.

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