IL ACCORD DU FERBE AVEC SON SUJET
RÈGLE GÉNÉRALE. — Le verbe s'accorde avec son sujet en nombre et en personne :
La haine veille et l'amitié i^ endort.
(La MoUe> le Chien et le Chat, fable 7.)
« La religion veille sur les crimes secrets : les lois veUlent sur les t crimes publics. » (voiuîre.)
Falienoe et succès marchent loojoan ensemU». (Yinefré.)
« Virgile, Varius, Pollion, Horace, Tibulle étaient amis. »
(Voltaire, discours préliminaire en tôle de sa tragédie Û'Alxire,)
Dans ces phrases, le sujet peut ^tre considéré comme l'agent principal qui commande à tous les autres mots, et leur prescrit les formes dont ils doivent se revêtir pour ne faire qu'un tout avec lui : le verbe est donc obligé de prendre en quelque sorte la livrée du sujet
•s l'aogor» m YïïÊam kWBC bhh bout. 575
Tel mt le prineipe général de raccord : mais tout single qu'il eftt, r^[>plicaiien n'en est pas tonjonre aisée, car quelquefois il est difflcUe de distinguer s'il y a unité ou pluralité dans le sujet, et si^ par conséquent, le verbe doit adopter le singulier ou le pluriel.
Afin d'en faciliter l'application et de lever tous les doutes, nous allons, dans plusieurs remarques, donner la solution de toutes les difficultés qui peuvent se présenter sur l'accord dn verbe avec son sujet. ,
Première remarque. *-- Lorsque le verbe a deux ou plusieurs sujets substantifs ou pronoms singuliers de la troisième personne, unis par la conjonction e/, on met ce verbe à la troisième personne du pluriel : «Lui et elle viendroni à la campagne avec moi.» — « La < jeunesse et l'inexpérience nous expotmU à bien des fautes, et par « conséquent à bien des peines. >
▲utrefoU la Justice et la Mérité nuM
Chez lei premiers humaiiifl furent loDglempi eonnaei .
(Rulhières.)
Voilà ce que veulent la Grammaire et la raison ; car deux ou plusieurs singuliers valent un pluriel, et c'est ainsi qu'ont écrit la plupart des auteurs.
Les aulean de la Grammaire nationale trouvant ridicule celte énoodatioii de la règle, y ont substltaé celle-ci : « Lorsque Vidée exprimée par le Yerbe est aflkfiiée de pluaieors substanilfs singuliers liés par et, ce verbe se met au pluriel. » AlBst lo verbe dans ce cas ne s'accorde pas précisément avec les substantifs, puisqu'ils sont au singulier, mais avec l'idée. Il faudra donc analyser la pbrase de cette manière : Tous deux, lui et elle, viendront, etc. C'est toujours la même conclusion, ▲. L.
Cependant on trouve quelquefois des exemples du singulier, principalement dans les poètes chez qui les entraves de la versification semblent faire excuser cette licence.
On lit dans Boileau (le Lutrin^ ch. 1) :
On dit que ton front Jaune et ton teint sans couleur Perdit en ce moment son anUque pAleur.
Dans Racine (MUhridate^ act. Y, se. 5) :
Quel nouveau trouble excite en mes eiprIU
Le saug du père, 6 ciel, et les larmes du flU 1
Dans Voltaire (la Henriade, ch. III) :
La tendresse et la crainte
Pour lui dans tous les cœurs était alors éteinte.
Chez les prosateurs, c'est souvent une négligence échappée à la rapidité de l'écrivain, ou une faute commise à dessein pour donner ;
576 ra VkCCùKO DU VsraB avec sok ftujn.
à la ptarue pltiB d'harmonie : € H<Ase a écatii les œuvres de Dieu c avec une exactitude et une simplicité qui attire la croyance et t l'admiration. » (Bossuet, EiOaire untpenelle, p. 170, édit. in-li.) — « I^ sagesse et la piété du souverain peut faire toute seule le € bonheur des sujets. » (Massillon, IP dimanche de Carême J) — c L'univers, me dis-je, est un tout immense dont toutes les parties c se correspondent. La grandeur et la simplicité de cette idée éleva « mon àme. » (Thomas, Éloge deMarc-Jurêle, p. 563.) — «Le bien « et le mal est en ses mains. » (La Bruyère.)
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en cela que ces écrivains sont à imiter.
Deuxième remarque. -- Lorsque le verbe est précédé de deux ou '^de plusieurs substantifs qui ne sont pas liés entre eux par la conjonction et, on met de même le verbe au pluriel : « Le Rhône, la « Loire sont les rivières les plus remarquables de la France. »
L'ambUiJn, ramour, ravarice, la haine,
Tiennent, comme an forçat^ aoo espril à la chaîne.
(Boileao^MUreVin.) Exceptions. — On fait accorder le verbe avec le dernier substantif, 1"* quand les substantifs ont une sorte de synonymie, parce qu'alors il y a unité dans la pensée, et que, par conséquent, il doit y avoir unité dans les mots : « Son courage, son intrépidité éiamt^ les plus braves. » (Domergue.) — « Son aménité, sa douceur est « connue de tout le monde. » (Le môme.) — « Dans tous les âges de « la vie, l'amour du travail, le goût de l'étude est un bien. » (Mar- MONTEL, la Feillée^ conte moral.)*-- « J^ douceur, la bonté du grand « Henri a été célébrée de mille louanges. » (Pélisson.)
Ce ciel éblouissant, ce dôme lumineux,
Laiêse échapper vers moi, du centre de ses feox,
Un rayon précurseur de la gloire suprême. (Golardeao. }
Le noir venin , le fiel de leurs écrits,
1i*excite en mol que le plus troïd mépris. (Le même.)
Hais les substantifs synonymes ne doivent jamais être unis par la conjonction additionnelle et;, il n'y a qu'une seule et même idée , un signe d'addition devient donc inutile. Ainsi les écrivains que nous venons de citer auraient eu tort d'en faire usage et de dire par exemple : c La douceur et la bonté du grand Henri. » --* « Ce ciel éblouissant et ce dôme lumineux, etc., etc. » De même, J.-J. Rousseau, qui a dit : « Heureux esclaves, vous lenr devez (aux arts) ce goût délicat et fin dont vous vous pi-
DE l'accord du TSRBE àVK SON 8UJBT. 597
« quez; cette douceur de caractère H cette aménité de mceurs qui « rendent parmi vous le commerce si liant et si fiicile, » a fidt une foute. En effet, la douceur de caractère et Faménité des mcturs ne sont pas deux choses différentes dans l*esprit de Técrivain : le second substantif n'est qu'un coup de pinceau de plus; c'est la même idée représentée sous une couleur plus vive; il ne fout donc I>as et, qui est un signe d'addition. ^-« Qui rendent au pluriel est vicieux aussi, parce que ce n'est pas la pluralité numérique des mots qui exige le nombre pluriel, mais la pluralité des choses.
