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Emile Bergerat, iJ

ET LE GOUT E\ FRANCE

touche, éclat du coloris et prodigieux esprit de détails. .Mais les triomphateurs, dans l'aquarelle, sont encore Fortuny et Henri Regnault, deux aquarellistes admirables. Qui n'a lu la notice consacrée par Théophile (lautier aux aquarelles de Regnault exposées à V Ecole des Beaux-Arts ? « La troisième aquarelle, dit le grand écrivain, n'est qu'un simple bouquet de palette, un sélam de couleurs orientales épanouies dans un rayon de lumi^cre ; elle représente une cadine ou une

l"ig. 36. I.E Solliciteur, aquarelle Je M. I.. I.cloir (dessin de l artislcl.

odalisque se tenant debout au milieu de sa chambre et comme ravie de sa beauté et de son costume chatoyant : tout cela fait au premier coup avec une fraîcheur et une limpidité incomparables. Le peintre, tout en maintenant sa volonté, a su profiter admirablement des heureux hasards de l'aquarelle » '. Parlons maintenant de la gouache, mélange d'eau et de gomme arabique fondue à chaud, dans lequel on a broyé des couleurs en poudre. Dans l'aquarelle, on pose d'abord les tons les plus clairs pour finir par les tons les plus foncés; dans la gouache, c'est le contraire qui a lieu. L'aquarelle n'est, en définitive, qu'un lavis ; la gouache est déjà une peinture.

I. Catalogue des Œuvres Je Henri Hcj^nault, exposées à l'Ecole Jes lieaux-Arts.

L ART INTIME

C'est ainsi, du reste, que le comprenaient les artistes du xviii' siècle, entre autres Beaudoin, « ce gouacheur, qui a été toute sa vie uniquement un gouacheur », et qui n'a laissé la mention, dans aucun ancien catalogue, d'une œuvre autrement peinte qu'à l'eau. « Ce Beaudoin, gendre de Boucher, le dessinateur inspiré de la galanterie et de toutes les élégances friponnes du temps, est toujours fin, toujours spirituel,

et révèle dans ses gouaches de rares qualités de coloriste. Quelle distane de ces gouaches peinées, sorties de la main lourde des Allemands appliqués, les Lavreince, les Freudeberg, à ces libres et pétillantes esquisses de Beaudoin, réchauffées de terre de sienne dans les ombres, toutes pimpantes de vert tendre, de blanc, de bleu, de rose, éclaboussées de ces touches que Hall imitera de si loin, lavées d'une aquarelle si brillante qu'elle dépasse Fragonard et atteint Bonington ! » '

Quelques peintres modernes ont montré dans la gouache une véritable habileté. Mais c'est surtout dans la peinture d'éventails que plusieurs de nos célébrités artistiques ont employé la gouache. Déjà, au xvn' siècle, les peintres éventaillistes excellaient en ce genre. Sous le règne suivant, les élèves de Boucher, devenus encore plus habiles, couvrent tous les éventails d'idylles légères, de bergères roses et de fonds bleus chimériques; mais ces artistes suivaient le courant, et selon le caprice de la mode, ils ont tour à tour imité Watteau, les Vanloo, Boucher, Greuze et tous ceux qui ont réussi.

I. Kdmond et Jules de Goncoin t, L'Art du XVIU" siècle, i" séiie.

Fig 37. Dessin de M. Louis Lcloir, d'après une de ses aquarelles.

ET LE GOLT EN l-KANCE.

Néanmoins, il ne paraît pas qu'aucun de ceux-là ait peint de feuille. Gillot a pu en pemdre quelques-unes : il faisait tout ce qui concerne son état ; mais, pour les autres maîtres, ce n'est que dans des occasions tout-à-fait exceptionnelles, par un caprice du moment ou pour complaire à quelque grande dame exigente qu'ils ont pu Jeter sur l'ivoire ou sur le vélin une pastorale ou une mythologie » '.

Tel serait le cas du remarquable éventail attribué à Boucher, que possède M. le docteur Piogey.

« Il est décoré de quelques ornements légers, dit encore M.Paul -Mantz, encadrant les tètes en médaillons d'un jeune garçon et de deux jeunes (illes. I. a délicatesse du tonlinement posé, la sûreté de la main, le libre maniementde la gouache, disent assez que l'œuvre est celle d'un maître ».

Quant à la miniature, c'est un genre de peinture qui est toujours mignon et quelquefois mignard. Bien qu'on puisse peindre en miniature de diverses manières, à l'huile, sur vélin oU en émail, nous ne parlerons ici que des miniatures sur ivoire, véritables petits lavis parce qu'on y épargne le blanc du fond, et auxquels on ajoute parfois un peu de gouache.

.M""" de Mirbel peut être considérée comme le dernier et le plus grand des miniaturistes de notre temps. IClle se trouva au plus haut point du talent et de la réputation vers 1830. « Les miniatures de .M""" de Mirbel, écrivait Gustave Planche dans son salon de 1847, sont, comme toujours, les plus belles de l'Exposition. L'élégance, la finesse des

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