NUL
Cet adjectif, qui parait avoir une force plus négative que aucun et pas un, est le seul qui puisse bien s'employer d'une manière générale et absolue, c'est-à-dire, sans aucun rapport à ce qui précède dans le discours; alors il a la même signification que le mot personne, et n*est d'usage qu'au singulier masculin et en sujet ;
Nul de nous, de sang-froid, aroaons-le sans-honie^
N'envisage ia mort
(L. Racine, Éffître sur r Homme.) Nui n'est content de sa fortune,
Ni mécontent de son esprit. (M»« Deshoalières, Réfl. 8.)
Nul à Paris ne se tient dans sa spliére.
(Voltaire, Étrennesaux soif.)
« Nul n'aime à fréquenter les fripons, s'il n'est fripon lui-même. »
(J.-J. Rouueau.) (Resuui, page I68. — I^ Diei. de tAcatUm.)
— La Grammairs nationale, pour prouver que nul peut dans ce sens 6tre mis en régime, cite ce vers :
A nul rambilion n'est, je crois, étrangère. (Stassart.)
Noof pensons au contraire que cet eiemple a quelque chose d'étrange qui etioqae l'o- 1 reilie, et que loin de détruire la règle il la conjQrme. A . L. |
iVti/, joint à «m nom, se dit en sujet ou en régime; il signifie aucun^ et ne s'emploie qu'au singulier, masculin ou féminin : c Nul < homme n'a été exempt du péché originel.» (Trévoux.)—^ « L'homme ne trouve nulle part son bonheur sur la terre. » i^Z^Z^/^fiif'' "^^
(Lévizac, page 3S5, u I.) "^ ' * ^*
^6 DB8 AMBCrm PMNOVIHAUX INDÉPIKI8.
Mail alors nul fait les fonctiou d'un slm^ MJeetlf , el II Um Un fini ail qo pluriel pour s'accorder avec les sabstanUfs qui a'ont pas de singulier» eomae frai», fimérailles, etc. Aussi r Académie iadlque4-eUe des exemples du pluriel > iitti< frais , nulUt gens^ nulles troupes ; ce qui prouve qu'avec uo soiMUaUf on peut employer cet a<Ueetlf au pluriel dans tous les cas. A. L.
Cependant nul s'emploie au pluriel, mais c'est dans les phrases où il signifie qui tCest d'aucune valeur; alors il se dit d'un contrat, d'un testament ou d'un autre acte, et ne se met jamais avant, mais toujours après son substantif : Ce$ effets soni nuls. — Toutes csspnh
Cédures sont nulles. (Le Dia. de eJcaOéme.)
L'Académie reconnaît néanmoins dans ce même sens les locutions : HttûmmtdÊ nul effet, de nulle valeur; où l'a^ecUf est le premier ; mais c'est la snaieescip> lion, et encore peut-on dire qu'en ce cas il a le sens d'aucun. A. L.
4UGUN.
I Aucun est fresque toujours pris dans une signification plus restreinte; c'est-à-dire qu'il a toujours rapport à un substantif de personne ou de chose, énoncé après , ou que l'esprit supplée aisément : « Aucun contre-temps ne doit altérer l'amitié. »
(Restaut, page 169. — WaiUf, page 2i7.y
4 jiucun physicien ne doute aujourd'hui que la mer n'ait couvert <c une grande partie de la terre habitée. » ( D'àlembert. ) — < ^u- * cun de nos grands écrivains n'a travaillé dans le genre de l'épo- « pée. » (Voltaire, E$sai surlapoésie épique^ ch. IX, au mot MUttm.)
Mais on ne dirait pas bien sans rapport à un substantif : « Aucun « n'a-t-il prêté l'oreille A ce que nous avons dit? » — < Je n'ai ja- « mais rien demandé à aucun. » — Dites : « Personne n'a-t-il prêté « l'oreille, etc. » — * c Je n'ai jamais rien demandé à personne. »
(WailljO
Aucun se met quelquefois sans négation dans les phrases qui expriment l'interrogation ou le doute , et alors il peut se rendre par quelque f quelqu'un; comme quand on dit : c De tous les peintres y « en a-t-il aucun qui ait mieux entendu que Le Moine la magie du f dair-obscur? » — c Je doute qu'il y ait aucun auteur sans dé-
« faut.» ^ (Wailly ei LéTizae.)
Cet adjectif pronominal s'employait autrefois au pluriel. La Fontaine a dit (dans le Mal Marié) :
J'ai Ta beaucoup d'hymens^ aucuns d*enK ne me tentenL
. Montesquieu (8^ lettre Persanne) : c Je ne me mfilai plus d'aucunes * \ affaires.»
DBS àDJECTIFft PRONOMINAUX INDAnNIft. 410
J.-B. Rousseau ( Ode 1 ^ llv. m ) : .
Td que le Tiens putear dei tronpetiix de Neptune, Prolée, à qui le ciel, père de la fortone, Ne cache atictifu secrets.
Et Racine :
Aucuns monstres par moi dompfëj jasqa'aujourd'hal ffem'ont acquis le droit de faillir comme lai !
{Phèdre, acte I, se. 1.)
Mais d'Olivet s'exprime ainsi, à l'occasion de ce vers de Racine : Aucun a un sens atarmatif et un sens négatif. Il a un sens afBrmatif seulement en style du palais : « Ce fait est raconté par aucune » (l'Académie); et dans le style marotique : c D'aucuns croiront que J'en « suis amoureux. » Alors il signifie quelques-^ns.
Il a un sens négatif quand il signifie pas un, et alors il n'est usité qu'au singulier;
Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. (La Fontaine.)
A moins que le substantif auquel il se rapporte n'ait pas de singulier : Iln*a fait aucuns frais; il n'a versé aucuns pleurs; Une m! a rendu aucuns soins; il n'a fait aucuns préparatifs.
(L'Académie.)
Ainsi 9 les exemples que nous avons cités précédemment seraient incorrects aujourd'hui.
Fabre, Wailly, Dqmergue, Laveaux, etc., ont approuvé cette règle. Féraud et M. Auger, dans son Commentaire sur Molière ( le Festin de Pierre^ act. III, se. 4 ; et Don Garde de Navarre^ act. IV, se. 3), qui la reconnaissent également bonne, pensent que la raison pour laquelle il ne faut pas se servir du pluriel dans aucun autre cas que ceux que d'Olivet a indiqués, c'est qu'aucun est toujours accompagné d'une négative qui exclut toute idée de pluralité : Aucun^ c'est pas un i qui n'en a pas un, n'en a pas du tout ,- donc le pluriel ne peut convenir à cette expression.
Quoique ces observationi nous paralisent Jaites, nous rerendiqaerons cependant pour les écrivains la Eacullé d'employer le pluriel. L'Académie d'ailleurs l'autorise en disant fi n'a fait aucunes dispositions, aucuns préparatifs. Et pourquoi ne -diraft-<>n pas aucuns monstres? MM. Bescherelie remarquent avec raison qne Racine eût facilement pu mettre le singulier; mais qnlci le pluriel indique plusimtrs monstres domptés par Thésée. Si la pensée est différente, les deux locuUons doiTent être admises. Quant à la place de ce mot, on peut le meUre quelquefois après le substanUf ; mais alors il le suit immédiatement: sans exception aucune; sans erainte aue^msi ns faire grâce aucune. A. L.
490 DBS ADJECTIFS PRONOMINàUX INDÉPIIUS.