‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 217 sur 399 · DE LA RIME SUFFISANTE · texte numérisé non relu

DE LA RIME SUFFISANTE

La rime est suffisante quand elle présente le même son, mais non la même articulation, comme soujoir, plai^îr; espoi'r, a.voir ; entendre, rendre ; ia.loux, genoux :

Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang...

CORNHnXB.

Remarque. — La rime étant surtout pour l'oreille et non pour les yeux, on doit en juger plutôt par le son que par l'orthographe. Ainsi les mots suivants riment ensemble :

Fréquent — Camp.

Accord — Encor.

Shakspeare — Empire.

Enfant — Triomphant.

Austère — Salutaire.

Travaux — Dévots.

Un mot ne peut rimer avec lui-même, à moins qu'il ne soit pris dans deux sens différents. Ces deux vers sont donc iiréguliers.

Les chefs et les soldats ne se connaissent plus y

L'un ne peut commander, l'autre n'obéit plus.

Mais les vers suivants sont irréprochables ;

Je la vois Entr'ouvrir ma tombe,

Et sa voix M'appelle et j'y tombe.

De même, deux mo*' de prononciation semblable, mais appartenant à des rimes de ^enre différent, ne peuvent rimer ensemble ; tels sont :

Club — Cube.

Lait — Laie.

Tarn — Lucarne.

Amer — Mère.

Corridor — Matamore.

Nectar .— Tartare.

Cobalt — Asphalte.

Des mots d'orthographe uniforme, mais de prononciation différente, ne peuvent également rimer ensemble : Fier [adj.) — Confier.

Brutus - Vertus.

Jupiter — Mériter.

Paris — Paris.

Ainsi, on doit blâmer les rimes suivantes de La Fontaine : La belle était pour les gens fiers; Fille se coiffe volontiers...

Le renard s'en saisit et dit : Mon bon monsieur, Apprenez que tout flatfewr...

On mot simple ne rime pas non plus avec son composé, écrire avec souscrire, mettre avec remettre, faire avec défaire. Il y a exception à cette règle toutes les fois que le simple et le composé ont une signification assez éloignée, comme front et a/front, battre et abattre, garde et regarde.

Un vers est défectueux quand le premier hémistiche a une apparence de rime, un rapport de son avec le dernier hémistiche du même vers ou du vers précédent :

Aux Saumaises futurs préparer des tortures. Tous perdirent leurs biens et voulurent trop tard Profiter de ces dards unis et mis à part.

Les voyeUes a, i, i, o, u, et la terminaison er, ne suffisent pas pour la rime. Ainsi aima ne rime pas avec donna, bonté avec trompé, béni avec dormi, domino avec indigo, vertu avec perdu, parler avec chanter. Pour rimer, ces voyelles et cette terminaison doivent être précédées de la même consonne. Toutefois, cette règle n'est pas rigoureusement observée , et La Fontaine s'en est souvent affranchi :

Le premier qui les vit de rire s'éclafa : Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là?

Et je sais que de moi tu médis l'ans pass^.

Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né? \

Quiconque a beaucoup vu, Doit avoir beaucoup retenu.

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