(Domergnet page 1 16 de m Gramnudre rimpHfUe,)
GeUe eiiUqoe ei t bien sérère, car enfla H o'y a gaère dans aaettoe langue de f ynonymle Tralnient parfaite ; et qui peat répondre que récrivaln n'ava qo*une même clMMe fOQf deoi eipressions différentes P Si doue II a Toalu marquer deax nuaneea de la peniée , deux partiel distinctes d'an même objet, a-t-ll commis nne faute d'employer le pluriel? Toutes ces théories absolues tendent à laisser aui auteurs trop peo de latitude, et c'est mettre inutilement des entraves à la liberté de l'eiprlt. Nous croyons la phrase de Rousseau eiempte de tout reproche, et nous pensons qu'on peairimiler. A. L.
S* On bit acoQrder le verbe avec le dernier substantif lorsque Tesprit s'arrête sur ce substantif, soit parce qu'il a plus de force que ceux qui précèdent, soit parce qu'il est d'un tel intérêt qu'il ftdt oublier tous les autres.
C'est ainsi que Racine (Iphig., act. lil, se. 5) a dit:
.... Le fer, le iMndeau, la flamme est loate prête.
L'attention se porte un instant sur le fer, sur le bandeau^ mais bientôt l'esprit ne considère plus que la flamme qui va dévorer une victime innocente et chère.
Il en est de même des exemples suivants :
Le Péroo, le Potose, AUirs est sa conquête.
(Voltaire, AUire, acte I, se. 2.)
OÙ l'esprit finit par s'arrêter sur Alxire.
« Ce sacrifice» votre intérêt, votre honneur, Dieu vous le etmh « mande. » (Domergue.) Dieu règne seul dans une àme où domine la piété; l'intérêt s'efiface devant l'honneur; l'honneur humain devant Dieu. j9t«i reste seul, et doit seul faire la loi au verbe cam^
mande.
C'est encore d'après ce principe que Voltaire a dit i
Un Mtti inot« un soupir, un coup d'csil nous irahiî.
lOEdipe, acte III, se. 1.)
h7S Ufi L*ACGOIU) MJ VBKBB kTBC SON SUJET.
.y^iu, pênpte (fojbièroiii dMt la (bute «^avanee»
Aecoves; c'est à vous de fi^er lés destins :
LouiSf son fiU, VÉtat, V Europe est dans vos mains.
(Po€me de Fontenoi.)
Qae ramitié, que le sang qui nous lie
Nous tienns lieu du resle des humains. (Ê[mre 74.)
Massillon (IV* dimanche de Carême) : c n ne faut aux prinoes et « aux grands ni effort, ni étude, pour se concilier les cœurs; une « parole, un sourire gracieux, un seul regard suffit. »
Oomeille (Héraclius, act. I, se. 2) :
Celle feinte doaeeur, ceue ombre d'amitié F'ient de la politique, et non de ta pitié.
Racine {Phèdre, act. IT, se. 6) :
J'ai pour aïeul le père et le maître des dieux : Le ciel, tout l'univers est plein de mes aïeux.
Le même:
Mon repos^ mon bonheor semblait s'être affermi.
Pascal ( ses Pensée»^ partie I, article 4) : « L'homme n'est qu'an 4 roseau» le plus &ible de la nature;, il ne faut pas que l'univers «( entier s'arme pour l'écraser; une vapeur y un grain de sable suffit « pour le tuer. > — > Bossuet : « N'en doutez pas. Chrétiens, la « fausses religions, le libertinage d'esprit, la fureur de disputer « sur les choses divines a emporté les courages. »
Observez qu'il n'y a point de difficulté si le dernier sujet est pluriel; dans ce cas, on ne peut employer que ce nombre : « Son « repentir, ses pleurs le fléchirent*. »
3* Remarque. — Quand le verbe sç rapporte à plusieurs sujet» de différentes personnes, il se met au pluriel et s'accorde avec la personne qui a la priorité (376) : «^ Fous et nto» nous sommes con- « tents de notre sort. » (L'Académie.) — ^ Fous et lui voixssatez < la chose. » (Le P. Bupher.) — * c Nous irons à la campagne, lui « et moi. » (L'Académie.)
(U p. Baffler, n» 70«* — Wailly, pagp 27». — Le DUt. de I Académie an 2bo( ' moif et les Grammairiens modernes.)
(*) Voyez, page 58(, ce que Ton doit faire quand la conjonction adverfatlve mais eit placée avant le dernier sqjel singulier.
(876) La première penonne a la priorité aar la seconde^ et la aecnode penonof sur la trolfilème.
DE L'accord du verbe avec son sujet. 579
4^ RsKARauB* ~ l*" Lorsque deux mots comfiosaQt le sujet d'un verbe sont unis par au^ eette conjonction excluant l'un des deux sujets, c'est le second seul qui donne Taocord au verbe, parce qu'énoncé le dernier, il frappe le plus l'esprit, et que ces sortes de phrases étant elliptiques, le même verbe est sous-entendu dans la première proposition, avec la forme qu'exige le mot sujet qui précède ou. .
€ C'est Cicéron ou Démosthène qui a dU cela. » — a Ce sera le « général oti ses deux aides-de-camp qui seront chargés de cette « mission » (le général sera chargé^ ou ses deux aides-de-camp seront chargés y etc.) — < Je ne sais si c'est vous ou Platon qui le pre^ « mier a disque les idées sont éternelles. » (de Waillt.)— c Sel- € gneur, il vous est donc indifiérent que nous périssions, et notre « perte ou notre salut n'est plus une affaire qui vous intéresse. » (Massillon, Écueils de la Piété,) —^ < La vivacité ou la langueur € des yeux fait un des principaux caractères de la physionomie. » (BoFFON.) — < En quelq.ue endroit écarté du monde que la corrup-
« tion ou le hasard les jette ^ etc. » (SoMaeU Omixan fun.de ta due. tfOr,)
Cependant l'Académie n'est point en tout d'accord avec ces * Grammairiens, car tantôt elle fait accorder le verbe avec le dernier* sujet : « C'est Cicéron ou Démosthène qui a dit cela, » et tantôt avec les deux : < Ce sera son père ou son frère qui obtiendront « cda. »
On trouve aussi dans de bons auteurs quelques exemples contre cette règle ; comme ceux-ci : « Le bonheur ou la témérité ont pu &ire « des héros ; mais la vertu seule peut former de grands hommes. » (Massillon, Triomphe de la Religion,) — « La peur ou le besoin « /onl tous ses mouvements. > (Buffon, parlant de la souris.) — « Le temps ou la mort soni nos remèdes. >
(J.-J. Rousseau, la muvelle HéMse.)
Mus ce sont souvent des négligences qu'il ne fliut pas imiter, et qnelquefbis l'accorddu verbe avec les deux sujets ne parait conveni^le ; que parce que la conjonction ou a été employée improprement au lieu ! de et que le sens exigeait.
Ici encore nous réclamoni poar récrivain la liberté d'eiprimer son idée ^lon l'in. preulon qa'il éprouve. Ainsi Buffon songeant que deux choses principalemeol/bnl les mouvements de la souris, non pas à la fois^ mais allernativemeot, a diU, • La peur ou le besoin /bn(, etc. » En mettant fait, il eût marqué seulement TalternaUve^ sans montrer que les deux substantifs étaient la limite dans laquelle 11 voulait circonscrire son idée. Il est évident que dans ce cas rallcrnalive n'exclut pas la plura-
580 »E l'aooord do verbe avkg son sujet.
