LE DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE
Malgré toat le soin apporté par l'Académie dam b dernière édition de son Dictionnaire, malgré le mérite incontestable de cette grande cenvre^ il est cependant encore plus d'une question omise, ou résolue d'une façon qui nous parait inexacte. Qu'il noua soit permis de donner ici un aperçu rapide des points les plus importants signalés par notre critique.
La prononciation dépend de l'usage, et TAcadémie peut seule eu constater les règles. Le Dictionnaire devrait donc énoncer au moins les différences principales^ et dire, par exemple, û Ton prononce instinct, comme distinct^ ittceinct; si Ton prononce respect, aspect^ comme direct, abject^ etc. (Yojez plus loin, p. 39.)
D semble que l'infinitif en er, sonnant sur une voyelle suivante, ait la même valeur que s'il était suivi d'un e muet. Or, dans ce cas, toutes les terminaisons semblables prennent Vè ouvert, père, éphémère, espère; c'est le génie de notre langue. Le Dictionnaire ( lettre R ) accentue aUé^-au combat, ISe serait-il donc pas plus régulier de prononcer avec Yaugelas aUèr-au combiit? (Voyca p. 65.)
i^ n règne encore une grande incertitude sur la manière d'écrire au pluriel les mots d'origine étrangère adoptés par notre langue. Il serait utile au moins de diminuer les exceptions. Ainsi, d'après l'Académie, tous les i
x?ut
latins en um^ derenos tnacaû, premient un s «u.pluriel : des ftoHims, des fùdùtumSy des pemums^ etc. Mais pourquoi d'autres mots latins, devenus ëgalement français» ne prennent-ils pas ce signe? pourquoi £aut*il écrire, sans 8, des duplicatay des errata? l'un serait-il plus barbare que l'autre? Et si Ton donne pour raison qlie'<itipKoato«8t déjà un flluriel en latin, comment peut-on admettre au singulier un dupUcata?-^ Par suite, devrons-nous écrire des agendas ou des agenda? L'Académie se tait. -^ Enfin, puisqu'on admet des duos^ des triaSy pour quel motif iaut-il écrire, sans «, plusieurs solo? Dès que cette erpressitfn désigne plusieurs choses semblables, ne doit-elle pas prendre le signe du pluriel, comme les mots analogues tin«, seuls? etc. (Voyez p. 157 et stihiaiftes.)
2« L^Aiâidéiliie, dans les taots'fcompôâés, forriAés d'un Verbe et d'un substantif, semble êuivre partout une mkrthe ilnif<ii*tte. Bile llVtiiet le ^i^ftië du pluriel pour toUs les mots 'qui le edmportent : éés d&upe^a/li*rêls , ^lis cure'dents, des casse^naisetieSy 'des gagn^âeniérs^ 'des 'h<susse^àl8, de passe-ports, des tire-balles, etc. Mais sur quel motif s'appuie l'exception adoptée pour les mots composés oà ae trouve le veri>e porter ? Pourquoi devons-nous écrire sans s des porte-aiguille , des porte-bougie j etc.? n'y a-t-il pas là une contradiction ? (Voyesp. 184.)
l^ Fallait-il céder à l'abus pothr lé4hot érés^pHe ^ttlti^lbigUé aîllsî^e flon étytnologîe, au lieudèmalntettir'érySfipéle?
A"* Si le mot /^tiest synonyme de d^/bM, 'i>o«thfMtft'kuMÎt-il-pÉi^^>plnriel ? Et s'il signifie seulement le dernier mort, ne poArrait-^on pas'écfrlre encore dans ce sens : k tes feus rois de Fttisâe et d'Ab^letèrre? » 'l(Voyei p. »«.)
