‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 68 sur 82 · Matthiae, gramm. gr., trad. fr., t. I, p · texte numérisé non relu

Matthiae, gramm. gr., trad. fr., t. I, p

2. Id., p. 43 sqq. Leur forme première fut empruntée au H coupé verticalement. La première moitié I était l'esprit rude, et la seconde ï l'esprit doux. Les signes cursifs au-dessus des lettres, ' et ' en proviennent. Ils ne datent que du septième siècle de notre ère .

3. Sauf des exceptions dialectales comme le dorien u.ujae; (vous), l'esprit rude frappe u initial même dans les cas où il est tout à fait inorganique, comme dans uaiepo;, Cdtaxoç (dernier), cp. sscr. ultara, uttama. Il n'est pas moins inorganique sur e dans IxocTEpo;, cp. sscr. aikàtara (chacun); sur v\ dans ^éouai (commander), qui se rattache à «yw (conduire), etc.

figure deux r superposés, se rencontre dans quelques inscriptions archaïques et ne cessa pas d'être employé dans le dialecte éolien. C'était une aspiration particulière, qui eut primitivement, selon toute probabilité, un son analogue au w anglais, et qui dégénéra par la suite en simple et faible aspiration. Comme le digamma est étranger à l'alphabet ionien seul en usage dans les manuscrits qui nous ont conservé la littérature grecque, on ne peut le restituer que par conjecture.

La prosodie de l'Iliade et de l'Odyssée a fourni des inductions sérieuses sur l'existence du digamma à l'époque homérique. Les règles prosodiques ordinaires veulent en général qu'une voyelle finale brève soit élidée devant un mot commençant par une autre voyelle. Elles veulent aussi qu'une brève par nature devienne longue par position quand elle est suivie de deux consonnes, lors même qu'elles se trouvent toutes deux au commencement du mot suivant. Enfin la prosodie grecque veut spécialement que les longues et les diphthongues finales deviennent brèves, par élision implicite de leur dernier élément, devant un mot suivant qui commence par une voyelle. Mais ces règles générales trouvent dans les poèmes homériques un grand nombre d'exceptions, dont Bentley et les philologues qui l'ont suivi ont donné une explication satisfaisante, en supposant la présence d'un digamma que la grammaire comparative confirme dans la plupart des cas. Ex. : Tov Sètàwv 1 (illum autem videns) devrait se scander avec élision Tov £' i&wv, qui

i. 7/.,XV. 12.

n'entrerait pas dans la mesure du vers : -™, S'il se scande c'est que i^wv est précédé d'un di-

gamma, et qu'il est en réalité */"t£a>v, cp. videns, s] vici. De même dans cette fin de vers : [xiyeôo; xal elàoç 6{JLotyi (magnitudine et forma similis), l'absence d'abrègement de xai devant une voyelle montre que elàoç est pour *^etào;. De même enfin, dans èiz\ èï p£av pfl&e xixpYiv (et radicem immisit amaram) 1 , &g serait bref si l'on ne suppléait *f p£av, comme le justifie l'éolien PptÇa *.

Quant au £, on ne doit pas oublier que cette lettre grecque est double, étant pour à;, et que, comme £ = xç, 4* === e ^ e fait position et rend longues les brèves qui la précèdent.

Nous arrivons maintenant au sort subi en grec par les spirantes primitives, et au rôle que jouent, pour les remplacer, les esprits, le digamma et le £.

Page 1