Hié, oomiM ra fort biea remarqué Umare. Le mqi alon devient émpttqM t « Dmc eAof«f, le tempe ea la mort, «onl bos reroèdei. A. L.
On observera qu'il y a des cas où Vacoord du verbe avec les dem sujets serait non seulement une faute contre la grammaire» mais encore une absurdité; dans cette phrase, par exemple : M<m oncle ou mtm frère sera nommé à P ambassade de Vienne^ Il n'y a qu'une place à donner, le bon sens exige le singulier. Voyez page 588.
2* Si le pronom régime direct du participe a deux antécédent: tmis par la coiyonction ou^ le participe s'accorde avec le dernier^ comme frappant le plus l'esprit, ou, si l'on veut, parce qu'il n'y a point addition , mais alternative ou disjonction : < C'est un homme « o^ une femme que l'on a assassinée. » ( Bonifacb. ) *-— « Esl-ce c une poire ou deux poires qu'il a mangéu? » — ^ « Est-ce une pèche € on un brugnon qu'il a mangé ? » — ^ « Est-ce un brugnon ot» ime « pèche qu'il a man^^e?»
Ces phrases sont elliptiques : Estrce une poire qu'il a mangée, ou deux poires qu'il a mangées?— •iS'sl-ce un brugnon qu'il a mangé, ou une pêche qu'il a mangée?
5* Remarque. — Lorsque les deux sujets, unis par la conjonction ou, sont de différentes personnes, l'usage exige que la personne qui a la priorité soit placée immédiatement avant le verbe qui , dans ce cas, s'accorde avec cette personne et se met au pluriel : « C'est toi ou < moi qui avons fait cela; c'est lui ou moi qui avons fait cela. • (L'Académie, Opuscules sur la langue française. ) — « Lui ou moi « nous serons peut-être un jour assez lieureux pour, etc. •
(Marmontbl.) Le roi, l'âne, ou moi^ noos moorroni.
(UFonUine, fable 12).)
(V^allly, page 145. — MtfnnoDtel, page 272. — Uvixac, page 6&, t. II. — Et Sieard,pagelS3,t.II.)
^ Qaand un pronom, ier?ant en quelque aorte à récapitaler toot ce qol prèeêde, eat nil0 avant le verbe, il n*j a point de doute lur raccord : • Ton frère ou toi, vtm$ lies ; » — Voui ou moU nous partiront. » L'Académie aujourd'hui, dans son DiC" tionnairê, ne donne pas, que nous sachions, d*eiemple analogue à la phrase dtiei « C'est toi ou mol qui avons fait cela. » Et M. Dessiaox obserre avec Jostiesse que eettelocuUon présente une Irrégularité grammaUcate, puisque le rerbe a pour sqjet le relatif quif se rapportant nécessairement au pronom singulier moi, car II n'est guère possible de sous-entendre nous avant gui dans cette tournure de phraie.
I Ainsi U sera beaneoup plus correct d'écrire : « C'est toi ou moi gui ai, Cest Id ou toi gui as fait cela. » Voltaire a dit dans son Diet. philos, : « Est-ce le diable oo M qui as Inventé cette manière d'argumenter? » A. L.
DB L*AGGOM> W VKRBE AVEC SON 8I»BT. 681
6* AcMARQUB.*— On emploie le singulier, malgré les pluride qui précèdent , si une expression tdle que chacun j per»&nne , nul , rieny tout, réunit tous les sujets en un seul; ou si la conJoBCtion ad« versatile mais est placée ayant le dernier sujet singulier. Youfl n'êtes point i you, te temps, les biens, la Tie» RieniM TOUS mpparUmt, tontesti It patrie.
(Grasset, Sidnêy, acte II, se. 6.)
« Grands 9 riches , petits et pauvres, penonnc ou nul ne pcui se « soustraire à la mort. » (waoïj.)
Remords, crainte, périb, rim ne m'a retenae.
(Kadne, Britannieut, acte IV, se. 2.)
€ Non seulement toutes ses richesses et tous ses honneurs , nuric rf toute sa vertu %*évanouiL » (vaaceias.)
Dans ces exemples il y a ellipse d'un verbe au pluriel : « Le t^nps , « les biens, la vie ne vous apparft'enn«n^ pas; rien ne vous apparat tient; tout, etc. » ^-r < Grands, riches, petits et pauvres ne peu- « vent se soustraire à la mort; personne, nul ne peut, etc. »
(Vaugetaf, 36 1« Bon. — Th. Corneille, t» cette fient. -* L'Aeadéniie, page STS 4e sei Oùservaiiotts, — Deauzée, EneycL méih*, an mot nombre. — WaiUj, p. 14S. — Domergue, page »S. — M. Lemare, page 57.)
7* Remarque, *— Dans les phrases où deux substantifs sont liés par une des conjonctions de même que^ auai bien que, comme, non />/u« 9tte,/»/u^/ 9ue,avec, atnstftie (signifiant de mémo gue), et autres semblables, c'est avec le premier substantif que raccord a lieu, parée que c'est ce substantif qui fixe particulièrement l'attention, qui joue Je principal rôle : « La vertu, ieméme que le savoir, a son prix.»*— « L'envie, de même que toutes les autres passions, esi peu compatiUe « avec le bonheur. »
Le juste, atusi bien que le sage, Du crime et do malhear sait tirer avantage.
(Voltaire, Zaïre, acte II, se. 5.} Aristophane, aueeibien que Hénandre, Charmait les Grecs assemblés poor l'entendre. (J.-B. Roasseao. )
« C'est sa fille, au98i bien que son fils, qu'on a déshérUée. » — « La force de l'âme, comme celle du corps, est le fruit de la tempère rai)ce. » (Marmontel.) — c L'éléphant, comme le castor, aime la « société de ses semblables. » (Buffon.) — < Cette bataille, comme « tant d'autres, ne décida de rien. » (Voltaire, Hist. de Charles XII.) — « Son esprit, non plus que son corps, ne se pare jamais de vains « ornements. » (Fénelon .) — * « Ce ne sont point les honneurs, non
M% DK L'AGGORD m VBIIBS AYEG «os >StJCT.
c piM que les riehesses, qn'iU drfsMs. » (M. Beschbr, p. 154 de sa 190W). Théorie des parUcipes.) ^ « C'est sa SOe^phMt fiM son fils, « qu'il a dé^hériiée. » •- c C'est sa gloire, phi0i que le bonbenr de < la nation, qu'il a amhUimiiée. » (M. Besghsii.)— « Ce malheureux « père, avec sa fille désolée, pleurait son épouse dans ce moment, i (Florun.) — « Presque toute la Livonie, avec FEstooie entière, € avait été abandonnée par la Pologne au roi de Suède (Charles XI).» (Voltaire, Hist, de Vemp. de Busne, eh. XL)
I^ noarrisson da Pinde, aitui gu«le goerrier, K tout Tor da Pirou préf^ un beau laurier.