1^ Faut-il dire : c'est nnt de mes délices? ^ (fest use des ^pkts belles orgues qu'on puisse voir ? — cet orgue est un des plus bea/ux de Paris ? etc. L'Académie se Uit. (Voyez p. mt et 19^^)
2® Le Dictionnaire, à l'art, du pronom relatif que, dit qu'il s'emploie pour de qui, â qui, dans lès pfaràtes : (fest de vous, c*e9t à t^ous, x^m je parle, A nôtre avis, le seùlrégilhie du verbe ye parie existé dHtià les mots de vous, à vous, et comme' il n'y *a qn^un rappoH ♦> eiprimw, on ne peut donner un
mamà eam^émwl au verhe f c'«bI p^or Mb n^me qp^*on »t diliPM : «'est de imu da ^t, o -e^t à vims à §yî y'a park. -Kti» i^e fanâft^oe ptM k dnème faute, si gue était un pronom employé danf liefnème«MP^? Ce^fl^i^t SQlpem doDc être ioiqu* une mpMwion MnjoMctiye. fitisi, |Mr lusftnl, ««a voirait y voir an pronom, il faudrait néccsaairameat analyser ainai U pimse? ^.fUi je pvrU (expreasionidort peut-être imitie du latiik hocqiêad'loqHM') mI« s'adretee^àiMnM. Ainsi, même dana^ceUe Jiypoth^y lem^fMe-AepeBtiAlM employé U pour 42« gin', d qui. (Yoyes p. 356.)
3« Qaelqaet grammairiena héaitent aur Taccord .de d'adjectif tit, .mhi àe que, employé dans le premier men^e d'«ne <ompeft<iwm> et .répété dtfMle second. L'Aoadémie ne donne fioiAt d'exemple <iai traiiolu» là questîoA* U noua semble, da reste, qu'il ne peut y avoir aucun doute } la rt|iiétitiDD mtaie de Tadjectif indique un double r«|4>oii. C'est une lecotion calquée aur le latin (1). On devra donc écrke : « Telle que ^a i^mdf tf fa«t!iote aaéelrts toat ce qui s'oppose à son cours, tel GMcur marquait son passage «par. des raiues. » -*• « TûU qiue des loups ravisseurs s'élanoent dans l'ombffe, Mb s'avançait isoêre troupe. » D est i remaïquerque tla répéUtîMi. de i!ad|eetîf Ul, indiquant une double idée, exige alors un verbe dans l'un et l'autre BMmbre de phrase. Mais sans la répétition et avec un' seul verbe^ l'accord es&leut différent. Nous écrirons : « César, tel que la foudre, marque son passage par des mines. >
4* Madame de Sévîgné a écrit : « Teapère que Pauline ss porté bien, a Le Dictionnaire ne donne aucun exemple du mot espérer dans ce sens. Ne serait-il pu bien rigoureux de condamner cette tournure expressive qui nous vient du latin, et qui s'explique facilement par une ellipse, j'espère apprendre yu^p etc. (Voyex p. 1139.)
(1) Un exemple suffira. Virgile, ÉnHde, VI, 205 :
I QwiU solet silTÎâ bromali frigore vifctim
TVUit erat jp«ct>« aari frondentia opaca llice ; sic leai crepitabat bractaa veiito.
« Telle que la feuille nomtWe du gui verdit durant l'hyver toi rayonnait
k rameau d'or, telUi murmuraient ses lames frémissantes au souffle do séphyr.»
Dans les phrases de ce genre, radjectif latin qualis est représenté par la loeuloo entière tel que, et non pas seulement par la conJoncUmi quei car alors il ne hadrait qu'un seul verbe, sans la répétition du mot tel.
6* Ne doit-on pas mettre ane diffétence entre : « cet homme ett pir»^ » et « cet homme est pii que ion frère ? » <— Dftiu quel cas faut-il employer pis ovL f^ mal? (Vojap, iSfT.)
6* L'Académie donne à l'adjectif propre nn ootoplémcnt avec la préposition de. J'ose penser que c'est une erreur, et les eiemplee cités pas le Die* tionnaire me suffiront pour le prouver. Pourrait-on dire : « Le sahle est un tervain léger : Je le crois propre de cette plante. » — « Le midi est une exposition favorable aux arbres ; mais il est surtout propre de cet arbuste. » Ainsi donc, il faut le reconnaître^ dans les phrases oh la préposition de est placée après l'odjectif propre, elle n'en dépend pas; mais elle indique le régime du substantif qui précède : Le pic et la houe sont la culture prspre d0ce sol. » (Voyez p. 1284.)
