‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 224 sur 399 · FIGURES DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

FIGURES DE CONSTRUCTION

651. Les figures de construction sont celles dans lesquelles les

mots conservent leur signification propre; quoique purement

grammaticales, elles ne laissent pas de faire un bel effet dans le ' discours. Ces figures sont : l'ellipse, le pléonasme, Vhyperbate, | la syllepse, la conversion, la répétition et l'opposition, l

!• DK l'ellipse.

652. L'ellipse est une figure qui, pour donner plus de rapidité i à l'expression, supprime des mots que la construction gramma- | ticale exigerait : Celui gui rend un service doit l'oublier; celui qui 11 le reçoit, s'en souvenir; c'est-à-dire doit s'en souvenir, |

Le crime (ait la honte, et non pas l'échafand,

c'est-à-dire téchafaud ve fait pas la honte, '-\

Pour que l'ellipse soit bonne, il faut que l'esprit puisse y sup- -j

pléer &ans eff'ort les mots sous-entendus. Toute ellipse qui rend •!

le sens équivoque ou loucbe est vicieuse. Jj

2* DU PLÉONASÏIE. ^1

653. Le pléonasme est le contraire de l'ellipse; c'est une figure ' par laquelle on eicploie des mots qui sont inutiles pour le sens, I mais qui donnent plus de force à la phrase : !

Sh 1 que m'a fait à moi cette Troie où je cours T

Racinb.

Puissé-je de mes yeux y vcht tomber la foudre I

CORNEILLB. '

Je fai entendu de mes propres oreilles.

Dans ces phrases, les mots à moi, de mes yeux, de mes propres oreilles forment des pléonasmes; ils ne sont pas nécessaires au i sens, et l'on pourrait les retrancher; mais alors l'expression y perdrait toute sa force.

Le pléonasme est vicieux quand il n'ajoute rien à la force du j discours : Il N'y a seulement que Racine qui soutienne constamment répreuve de la lecture.

Remettez en ses mains trâne, sceptre, couronne, \

CORMKILLS. j

Dans la première phrase, ne.,, que a le même sens que seule- \ ment; ce dernier mot est donc de trop. Dans la deuxième, les ; mots trône, sceptre, couronne exprimant la même idée, un seul de ces mots suffirait.

30 de l'htpeebàte.

654. L'hyperbate ou inversion est une figure qui renverse l'ordre naturel des mots ou des propositions : |

Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pfttore. I

RAcnm.

Où la liéfiance commence, ramitié finit. Pour:

Dieu donne leur pâture aux petits des oiseaux. L'amitié finit où la défiance commence, L'hyperbate est bonne quand elle est claire et qu'elle donne d^e

la grâce et de rhannonie au style, en lui ôtant la sécheresse et l'uniformité de la construction grammaticale. Mais il ne faut pas que l'inversion soit forcée ; autrement elle devient un travers, obô marque d'impuissance de l'esprit, comme dans ces exemple»:

On doit le fruit cueillir, et non l'arbre arracher.

Mon père à manger m'apporte.

tP DE LA SYLLEPSE.

655. La syllepse est une figure qui consiste à faire accorder un mot, non avec celui auquel il se rapporte grammaticalement, mais avec celui que l'esprit a en vue :

Entre U pauvre et tous, vous prendrez Dieu pour juge : Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

RAcmB.

Eux se rapporte, non au mot pauvre employé au singulier, mais à l'idée des pauvres que le poète a en vue.

5» DK LA CONVEBSION, OU mieUX RÉGRESSION.

656. La régression est une figure qui consiste à reproduire symétriquement les mêmes mots dans un renversement d'idées :

« Courbe ton front, fier Sicambre; adore ce que tu as brûlé, BRÔLE ce que tu as adoré. »

// faut MANGER POUB VIVRE, et non VIVRE POUR manger. La poésie surtout fait usage de cette figure :

En France jamais l'Angleterre N'aura vaincu pour conquérir :

Ses soldats y couvrent la terre , La terre doit les y couvrir.

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