(Piron, la Métromanie, acte III, se. 7
€ L'histoire, ainsi que la physique, n*a commencé à se débnniiUer « que vers la finr du seizième siècle. > (Yoi^hauus, Cqmm. swr les Soraces.)
Dans toutes ces phrases, le substantif ou le propom gui vient api^ les conjonctions de même que, aussi bien que, etc. , etc. , est le sujet d un verbe sous-entendu, et cette phrase déjà citée : La vertu^ de même que le savoir, a son prix, équivaut à celleny : La vert» a w» prix, de même que le savoir a son prix.
SI qodqaefott, malgré la disjonctlve, la tendance de la pensée amène un pioriel ^comme nous venons de le voir, page 57 9), é plus forte raison les locutions coajone- Uves pourront-elles permettre un semblable résultat. En efl^et, dans ce cas, Tialf-jr bien souvent a tout à la fois Vlntentlon d'établir on rapport , et d'en oenfoodRl» deai teraies dans une même conclaslon. Ainsi, quand La Fontaine dit:
Le singe avec le léopard
GagnaieMt de l'argent é la foire. cUrre IX, IkUe ^.)
il ne vent pas dire que ieâinge gagnait de Vargmt avec le léopard, mais bien q« tous les deuwt le singe et le léopard, en gagnaient séparément. On Ut dans Bernardin de Saint-Pierre : « La vérité ainsi que la reconnaissance m'obligetUi dm qw, etc.» Dans Saint-Êvremond : « La santé comme la fortune retirent kant*-
I veurs à ceux qui en at>usent. » Nous croyons encore Ici que Fécrivain doit poaroir
1 faire usage du pluriel quand sa pensée l'exige. A . L.
8* RsMiiBauE. — Il arrive souvent que Tacoord doit aussi avoir lieu avec le premier substantif, quoique les deux substantifs ne soient pas unis par les conjonctifs dont nous venons de parler; c'est lorsque le dernier de ces substantifs est le sujet d'un verbe sousentendu : « C'est sa probité bien connue, jointe à son caractère doui < et modéré, que Ton a considérée dans cette occasion. » (M. Bescheb, page 154 de sa IVouv. Théorie des participes,) — « C'est une satire, « et non un livre utile, qu'il a composée, » (Le môme.)
DE l'aggoeb du vbrbk avsc sok sujet. 663
Quel boohenr de penser
Que si le corps périt, rame échappe à la mort, £i que Die«, non les rois, dispose de mon sort !
(Bemis» la lUUgim vengée, «Iimi Yli.)
(WaUly, page 174.- Fabre, page 121. — Sicard, page 83, t. 11.— M. Eonifece page 176. — M. Bescher, page 1 54 de sa Théorie des participes. )
9* Remarque. — Après Cun et Vautre^ le ^erbe doft*-il être mis au pluriel, ou est-ce le singulier que Ton doit employer?
Yaugelas (dans sa 142* Rem.) et Marmontel (p. 370 de sa Grammaire) sont d'avis que Ton peut se servir indifiéremment du singu lier et du pluriel.
L'Académie, sur la Rem. de Faugelas, laisse également le choix.
Regnier-Desmarais, p. 309 de sa Gromm.^*— De la Touche, p. 240, t. I, — Wailly, p. 146, — Domergue, p. 36 et 115, — Fabre, p. 116, —Girard, p. 116, t. II,— Sicard, p. 127 et 183, t. II, — et Lévizac, p. 116, 1. 11, pensent qu'il est mieux de n'employer que le pluriel.
Girard motive son opinion dans ces termes : « La propriété parti-- « culière de la conjonction et est d'unir les choses qui font le sub-
< jectif (sujet), de telle façon que leur influence dans le régime soit « commune et inséparable, et alors elle fait que l'attribut (verbe) se « trouve soumis à ces deux choses : d'où il suit que cet attributif « devant répondre au nombre de ce qui le régit, en vertu de la loi « invariable de la concordance, ne peut se dispenser de prendre la
< forme plurielle. Cela est si vrai, qu'on n'en a pas le moindre doute
< dans tout autre exemple; et en effet, qui a jamais imaginé qu'on « pût dire : Pierre et Jacques est venu^ ou n'est pas venu? Et en i^ vérité, il n'y a pas plus de raison à l'imaginer pour Texpression « l'un et Fautre; tout est soumis à la même syntaxe. »
Enfin l'Académie, dans son Dictwnnairey au mot autre^ donne ces exemples : L'un et l'autre y a manqué, et l'un et l*autre y ont manqué i et au mot un : L'un et l'autre est bon, et l'un et l'autre SONT bims.
Présentement, si l'on consulte les écrivains, on verra que les uns ont fait usage du singulier, les autres du pluriel.
Gomeille a dit .
Emilie et César, Vun et l'autre me gène.
{Cinna, acle III, se. 3.) Et Racine :
L'un et l'autre k la reine on(-il8 osé prétendre ?
[Mitkridate, acte II, se- 8.)
, M4 BB l'accord do ¥nBB ATBC M» SOJU.
£'tNi êi Vamin ofil pronii AUBde à nu foi .
{Ba§a*et, eût h «• 1.)
Dans Andromaque (act. V, se. 5) et dans les Frére$ mnemû, c'est encore le pluriel que Racine a employé.
Boileaa, au contraire» a fiiit usage du singulier {jiri poéêiqiu ch. m) :
Eladtai la coar, et eonnalstei là ville i
L'uHê ei Vaiar9 est toujoun en modèlei fertile (377) .
Dans sa X* satire :
L'mn êi Vautm dèt Ion oécirf à l'aYentore. Mais, dans sa satire lY, il a employé le pluriel :
L'un êi VauiTê i mon sens uni le cenreaa troolilé. Ainsi que dans sa satire IX :
L'wiêi FaiUrê àiêniMê'itaient plaints de la rime. 1^ Fontaine a adopté le singulier, dans sa Cable de r Ivrogne et sa FefntM .•
A demearer chez sol l'un et Vautre s* obstine. Ainsi que dans sa &ble 51* et dans la l40^ L. Racine (poème de la Religion), cb. Y), parlant des corps mis en mouYement par la Divinité, a dit au singulier
Exerçant l'on sur l'autre un mutuel empire.
Par les mêmes liens l'un et l'autre s'attire.
Bossuet {Discours surPhist. unît?., Il* partie, p. 277), au sujet de l'ancien et du nouveau Testament, a fait également usage du singulier : « Par le rapport des deux Testaments, on* prouve que Fun « et Vautre est divin. »
Voltaire, dans Métope, act. II, se. 2, a dit :
L'un ei l'autre à ces mots ont levé le poignard.
Et dans l'Orphelin de la Chine :
Votre époui avec loi termine sa carrière,
L'un et Vautre bientôt voit son heure dernière. (Acte V, se. i.)