Telles sont les principales questions oh l'on regrette de ne pas trouver une adotion satisfaisante. Mais nous n'en persision» pas moins à nous soumettre, en général, aux décisions de l'Académie. En effet, si les opinions particulières des grammairiens doivent l'emporter quand elles sont (ondées sur ia raison et l'expérience, elles reçoivent cependant leur véritable sanction du corps savant, qui seul peut faire loi dans ces matières. En grammaire, comme en tout, sous peine d'anarchie, il faut une autorité régulatrice et souvenine.
iiHinnnunnnuminmmimunuminiiM
La Grammaire est an art qui enseigne à parler et à écrire correctement.
Cet art, composé de différentes parties, a pour objet la paroUy qui sert à énoncer lapensée, Laparolee&i ou prononcée ou écrite. Ces deux points de vue peuvent être considérés comme les deux points de réunion auxquels on rapporte toutes les observations grammaticales; ainsi toute la Grammaire se divise en deux parties générales : la première, qui traite de la parole; et la seconde, qui traite de l'écriture.
La Grammaire admet deux sortes de principes : les uns sont d'une vérité immuable et d'un usage universel ; ils tiennent à la nature de la pensée même, ils en suivent l'analyse, ils n'en sont que le résultat; les autres n'ont qu'une vérité hypothétique et dépendante de conventions libres et variables, et ne sont d'usage que chez les peuples qui les ont adoptés Ubrement, sans perdre le droit de les changer ou de les abandonner, quand il plaira à l'usage de les modifier ou de les proscrire. Les premiers constituent la Grammaire générale; les autres sont l'objet des diverses Grammaires pariiculiéres.
Ainsi, la Grammaire générale est la science raisonnée des principes immuables et généraux de la parole prononcée ou écrite dans toutes les langues;
Et la Grammaire particulière, l'art de faire concorder les principes ioimuables et généraux de la parole prononcée ou écrite, avec les in* stitaiions arbitraires et usuelles d'une langue particulière.
La Grammaire générale est une science, parce qu'elle n'a pour objet I. I
1 BBS iTUiABBB, DBS LBTTRBft.
que la spéculation raisonnée des principes immuables et généraux de la parole; une Grammaire particulière est un art, parce qu'elle envisage l'application pratique des principes généraux de la parole aux institutions arbitraires et usuelles d'une langue particulière.
(Benuée et Donebec, EnqfeL méth.)
L'expression la plus simple dont on se serre pour exprimer ses pensées par le secours de la voix, s'appelle mots.
Pour avoir une idée juste des mots, on doit les considérer et catoms sans, et comme signes de nos pensées.
Considérés comme sonsy les mots sont composés de lettres qui, seules ou réunies entre elles» forment des syllabes.
Considérés comme signes de nos pensées, les mots servent à exprimer les objets qui s'offrent à nos yeux ou à notre esprit, ou bien les différentes vues sous lesquelles nous les avons conçus.
Quand la prononciation des lettres dont se compose une syllabe est formée par une seule émission de voix, et sans articulation» ces lettres sont appelées lettres voyelles, ou simplement voyelles. Si la prononciation des lettres se forme par le son de voix modifié, ou par les lèvres, ou par la langue» ou par le palais» ou par le gosier» ou par le nez» alors ces lettres sont dites sonnantes avec d'autres, eonsonnantes ou consonnes; parce que» pour former un son» elles ont besoin d'être réunies à des voyelles.
Les mots se composent donc de deux sortes de lettres, de voyeUes et de consonnes.