Enfin le même écrivain dans le Siècle de Louis XIF^ en parlant de la mort de Turenne; dans son discours de réceptif» à l'Académie, et dans la Henriade (ch. VIII), — Fénelon, dans THUmofue
(377) Après la cour et la ville, on Ut dans quelques édiUons l'un et l'autre m masculin, parce que les moU Vun et l'autre éuient pris quelquefois neuU-alemeni ; aujourd'liui ce serait une rente.
m l'accord w verb^ ayec son sujkt. 585
(Uv. XXIV) , — Massillon^ dans le PeiU Carême^ — La Harpe, dans le Cours de littérature (t. ni, p. 110, et t. VDI, p. 336), — Fahbé Barthélémy, dans rintroducUon au Foyage d'Jnacharsis (H* partie, sect. 3) ,^-- Mille, dans la tradaction du Paradis perdu (liv. XI) ,— MarmoDtel, dans la traduction de la Pharsah (iiy. lY) , -^ Enfin le P. d^Orléans, dans les Rév. gAngl. (p. 64» t. VI) , ont employé tantôt le singulier et tantôt le pluriel.
Mais, comme presque tous les Grammairiens se sont prononcés pour le pluriel, nous pensons qu'on doit employer ce nombre, plutôt que le singulier; mais que, cependant, le singulier ne peut être considéré absolument comme une foute, puisque l'Académie et de bons écrivains l'autorisent. Peut-être quelques-uns de nos lecteurs voudront-Us savoir pourquoi Vun et Vautre est construit tantôt avec le singulier, tantôt avec le pluriel.
Domergue leur répondra que les écrivains ont mis le pluriel, lorsque, attentifs à la sensation qu'ils éprouvaient, ils ont été frappés de deux unités ; et que le singulier est tombé de leur plume, lorsque, glissant sur l'idée à exprimer, ils n'ont vu dans Vun et Vautre que Vutertpu des Latins, dont la forme matérielle présente un véritable singulier.
Nota. SI les moU VunetVauiretXaXetii placés après le verbe, Il n'y aurait plus dedifflcuUé, le pluriel serait derigoear : us YoutAiMT l'uh it l'autbi tê pro^ merur ; mais Us ne se sont promsnis m l'un m l'autu.
10* Remarque. — Si les sujets sont exprimés par ni Vun ni Vautre, ou liés par ni répété, la question de savoir si le verbe doit être mis au singulier ou au pluriel est un peu plus difficile à résoudre ; cependant, lorsque nous aurons exposé à nos lecteurs les diverses opinions des Grammairiens et des écrivains qui ont traité cette question, nous pensons qu'il leur sera facile de fixer la leur.
L'Académie (dans son Dict. , édit. de 1762 et de 1798, au mot ni) a mis au nombre des exemples celui-ci : « Ni l'un ni l'autre n^est « mon père.»— Dans l'édition de 1762: « JSi l'un m l'autre n'ont fait « leur devoir. »~Et dans celles de 1798 et de 1835 : < iVi l'un ni « l'autre n'a fait son devoir. »
Th. ComeUle et l'Académie {sur la 151* Remarque de Faugelas) s'expriment ainsi sur cette difficulté :
On dira : Ni la douceur ni la force ne V ébranlèrent^ » mais, en parlant de deux hommes, on dira : < M l'un ni l'autre ne fut ébranlé « à la vue de la mort. > Pourquoi les deux ni, dans le premier cas,
686 W t'AGGORD DU VERBE AVEC a9H SOtm.
denapdoDt^ite cm plmid? et pourquoi, dans le aeeoud, soidbenNk mi Biogulier? L'idée n*est*^le pas dans tous les deux égatement co&joDCtive? Si Ton y regarde de près^ disent Th. Corneille et l'Académie, elle ne l'est pas. Dans cette phrase : Ni la douceur ni la force ne Vébranlèrèniy Tesprit assemble la douceur et la force comme deux moyens dont on s'est serri ; mais, dans la seconde phrase, il cousidère les deux hommes l'un après l'autre, et par là il les sépare. La difiG&rence des deux personnes est plus sensible à l'esprit que celle des deux moyens, et c'est de là que provient cette différence de construction.
Domergue, Fabre, Sicard et Lévizac croient que, dans tous les cas, on doit faire usage du pluriel ; et ils fondent cette opiniœi sur ce que ce n'est pas l'action qui commande la forme que doit prendre le verbe, mais le sujet. Or dans cette phrase : ni l'un m Vautre n'ont fait LEUR devoir^ il y a deux sujets, aucun des deux n'a fait son devoir, c'est ce que cette phrase signifie; l'exclusion est commune à l'un et à l'autre, et cette exclusion ne peut être marquée que par le pluriel. D'ailleurs, ajoutent-ils, puisque l'Académie est d'avis que l'on doit dire : m la douceur m la force ne rÉBRANLÈRENT, et non pas ne V ébranla^ pour quel motif dirait-elle : ni Vun ni Vautre ne FUT ÉBRANLÉ à la vue de la morty plutôt que ne furent.
Wailly et Marmontel distinguent le cas où il n'y a qu'un des deux sujets qui fasse ou qui reçoive l'action, de celui où les deux sujets la font ou la reçoivent en même temps. Dans le premier cas, ils sont d'avis qu'on fasse usage du singulier, et que l'on dise : < Ai l'un ni < l'autre vUeet mon père? » — « Ce ne sera m M. le duc, ni M. le te comte qui eera nommé ambassadeur d'Espagne; » parce qu'on n*a qu'un père, parce qu'il ne doit y avoir qu'un ambassadeur en Espagne, et qu'alors l'action ne tombe que sur Fuji des deux sujets.
Dans le second cas, ils pensent que l'on doit faire usage du pluriel, et en . conséquence que l'on doit dire : «c Ni la douceur m la « force n'y peuvent rien. » — « iVt les biens ni les honneurs ne « valent la santé. » — «Ce n'est ni M. le duc m M. le comte qui « prétendent k la place d'ambassadeur; » parce que la dmuieur et la force y les biens et les honneurs font ou reçoivent l'action en même temps , et que M. le duc et M. le comte peuvent tous les deux prétendre à la place d'ambassadeur.
A l'égard des écrivains, ils ont indifféremment employé le singu lier et le pluriel.
HE L'ACiMm» ISG fBRBE AVEC SOlf 6CIET. W7
Jlaeine a ftiitus^ge du pluriel dans Mitiridaie (act. Ill, se. ï) : |y« eet asile même oô je 1» fais garder. Aï mon Jtttte eMiroux nTonf pu tinttmider.
Et du singulier dans Andromaque (act. IV, se. 5) : Quoi 1 sans que n< serment ni devoir vous retienne!
Et dans Iphigénie (act. IV, se. 5) :
JYi crainte ni respect ne m'en peut détacher.
La Fontaine a également ^it usage du pluriel (dons sa fable dc PhiUmontt Ba,uci$) :
Ni Vqr ni ki grandenr ne homrmtdenihumtax.
Et du singulier (dans sa fable de la Mouche et la Fourmi) : Adfeo : Je perds le temps, laissez-moi travailler. HTtroon grenier ni mon armeire JVeee remplit à balHIler.
Boileau a fait usage du singulier (dans sa T réflexion critique sur Longin) : « iVÎ Tun ni l'autre (Corneille et Racine) ne doit être mis •' en parallèle avec Euripide et avec Sophocle. » Voltaire, dans (mdipe (act. III, se. 1) , a dit : Dans ce cœar malheureux son Image est tracée; La verta ni le temps ne l'ont point effacée.
Et dans sa 2« remarque sur le 8* vers de la tragédie S! Horace : « Ni l'une ni l'autre manière n'es^ élégante. » — Marmontel dans sa traduction de la Pharsale (liv. III) : « Ni l'amour ni la haine ne nous « suivent dans le tombeau. » — Et (liv. V ) : « Je ne me plains ni des ^ dieux ni du sort ; ce n'est ni leur rigueur ni celle de la mort qui « rompt les nœuds du saint amour. » — La Harpe, dans son Cours de littérature (t. VII, page 281 ) : « La Fontaine fut oublié, ainsi que « Corneille ; ni F un ni r autre n'était courtisan. » — Et Vauvenargues : «c Ni le bonheur ni le mérite ne font L'élévation des hommes. » — Dacier, dans sa traduction de Plutarque ( Comparaison de Thésée et de Bomulus) : c Ni l'im ni l'autre ne sut conserver les figeons « de faire d'un roi; car l'un dégénéra en républicain, et l'autre « en tyran. » — Et Bouhours : « iVi la cour ni la prospérité n'ont pu « le gâter. » — J.-J. Rousseau, dans ses Confessions (liv. VIII) : « Ni « Grimm ni personne ne m'a jamais parlé de cet air. » — Et dans ses Rêveries ( 4* promenade) . t Ni mon jugement ni ma volonté ne « dictèrent ma réponse. » — Enfin l'abbé Barthélémy a fait usage du singulier dans le P'oytme d'Anacharsis (introduction !'• partie)/
M8 ML*AQG0UBUirKMSATMtM8QIR.
« Eotrez dans eeiwis sombre, oen*est mie tihnœ m Uaotttadeq^ « oeeiipe TOtre esprit. »— Et da pluriel (m6me introdaetîon, 1~ par tie) : < iV» le rang ni le sexe ne di$pen$aMini des soins domestiques» « qui cessent d'être yils, dès qu'ils sont communs à tous les états. »
Ainsi il est évident, par cq qui précède, que récrivain est libre de ^ se décider en faiyeur du singulier ou du pluriel , puisque les Grammairiens qui se sont occupés de cette difficulté diffèrent entre eux , d'opinion, et que l'Académie, ainsi que nos meilleurs auteurs, ont foit usage indifféremment du singulier et du pluriel. Cepen^t, conune il n'existe pas dans la nature de ressemblances parfiiites, de même il ne doit pas y avoir dans le langage deux manières de s'exprimer qui aient entre elles assez d'analogie pour que l'une puisse exactement remplacer l'autre \ alors nous pensons qu'il y a oitre celles dont il s'agit une différôice qui ne permet pas d'employer indistinctement l'une au lieu de l'autre. Cette différence est celle qu'ont indiquée Wailly et Marmontel. —Les deux sujets concourmt-îls à Taction? il y a pluralité dans l'idée; il doit y avoir pluralité dans les mots , et par conséquent il faut donner au verbe la forme pluridle. Ainsi je dirai : « Ni l'un m l'autre n'on^fait leur devoir. » — « iVi la « douceur ni la force ntpeuvmttiea. » Si, au contraire, un desdeux sujets seulement fait l'action, il y a unité, et dès lors le verbe doit être mis au singulier : < Ce ne sera ni M. le duc ni M. le comte qui « sera nommé ambassadeur d'Espagne. » — « iVÎ l'un m l'autre n'^f < mon père. »
I<roTA. Ce que nous âyonf dit , qae le verbe le met ao pluriel et s'âecorde avec la penoDDe qui a la priorité, quand 11 se rapporte à pliuleun pronoms tajets de différentes personnes, unis par la conjonction au , est applicable an verbe uni par ta eo^lonetloo ni : m vont m mai na soimu eoupabl99i — ai vom m UU n'kxa fûUcêla.
IV Remarque. ^ On a longtemps disputé sur la question suivante : Doit-on après un, une, joint à de, des, se servir du singulier ou du pluriel , et dire : < C'est une des plus belles actions qu'il ait € jamais faite ^ » ou « c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais « faites? Tt
Voici conunent s'expriment CondiUac (page 219), Marmontd (page 121 de sa Grammaire), Sicard (page 148, tome II), Domainm (page 101 ) , Lévizac (page 67, tome II ), et les autres Grammairiens modernes qui se sont occupés de cette difficulté :
La phrase dont 11 s'agit et toutes celles qui lui sont analogues sont elliptiques ; c'est comme s'il y avait : « C'est une aeHùn des plus
BB L'AGGOM m
AyKMASDJR.
« talks actions qu'il ait Jamais fiiites. » Pour résoudre la difflcalté, il &ut examiner si le pronom relatif qui oblige le participe oo le verbe à prendre Tacoord a pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé après la préposition de. Dans le premier cas y on emploie le singulier, et dans le second, le pluriel. Or, dans la phrase citée ci-dessus, il est évident que le relatif çue se rap- I>orteau substantif placé après la préposition, car il s'agit d'actions faites et non pas d'une action fhite. Le participe doit donc être mis au pluriel.
D'après ces principes, il faudra dire au singulier : « C'est tin de « nos meilleurs Grammairiens qui a fait cette faute, » parce qu'il s*agit d'un Grammairien qui a fait celle fauU; et au pluriel : « Votre « ami est un des hommes qui périrenl dans la sédition, » parce qu'il s^agit de plusieurs hommes qui périrent.
Et Lemare pense que Ton doit dire :
Kie^ le singulier,
HégMsochitt fut celai qui troioailla le plof effieacement â la ruine de m patrie.
C'est la chose qui a coolribué le plus à ma fortune.
i/antiquU6 des Assyriens est le point d*liiiloire qui a été le moins contesté.
Ctésias est le premier 9 ii< ait eiécaté cette entreprise.
Trajan est le pins grand prince qui ait régné.
C'est un de mes enfants qui a dîné chez vous.
C'est un de mes procès qui m*a rainé.
Avec/fp/tirîW.
Hégésiiochiis fut an de ceui qui travaiiiirent le plus efiicaceraent à la ruine de leur patrie.
C'est une des choses qui ont le plus contribué à ma fortune.
L'antiquité âts Assyriens est un des poinu d'htoloire qui ont été le moins contestés.
Ctésias fnt un des premiers qui aient eiécuté cette entreprise.
Trijan est an des plus grands princes qui aient régné.
peBi un des enfants qui ont dîné chez TOUS.
C'est un des procès qui m'ont ruiné.
Dans les phrases contenues dans la première colonne, le verbe, Tadjectif et le participe sont mis au singulier^ parce qu'ils se rapportent au substantif sous-^ntendu après un : Cesi un de mes enfants qui A diné chez vous^ l'action de dîner est faite par un de mes enfants.— Dans les phrases contenues dans la deuxième colonne, le verbe, l'adjectif et le participe sont mis au pluriel, parce qu'ils se rapportent au substantif pluriel mis après un de ou un des : Cesi
soo BB L'ACctfM m vttm Atsa bm sujet.
un d«t rnifUmUqm ontéMdmMvêm^ tous les enftats partltfpaità Tactioa de dîner.