Le recueil qu'on a fait des signes ou lettres qui représentent les sons particuliers dont se composent les mots d'une langue s'appelle
Alphabet. (DuBMruto, Sfuycl. mélh., tu not àii^uAeU)
Pour nous» nous n'avons pas d'alphabet qui nous soit propre; nous avons adopté celui des Romains. (Le même.}
En vold les signes, dans Tordre d'énondaUon généralement adopté : A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, X, Y. Z. On 7 ^JOQte encore nn signe ai qni remplace ef. — Cet ordre, toat arbitrairs^ roaU oonsaeré par Tusage, nous semble devoir être aécesaalfemcnt ooniervé, pnroe qn'UeiiUclerdetousleadicaonnaires efr de tant d'antres Ums où U sert à faeUUcr les recherches. A. L.
Or oeta^habet n'a proprement que vingt lettres : a, i> e, d, e, /, 9i K h i? '9 ^> ^9 0, p, r, s, t^ u, X. En effet» le j? et le ai ne sont que des abréviations :
Le â? est pour gx: exemple se prononce egzempk^ —x ert anssi pour
DES STLLÂBK8, DES URTEES. S
e$ : axUm9 se prononce acn'ome,*--on ftdt encore servir le x pour deux 9$y Juxerre^ Bruxelles.
Le A; est une lettre grecque qui ne se trouve en latin qu^en certains mots dérivés du grec; c'est notre e dur : ca, co^ eu.
Le 9 n'est aussi que le c dur : ainsi ces trois lettres c, A, q^ ne doivent être comptées que pour une même lettre; c'est le même son représenté par trois caractères différents. C'est ainsi que les lettres c i font SI ; I «, encore i«, et ^ t font aussi quelquefois si. (Damamis.)
Le V représente l'articulation semi-Iabîale faible, dont la forte est /; et de là vient qu'elles se prennent aisément l'une pour l'autre. Neuf y devant un nom qui commence par une voyelle, se prononce neuv *
fieu vhomfnes, (Beanzée, Ëncyclap. tnéth,, lettre V.^
Cependant, celte lettre n'étant pas enUèrement la même qoe f, puisque la pronondatton diffère du fbrt an faible, doit être considérée comme mi signe parUcalier. A. L.
Enfin l'y est une lettre grecque qui s'emploie pour un % ou pour deux % : pour un t, dans les mots tirés du grec; et pour deux «, dans les mots purement français.
De sorte qu'on peut dire que l'alphabet français renferme présentement vingt-dnq lettres, savoir : cinq voyelles, qui sont a, e, t, o, u; et vingt consonnes, qui sont b, c, d, f, g, h, j, k, 1, m, n, p, q, r, s, t^ v,x,y,z.
On poorrait encore ijonter les signes composés œ, w, &; nous en parlerons plas loin. Maia ce qa'U nous est impossible d'admettre, c'est Vy rangé parmi les consonnesi puisque cette lettre ne peut Jamais avoir que le son d'une Toyelle simple oa double. Quelques grammairiens, il est Tral, ont imaginé de prendre l'y pour une pare consonne dans certains mots où, séparé de la voyelle qui le précède, Il s'ai^ paie totalement sur celle qui suit: pa-y«n, Baronne, na-yade; mais c'est une erreor; la seconde syllabe de ces mots forme une diphibongue (voy. p. 27), et par conséquent l'y Uent simplement la place de la voyelle i; donc il ne peut être consonne. Cela est si vrai qu'aqjourd'bui l'Académie écrii pcSien, nciiadê. Ainsi nous reconnaissons dans l'alpbabet six voyelles et (<fta>-ffMti/' consonnes. A. L.
Ces voyelles ne sont pas les seules que nous ayons dans notre langue ; car, outre que chacune d'elles peut être brève ou longue, ce qui cause une variété assez considérable dans le son, il semble qu'à considérer la différence des sons simples, selon les diverses ouvertures de la bouche, on eût pu en ajouter encore d'autres. Hais les anciens Grammairiens ne distinguant pas les sons d'avec les lettres qui les représentent, et donnant, et aux lettres et aux sons, les mêmes noms