L'opiak» de ees GrammakieBi est sancthmnée par l'autorité des bons écriTains :
Bossuel a fidt asage da singnlier dans cette phrase (eitraite de son Di$wur$ âtcr l'hisÊtrirê univenMey page 40^ ) : « [7ne des plus Mes « maximes de la miUoe romaine ^liiîlqu'on n'y louait point la fousse « v!deur. » — Et dans cette autre (tirée du môme ouvrage, p. 410) . « Une des choses qu*on imprimait le plus fortement dans l'esprit « des Égyptiens, él0il l'estime et l'amour de leur patrie.» ^Voltaire a dit aussi dans ses Annales de f Empire (page 462) : Un» des < premi^^ choses qu'on discuta dans le concile, /«l la oommunioB ff sous les deux espèces;»
Parce que, dans chacune de ces phrases, l'action est exécutée par un seul agent; le mot un, une y exclut évidemment toute idée de pluralité, puisqu'il indique, par exemple, dans une des phrases de Bossuet,que la,plus belle ie toutes les maximes de la milice romaine était qu'on ne Itmaitpas la fausse valeur.
Boileau a ensuite fait usage du pluriel (Discours sur le slyfe dei iMoripiions ^ : « Le passage du Rhin est une des plus menreilleuses « actions qui mm^ jamais été foites. » — Racine (préface de Mithridate) : < Ce dessein m'a fourni une des scènes qui onlle plus réussi « dans ma tragédie. »
Rollin : < L'empereur Antonin est regardé comme un des pins c grands princes qui aî^nl régné. » Massillon {^iees etver^des grands) :(« Les prospérités humaines ont toujours été un da « pièges les plus dangereux, dont le démon s'est servi pour « perdre les hommes. »^^Mascaron : « M. de Turenne a eu tout « ce qu'il fallait pour faire un des plus grands capitaines qui fu- « reni jamais. » — - Voltaire : (Annales de P Empire) : c Henri VIU « était un des plus grands fléaux qu'ait Couvés la terre. » — La Harpe {Cours de liUérature, t. YIH, p. 318) : « L'ouvrage de « Saint-Lambert sera toujours, par la beauté du langage et la pureté « da goût, un de ceux qui, depuis la ffenriade, ont fait le plus « d'honneur à notre langue. » -^ Suard (dans sa Notice sur la vie et le caractère du Tasse, p. vj) : « Tasse eut pour père un des écri- « vains qui cantrUnUrent le plus efficacement à mettre en honneur « la poésie italienne; »
Parce qu'ici le rdatif qui on que se rapporte au substantif plorid, placé après un cfo ou un des.
DE^iU2COBI>9U VWMAYKCSOMMJJET. - SOI
Il est vrai que Th. Ck)nieille et Restaiit n'adoptent pa» la règle que nous avons donnée; ii est également vrai que rAicadémle n'a rien dit sur cette question importante dans son Dictionnaire^ édition de 1762; et que, dans l'édition de 1798, au mot plus, elle cite cet exemple : « L'Astronomie est une des sciences qui fait ou qui « fimtie plus d'honneur à l'esprit humain. » Mais comme l'opinion de ces Grammairiens, et la décision de l'Académie, qui se trouve d'ailleurs consignée dans l'édition qui n'est pas avouée par toute l'Académie, sont contraires à l'usage adopté par nos écrivains les plus célèbres, nous pensons qu'elles ne sauraient porter atteinte h la règle que nous avons établie.
~ L'Académie, en 1835^ reproduit Texemple donné en 1798» mais elle fait remarquer que le pluriel, en pareil cas, est plus usité que le singulier. Dana ce second cas, l'expression une des sciences qui fait doit s'entendre par ellipse pour une science, parmi Us sciences, laquelle fait, etc. Voltaire a dit : « C'est une des pièces dePléategtit a tfu le plus de succès.» — Pascal : « C'est tm9 des principales rafsonsgtit a fait réivolter contre r Église une grande partie de l'EarOpe. » Cette loeution est donc également eoneele ; mai» noua reconnaissons avec l'Académie qoe l'antre est plus usi^ lée; et nous pensons qu'on doit l'employer de préférence, quand leseni lepermet. A . L .
12* ET DERNIÈRE Reuàrque. — Nous avous VU au chapitre des substantifs (pag. 93) qu'il y a deux sortes de noms ooUectiik : les collectifs partitifs et les collectifs généraux. — Les collectifs partitifs sont ceux qui expriment une collection partielle, une partie, un nombre indéterminé des personnes ou des choses dont on parlc^ comme : la plupart, une infinité, un nombre, une sorte, une nuée^ une foule, etc. Dans cette classe se trouvent les adverbes qui expriment la quantité, comme : peu, beaucoup, assez, moins, plm^ trop, tout, combien, et que, mis pour combien. — Les collectifs généraux sont ceux qui expriment la totalité des persoflines ou des choses dont on parle, comme : Varmée, la multitude^ le peuple, la /orét, Vescadre, la foule, etc.; ou un nombre déterminé de ces même? personnes ou de ces mêmes choses : le nombre des victoires, la moitié des arbres, cette sçrte de poires.
Il s'agit présentement de connaître les règles auxquelles les uns et les autres donnent lieu, pour Taccord du verbe.
PREUIÈRB RÈGLE. Quand un substantif collectif partitif ou un adverbe de quantité est suivi de la préposition de et d'un substantif, l'adjectif, le pronom, le participe et le verbe s'accordent avec le dernier substantif, parce qu'il exprime l'idée principale, celle qui fixe le plus l'attention, le collectif partitif ou l'adverbe n'étant, pour ainsi dire, qu'accessoire.
509 DB L'aGOMB m mOB ATBe flou SOIET.
EXSIIFI.BB : « La plupart ibimoMife ne uwueie pas de l'inteDtkm « ni de la diligence des auteare. » (Racine, préface de la comédie des « PUndeun.) — < La plapart des hommes se souviennent bien mieux « des services qu'ils rendent que de ceux qu'ils reçoivent. » (ScuDtRT.)
— « Une infinité de jeunes gens se perdent^ et parée qu'ils lisent des « livres impies, et parce qu'ils firéquentent des libertins. » (Wâillt.) *- « Une infinité de monde pense que la vie des courtisans est one « comédie perpétuelle, qu'ils sont toujours sur le théAtreet ne qait- « tent jamais le masque. » (La Rochefoucauld.) — c Quantité de « gens ont dit cela. » — « Un grand nombre à* ennemis parurent. »
— « On vit une nuée de harhares qui désolèrent tout le pays. > (L'Académie.) — «Un nombre infini d'oiseaux faisaient résonner
< ces bocages de leurs doux chants. » (nlémaquey liv. XIX.) -
< On voit un grand nombre de per^otifies capables de taire une action
< sage; on en voit un plus grand nombre capables de foire une action « d'esprit et d'adresse; mais bien peu sont capables de bire ose « action généreuse. » (Fréron.) --* < On cite des femmes Spartiates « une foule de mots qui annoneentle courage et la force. » (Thouas, Essai sur les éloges.) '— « Peu d'hommes raisonnent, et tous veol^it « décider. » (Le grand Frédéric.) ~ c La plupart des animaux ofU « plus d'agilité, plus de vitesse, plus de force, et même plus de con- « rage que l'homme. » (Buffon, Hist. nat, du chien.)
(Vancelas, 46% 47* et 3i9« tiem. — Th. Corneille, tUF ces aem. —Les Obten. et FAcaiénAe tur la 47« a«m. — Wailly, p. 140, ei Lèrizac, p. va, L U.)
< Il trouva une partie du pain mangé, une partie des citrons mm- « géSy des liqueurs hues (378). » (L'Académie et Th. Corneille.) — « Une vingtaine de soldats ont péri. » (Sicard.) — < Peu de monit « en est revenu. » — < Peu de gens négligent leurs intérêts. » (L'Académie.) — « Beaucoup de monde était à la promenade. » — « Beau- « coup de gens pensent ainsi. » (Même autorité.) — « Assez de gem « méprisent le bien, mais peu savent le donner ; » c'est-à-^re, peu d£ gens savent, etc. (La Rochefoucauld, 308.) — « Feu de princes»
< dans Thistoire, ont eu ce caractère de bonté, comme Henri IV. > (Thomas, Essai sur les éloges, ch. XXYI.) — « Combien peu ont
< assez de vie pour voir toute leur gloire et toute leur influence! »
(378) SI Ton écrit des bas de soie moibs, c'est parce que la soie elte-mëme n'est pas noire. Et si Ton écrit une robe de satin blanc, c'est parce que c'est une robe faite de saUn blanc, d'ooe étoflto A fond blanc
/M. Jacqoemard, l'un des coUab. da Ma$weU
DE l'accord DD verbe AVEC SON SUJET. 593
(La Harpe, Éloge de Foliaire,) — « Il y a peu de famiUeê dans le « monde qui ne touchent eiux plus grands princes par une extrémité, « et, par l'autre, au simple peuple. » (La Bruyère^ ch. XIV.)
Force gens ont été rinstrument de leur mal.
(La Fontaine, fable 148.) Tant dé coups imprévus m'œeablent à la fois. Qu'il» m'ôt«nt la parole et m'étouflènl la yoix.
(Racine, PMdre, acte IV, ac. 2.)
Jamais tant de beauté fut^eWt couronnée I
(Racine, Esther, acte III, se. 9.)
Observation. — La plupart^ k moins d'être suivi d'un singulier, veut toujours le verbe au pluriel : Le sénat fut partagé; la plupart
VOULAIENT que.,, LA PLUPART FURENT d'avis.
(L'Académie aa mot p^. — Lévizac, page 60, tome IL ~ Féraud, etc.)
Le substantif qui règle Taccord du verbe est sous-entendu : « La plupart des sénateurs voulaient que, etc., etc. »
Voyez les Bemarques détachées pour le mot une infinité, et pour le mot sorte.
— On trouve encore quelques cipressions qui, sans être rangées (|ans les noms collectifs, sont employées cependant d'une manière analogue :
Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux
Lui viendront aujourd'hui reDouveler leurs vœux.
(Racine, AihaUe, acte l, se. 2.)
« Après les bonnes leçons , ce gu'il y a de plus instructif sont les ridicules. • (Duclos.) Cette dernière plirase peut n'être considérée que comme une inversion , ainsi que nous allons le voir. A. L.
Remarque. — Un grand nombre d'écrivains ont fait accorder l'adjectif, le pronom, le participe et le verbe avec le collectif partitif, et non avec le substantif placé à la suite : « Une troupe de monta- « gnards écrasa la maison de Bourgogne. » (Domergue.) — « Une « nuée de critiques s*est élevée contre La Motte. » (Voltaire.) ~ « Ce peu de mots suffit pour ranimer Tarmée. » — « Nestor et Phi- « loctète furent avertis q}ïune partie du camp était déjà brûlée. » (Fénelon, Télém,^ livre XX.) — « Une nuée de traits obscurcit l'air « et couvrit tous les combattants. * (Le môme, liv. XIX.)
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose 4^s premiers temps nous retracer quelque ombre.
Racine, Athalie, acte J, se. 1.)
parce que, sans doute, ils ont vu, dans les collectifs partitift, troupe, nuée, peu, partie^ nombre^ et non dans le substantif à la suite, ridée dominante du sujet. L'accord est sylleptique et non grammatical; il n'est pas entre les mots, mais entre les idées.
504 DE UL PLACB DD SCJBT.
Segondb règlb. — Lorsqoe le substantif collectif général est soki de U préposition de et d'an nom, Tadjeetif, le pronom, le participe et le verbe s'accordât avec le collectif général^ parce qu'il exprime une idée totale^ indépendante des termes qui le suivent ; enfin, "parce qu'il exprime l'idée principale sur laquelle s'arrête l'esprit. « Z'arm^e des infidèles /u^^tièrement détruite. » (Même autorité.' •— < £a pluraliié des maîtres n'eii pas bonne. » (L'Académie, au mot pluralité.) — < < 11 fournit le nombre d'exemplaires convenu. • (Même autorité.)
I De ce qui précède, il résulte qu'on dira : une troupe de voleurs Ise sont iNTRODurrs; et: la troupe de voleurs s'est introdcitk.
Dans la première phrase, le collectif est partitif; dans la seconde, il est général.
On trouve dans nos bons écrivains quelques eiemples de phrases où ceitaiu mots, qui ne sont pas des eolUctifê, paraissent cependant, quorque employés aa singulier, être le sujet d'un verbe au ptQrial : « Sa maladie «ont des vapeurs. » (M** de Sévignâ.) — « L'efltet du commerce sont les richesses.» (Hontesqidea.; — « La nourriture ordinaire de récarenil sont des fruits. ■ (BolRm.)
Ce que Je vous dis là ne 3imt pas des ebansoiis. (Molière.}
Les auteurs de la Grafnmaire nationale regardent le subslanUf singulier coninK le véritable sujet du verbe. « On doit rendre compte de ces phrases, dlsenl-Us, par « la direction de la vue de l'esprit, qui se porte plus sur le mot qui suit le verbe que « sur celui qui le précède. En elTét, dominés par ridée de ce mol qui est an pknid, « les auteurs ont mis le verbe au même nombre, sans s*apercevoir qu'ils violaiect « les lois de la Grammaire , et peut-être bien sans s*en inquiéter. » Remarquons d'abord que le pluriel du verl>e dans les phrases citées sonne mieux à notre oraUle que ne ferait le singulier. Cela nous porte à conclure que dans ces phrases il j a une Inversion, et que le sujet grammatical est en réalité le substantif pluriel mu après le verbe; ou, ce qui est la même chose, nous dirons que le verbe, |Nir a//raction, prend le nombre du mot qu} suit, et en Tait alors son véritable sojeL Et cela vient de ce que, dans ces sortes de phrases, ridée attributive est réettemeiit celle qui est au sioguKer : des yapeun «onf sa maladie, etc. A. L.